Réussir lait 08 octobre 2018 à 14h00 | Par Emeline Bignon

DOSSIER Autonomie : « Concilier autonomie et productivité élevée »

À l’EARL les Luctières, en Vendée, les 57 vaches produisent 9 500 kg de lait avec 1 kg de tourteau de colza. La clé du système repose sur un bon fonctionnement du sol.

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LAURENT TERRIEN. « La luzerne répond au double objectif de recherche d’autonomie
en protéines et de préservation de la vie du sol grâce au semis sous couvert. »
LAURENT TERRIEN. « La luzerne répond au double objectif de recherche d’autonomie en protéines et de préservation de la vie du sol grâce au semis sous couvert. » - © E. Bignon

"Nous sommes installés sur une petite exploitation limitée en surface, expliquent Laurent Terrien et Catherine, installés à Grosbreuil en Vendée, sur une exploitation de 67 hectares (21 ha de prairies temporaires, 19 ha de maïs ensilage, 10 ha de luzerne, 10 ha de blé, 3 ha de maïs grain, 3 ha de méteil, 1 ha d'épeautre) livrant 605 000 litres (42,4 de TB et 33,2 de TP). Le chargement est de 1,9 UGB/ha. Tant que nos annuités liées à la mise aux normes restent importantes, nous ne pouvons pas envisager de réduire la production par vache ni les effectifs. »

Les 57 Prim'Holstein de l’élevage produisent 9 500 kg avec 1 kg de colza et 5 kg de céréales traitées (1). Le coût alimentaire VL rendu auge (dont distribution), à 113 €/1000 l, se situe parmi les plus économes du département depuis plusieurs années.

Les éleveurs misent sur des fourrages de qualité produits sur un sol vivant et fertile. Convaincu par l’agriculture de conservation et soucieux du respect des équilibres naturels, Laurent pratique le semis direct sous couvert végétal depuis plus de dix ans. « Nous avons mené une profonde réflexion sur notre système autour de la préservation du sol et de la recherche d’autonomie, décrit-il. Pour être cohérent, il faut avant tout rechercher un bon équilibre sol-végétal-animal. Cela implique de nourrir à la fois les bactéries du sol et celles du rumen, en essayant d’apporter le meilleur rapport possible entre le carbone et l’azote pour optimiser leur efficacité. »

Chercher un bon équilibre sol-végétal-animal

Désormais, les sols sont couverts en permanence avec des plantes variées. « Les intercultures sont devenues des cultures à part entière. » Cette approche a conduit les éleveurs à modifier leur assolement. Ils ont augmenté progressivement les surfaces en luzerne au détriment du maïs. Et 30 hectares de méteils sont semés chaque année (20 ha avant maïs et 10 ha dans la luzerne).

Le maïs et la luzerne, cultivés sur des sols limono-sableux, bénéficient de l’irrigation. « Avec des étés secs et une réserve hydrique du sol limité, nous ne pourrions pas faire sans l’irrigation. »

La luzerne tient une place centrale dans le système et répond à un double objectif. D’une part, récoltée sous forme d’ensilage, elle contribue à l’autonomie protéique, constituant 50 % des fourrages de la ration en complément du maïs ensilage. Et d’un point de vue agronomique, elle offre d’autre part une amélioration de la structure du sol en profondeur, une concurrence vis-à-vis des adventices et un enrichissement du sol en azote. Les semis de luzerne se font au printemps, dans le méteil tout juste récolté (mi-mai). « Cela permet une levée rapide, moins de problème de limaces, moins de salissement de la parcelle et une production fourragère signifi cative dès l’automne suivant. »

Sursemis de méteil dans la luzerne chaque automne

La luzerne constitue une excellente tête d’assolement. La rotation s’appuie sur cinq premières années de luzerne, avec un sursemis de méteil à base d’épeautre, de vesce, de féverole et de pois, chaque automne. Grâce à cette double culture et avec l’irrigation, l’éleveur récolte plus de 22 tMS/ ha chaque année. Le méteil fournit 6 à 7 tMS/ha et la luzerne 16 tMS/ha en moyenne.

Puis, dans les luzernières de plus de 5 ans, un blé est semé après la dernière coupe d’automne. « Juste après la moisson, je sème un méteil d’été à base de sorgho ou d’avoine brésilienne, dans ce qu’il reste de luzerne. Ce couvert est pâturé s’il est proche de la ferme, récolté ou bien restitué au sol. Je sème derrière un autre méteil, d’automne cette fois, qui sera quant à lui récolté mi-mai. »

Juste après, un maïs est semé. Il produit 16 à 18 tMS/ha en moyenne. Outre les bons rendements qu’il permet, ce système se montre également économe en intrants. Laurent n’utilise aucun fongicide ni insecticide, et le désherbage est limité (IFT inférieur à 1). La luzerne étouffe les adventices et permet grâce aux fauches successives une meilleure maîtrise du salissement sur la rotation.

