Réussir lait 04 décembre 2002 à 18h25 | Par Franck Mechekour

Elevage laitier - En Pologne, un développement régional très inégal

Des exploitations modernes au Nord-Est et des petites structures avec une à deux vaches qui autoconsomment le lait au Sud-Est : la Pologne se singularise par une dynamique régionale contrastée selon une étude de l´Institut de l´élevage.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

En Pologne, pays candidat sérieux à l´adhésion à l´Union européenne, la production laitière est estimée à près de 12 millions de tonnes de lait par an (22,5 millions de tonnes en France). C´est de loin le pays le plus laitier parmi les candidats à l´intégration dans l´Union européenne en 2004. La Pologne représente « 15 % du cheptel laitier et 13 % de la superficie agricole de l´Union européenne actuelle », soulignent les économistes de l´Institut de l´élevage. « Le lait constitue le deuxième pilier de l´agriculture polonaise après la production porcine. Avec 20 % de la production agricole finale, son importance va croissant dans le chiffre d´affaires agricole, notamment ces dernières années. » Un potentiel important donc, mais qui cache une grande diversité de situations. Les défis à relever sont nombreux.

Un retard structurel énorme au Sud-Est du pays
« Il y a une opposition de dynamique entre les régions. Le Sud-Est se caractérise par des petites structures qui semblent condamnées à l´autoconsommation et à la vente directe du lait. A contrario, dans l´Ouest et surtout dans le Nord-Est, une dynamique de développement et de modernisation s´est créée, appuyée par des laiteries privées étrangères ou des coopératives pour le Nord-Est (la Podlachie) », souligne Martine Kempf, économiste à l´Institut de l´élevage. Le Sud-Est du pays accuse un retard structurel énorme et les alternatives à une agriculture de survie sont peu nombreuses ; 85 % des exploitations détiennent moins de cinq hectares de SAU et la pluriactivité est fréquente. Il n´y a généralement pas plus de deux vaches laitières élevées au piquet. De race Pie noire polonaise, rouge polonaise ou Simmental, elles produisent peu, de l´ordre de 2500 à 3000 litres de lait par an. Cette région est délaissée par les industriels laitiers, des acteurs pourtant essentiels dans la modernisation de la production laitière dans ce pays. Tout au sud, seuls 20 % des livreurs de lait seraient équipés de tank.

Bilan : « En 2001, alors que la moyenne polonaise des prix du lait payés aux producteurs atteignait 205 euros pour mille litres, elle est restée inférieure à 154 euros dans les trois régions du Sud-Est. »

L´Est et le Nord les mieux armés pour la croissance
Dans l´Ouest, la production laitière est plus dynamique « mais elle subit la concurrence des grandes cultures et du porc ». Ce sont finalement les régions de l´Est et du Nord qui paraissent les mieux « armées pour mettre en place des exploitations laitières familiales productives et modernisées ». Avec une mention spéciale pour la Podlachie, une région du Nord-Est où la production laitière enregistre « un essor fulgurant ». Le « Far-East » laitier est la région la plus herbagère de la Pologne (un tiers de la SAU en prairies). Cette vocation herbagère induit des densités bovine et laitière les plus fortes du pays : 54 bovins pour cent hectares, 30 vaches laitières pour cent hectares et 800 litres de lait par hectare de SAU. Le lait est présent dans 80 % des 100 000 exploitations. La taille moyenne de la SAU atteint 12 ha par exploitation.

La productivité laitière des animaux s´améliore sous l´effet de la holsteinisation amorcée dans les années 1990. Au contrôle laitier (10 % des effectifs régionaux des vaches), les rendements moyens atteindraient 6 000 litres par vache contre environ 4 000 litres par vache chez les non-adhérents. Dans les exploitations détenant plus de dix vaches, la spécialisation et l´intensification sont en route. « Désormais, l´engraissement en jeunes bovins, traditionnel dans cette région, disparaît dans les exploitations pour libérer de la place et des ressources fourragères », précise Martine Kempf. La balle ronde enrubannée a connu un essor formidable. Le recours à l´ensilage de maïs se développe depuis 1992. Les trois quarts des producteurs laitiers en distribueraient en hiver, « mais les surfaces se limitent bien souvent à un ou deux hectares, récoltés avec les moyens du bord et d´assez mauvaise qualité ».

Dix mille projets de modernisation des étables
L´intensification fourragère devrait se poursuivre via l´augmentation de l´emploi d´engrais chimiques, des surfaces en maïs et de l´amélioration des conditions de récolte et de la conservation. Les producteurs s´engagent dans la voie de modernisation : mise en place d´un tank à lait, investissements en pots trayeurs ou en pipeline, installation d´un évacuateur à fumier. Certains éleveurs poussés par des laiteries et bénéficiaires de subventions accordées par l´État, « sont même passés à la vitesse supérieure en construisant une stabulation libre permettant d´abriter une cinquantaine de vaches et équipée d´une salle de traite ». Ce type d´équipement ne concerne actuellement que 300 élevages mais constitue un modèle pour beaucoup.

Le processus de modernisation est vraiment enclenché. Près de 15 000 projets sont recensés rien qu´en Podlachie dont plus de 10 000 ne concernent que la modernisation des étables « malgré le coût élevé de cette opération ». Il faut compter 2100 euros par vache pour une construction neuve avec aménagement d´une salle de traite contre 520 à 1300 euros par vache pour l´aménagement d´un bâtiment existant. « Les coopératives ont joué un rôle moteur dans ces évolutions, à la fois par leur appui technique aux producteurs et leur prix du lait. » En 2001, ce dernier se situait en moyenne régionale à plus de 210 euros pour mille litres le montant le plus élevé du pays.

Baisse annoncée du prix du lait pour 2002
La qualité du lait (80 à 90 % de lait en classe extra) et les efforts déjà consentis en matière de restructuration et de modernisation des outils industriels expliquent ce niveau élevé de prix.
Petit bémol : « Le manque d´alternatives agricoles ou non pour ceux qui désireraient arrêter la production laitière limite comme ailleurs, la restructuration et la poursuite de l´agrandissement des structures les plus professionnelles. »
Plus inquiétant : « Le délai très bref avant l´adhésion à l´Union européenne et le contingentement de la production laitière pourraient accélérer le besoin de croissance très rapide et le développement de systèmes très coûteux en bâtiments, en équipements. Mais les exploitations à croissance rapide pourront-elles résister à une baisse du prix du lait qui s´annonce pour 2002 ? », s´interroge Martine Kempf.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Parvenez-vous à effaroucher les oiseaux sur la ferme ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui