Réussir lait 25 octobre 2013 à 08h00 | Par Emeline Bignon

Du lait produit à la mode islandaise

Des vaches bigarrées, des fermes isolées au milieu de nulle part… En Islande, l’élevage laitier se montre aussi singulier que le paysage. Témoignage d’un jeune éleveur.

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Les vaches islandaises sont rustiques. L’importation de bovins 
est interdite. Seule l’importation de semences Angus et Limousines 
est autorisée. L’Islande est indemne de BVD et d’IBR.
Les vaches islandaises sont rustiques. L’importation de bovins est interdite. Seule l’importation de semences Angus et Limousines est autorisée. L’Islande est indemne de BVD et d’IBR. - © E. Bignon

À Isatjardarbar, au Nord-Ouest de l’Islande, le temps semble s’être littéralement arrêté. Perdu au bout du monde, sous un manteau de brouillard, Jonatan Magnüsson Höll exploite une ferme nichée au creux d’une vallée rocheuse encadrée par de majestueuses montagnes d’où ruissellent des cascades. Un environnement sublime mais pour le moins hostile pour l’agriculture. On peine à croire que le camion de l’unique laiterie du pays, située à 350 km de là, vienne y collecter le lait tous les trois jours, tant l’endroit se trouve reculé. Pourtant, malgré des sols constitués de roches volcaniques acides et des conditions naturelles rudes (longs hivers, ennuagement, températures moyennes de 10 °C en été, 3 °C en hiver), l’exploitation produit un quota de 355 000 litres de lait. Et à terme, Jonatan projette même de produire 70 000 litres de plus. « Ici, chaque éleveur peut prétendre à produire plus, à condition de payer un droit à produire supplémentaire de 2 € par litre de lait », indique-t-il.

Un aliment à base de têtes de crevettes déshydratées à 47 % de protéines est distribué au génisses. « C’est un nouvel aliment bon marché fabriqué en Islande. Je ne l’utilise pas pour les vaches laitières car il est encore en phase de test. »
Un aliment à base de têtes de crevettes déshydratées à 47 % de protéines est distribué au génisses. « C’est un nouvel aliment bon marché fabriqué en Islande. Je ne l’utilise pas pour les vaches laitières car il est encore en phase de test. » - © E. Bignon

Un environnement pédologique et climatique hostile


Sur les quelques six cents exploitations laitières que compte l’Islande, celle de Jonatan fait partie des plus intensives. Ses 60 vaches (deux fois plus que la moyenne nationale) produisent 6 500 litres, soit 1 000 litres de mieux que la moyenne. L’exploitation présente 160 hectares - dont 20 en propriété et 140 en mise à disposition gratuite -, essentiellement de vastes herbages peu productifs, et quelques champs d’orge. « La surface n’est pas un problème ici. Par contre, les rendements restent limités. » Le jeune éleveur a resemé ces dernières années une partie des prairies naturelles avec de la fléole des prés, une espèce particulièrement adaptée aux sols acides (le pH ne dépasse pas 4,5) et aux zones froides, mais lente d’implantation. « C’est le premier hiver où les vaches sont nourries exclusivement avec de l’herbe issue des prairies resemées », se réjouit Jonatan, qui espère parvenir peu à peu à améliorer le potentiel des terres.



Jonatan Magnüsson Höll, éleveur islandais. « Chaque éleveur peut prétendre 
à produire plus, 
à condition 
de payer un droit 
à produire supplémentaire 
de deux euros 
par litre de lait. »
Jonatan Magnüsson Höll, éleveur islandais. « Chaque éleveur peut prétendre à produire plus, à condition de payer un droit à produire supplémentaire de deux euros par litre de lait. » - © E. Bignon

Un élevage sur six est équipé d’un robot de traite


Les contraintes naturelles condamnent les éleveurs à un système de production assez simple, essentiellement à base d’herbe enrubannée et de concentrés. Jonatan récolte généralement deux coupes d’herbe par an, uniquement sous forme d’enrubannage du fait de la météo. Les balles enrubannées (à 30 % MS) composent 80 % du régime hivernal des laitières, plus 20 % d’ensilage d’orge plante entière. Les concentrés tiennent une part importante de la ration. La moitié est incorporée dans la mélangeuse à pales avec de l’huile de foie de morue et du lithothamne pour ses propriétés tampon ; et l’autre moitié est distribuée au robot. C’est surprenant, mais en Islande un élevage sur six est équipé d’un robot de traite ! Malgré l’isolement de la ferme, la maintenance ne semble pas poser de souci. « J’ai suivi un stage de formation spécifique pour l’entretien et la réparation et j’arrive à bout des problèmes les plus fréquents. »
Plutôt bas et compact, le bâtiment en tôles rouges et blanches à double paroi dépareille un peu dans ce coin de vallée retranché. Cela dit, en termes d’ambiance et de confort, les vaches islandaises logées dans un bâtiment équipé de logettes tapis, racleurs, brosse et offrant un accès permanent au pâturage, n’ont rien à envier aux stabulations françaises.

Vache islandaise au pâturage.
Vache islandaise au pâturage. - © Christian Bickel/Wikipedia

Un prix du lait de 800 €/1000 l

 

. À 800 €/1000 l, le prix du lait payé aux producteurs islandais a de quoi faire rêver… Mais ce rêve s’avère de courte durée au regard des coûts de production auxquels sont confrontés les éleveurs. L’aliment, par exemple, revient à 580 €/t dont 80 € de frais de transport… Le lait produit au-delà du quota est, quant à lui, payé 250 €/1 000 l.

. En Islande, il n’y a qu’une seule entreprise laitière. Cette coopérative collecte 1,5 million de litres transformés en produits diversifiés (beurre, crème, yaourts, lait liquide…), essentiellement destinés à une consommation intérieure. Les Islandais sont d’ailleurs les premiers consommateurs de lait liquide au monde.

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