La luzerne se plaît bien quand on travaille pas le sol

Un passage de glyphosate entre 0,5 et 1 l/ha selon les parcelles est effectué avant le semis du blé et du maïs. « Mais cela n’empêche pas la luzerne de rester présente dans les parcelles !, observe Laurent. La luzerne se plaît bien quand on ne travaille pas le sol. La première luzernière que j’ai semée il y a neuf ans est toujours en place. Elle s’est juste éclaircie dans la partie la plus hydromorphe. Pour l’instant, je n’ai encore jamais eu à resemer de la luzerne sur de la luzerne. J’ignore si cela fonctionnerait. Peut-être que le fait de l’association avec le méteil permettra d’effacer son effet allélopathique… » Quant à la future interdiction du glyphosate, elle ne l’inquiète pas vraiment, même s’il estime que le désherbage sera plus coûteux et moins facile.

La luzerne a un impact positif sur l’ensemble du système

Et les vaches dans tout ça ? Elles reçoivent un régime diversifié à base de 8 kgMS de maïs ensilage, 8 kgMS d’ensilage de luzerne, 5 kg de céréales traitées(1) et 1 kg de tourteau de colza. « La luzerne a eu un effet net sur la santé du troupeau, témoigne Laurent. Nous avons beaucoup moins de boiteries, de problèmes digestifs. Les vaches ruminent bien et ont un beau poil. Les frais véto, qui s’élevaient régulièrement à 13 €/1 000 l, sont passés à 7 €/1 000 l. »

L’éleveur veille à la qualité de la récolte des quatre à cinq coupes. La fauche intervient au stade début bourgeonnement, avec une faucheuse-conditionneuse en copropriété. Il n’y a pas de fanage. « Je veux garder un maximum de feuilles. Je récolte une luzerne à 19 % de MAT en moyenne (entre 17 et 21 % selon les coupes) et entre 0,75 et 0,80 d’UFL. Je ne descends pas à moins de 8 cm du sol pour éviter toute remontée de terre et laisser une réserve suffisante à la plante. »

Laurent vise 35-40 % de taux de matière sèche. « Il faut faire attention car on peut atteindre 50 % de matière sèche en moins de 24 heures ! » L’éleveur recourt systématiquement à un conservateur biologique. « L’ensilage de luzerne me coûte cher : 60 €/tMS (semence, récolte, irrigation, chaulage, bâche, etc.) mais elle a un impact positif sur l’ensemble du système (autonomie protéique, santé, sol, réduction d’intrants…). »

5 kilos de céréales traitées à 16 % de MAT par vache et par jour

« La luzerne a permis de diviser par deux nos achats de tourteau, et avec le traitement des céréales nous n’achetons plus que 20 tonnes de tourteau de colza par an Les éleveurs récoltent 10 hectares de céréales (blé, maïs grain, triticale) pour l’autoconsommation du troupeau. Le blé est broyé et traité avec un mélange à base d’urée, d’argile, de soufre et d’extraits végétaux, avant d’être stocké à plat sous hangar. « Avec ce procédé, la céréale acquiert un pH élevé, ce qui me permet d’en intégrer deux fois plus dans la ration sans risque d’acidose. L’analyse a montré que l’on gagnait 4 points de MAT, soit 16,5 % de MAT cette année. » Par contre, cette technique a un coût (55 €/t). « J’estime que c’est rentable, et j’apprécie de pouvoir valoriser mes propres céréales produites sans fongicides ni insecticides. Auparavant, je les faisais stocker par la coop et je récupérais du tout venant. »

Les éleveurs n’ont pas observé d’effets zootechniques particuliers. « Le taux d’urée du lait n’a pas augmenté, au contraire, mentionne Alexandre Berruet, d’Atlantic Conseil élevage. Il est passé de 260 g/l en moyenne à 170 g/l. »

Les éleveurs ont continué de distribuer 5 kg de céréale traitée au pâturage. « Nous avons pâturé nuit et jour sans apport de tourteau pendant trois mois, dont deux mois avec le silo de maïs fermé. Depuis que nous avons redécoupé les paddocks en parcs de 1 hectare subdivisés en deux ou trois selon la productivité, nous gérons mieux les refus et la saison de pâturage a été prolongée d’un mois. »

(1) Concept Aliplus à base d’urée, d’argile, d’extraits végétaux.

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