Réussir lait 11 juillet 2016 à 08h00 | Par A. Conte

Des pays différemment impactés par la chute des cours mondiaux

Journée Marchés mondiaux du lait. Face à la surproduction actuelle, dans quelle situation se trouvent les filières laitières néo-zélandaise, étatsunienne et chinoise ? Zoom avec l’Institut de l’élevage sur trois pays qui jouent un rôle important sur l’échiquier mondial.

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EN 2015, LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX ont peu augmenté en raison
de la chute des achats des trois principaux pays importateurs
que sont la Chine, la Russie et l’Algérie.
EN 2015, LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX ont peu augmenté en raison de la chute des achats des trois principaux pays importateurs que sont la Chine, la Russie et l’Algérie. - © F. Mechekour

En 2015, la production mondiale a progressé modérément, de 1,7 % par rapport à 2014. Mais ces 13 millions de tonnes supplémentaires, face à la demande mondiale peu dynamique, ont suffi à provoquer l’effondrement des marchés.

« L’Union européenne est clairement responsable de cette surproduction, a rappelé Gérard You lors de la journée Marchés mondiaux du lait organisée par l’Institut de l’élevage en juin dernier. En 2014 et 2015, ce sont plus de 10 millions de tonnes supplémentaires qui ont été produites par l’UE. Celle-ci a réalisé en 2015 les trois quarts du surplus de collecte des cinq grands bassins exportateurs, et, début 2016, la totalité du surplus. Les autres grands bassins laitiers excédentaires (Argentine, États-Unis, Océanie) ont à l’inverse plutôt levé le pied. »

Le plafond des stocks à l’intervention a été atteint début juin

Les transformateurs européens ont transformé les volumes supplémentaires surtout en ingrédients secs qui ont alimenté les stocks de report. En dix-huit mois les stocks ont absorbé l’équivalent de 3 millions de tonnes de lait soit 2 % de la collecte européenne, et le plafond à l’intervention (218 000 t) a été atteint début juin.

En Europe, le prix du lait a perdu en 2015 de 20 à 33 % selon les pays par rapport aux moyennes 2007-2014. Qu’en est-il ailleurs dans le monde ? La filière néozélandaise que l’on pensait solide est très sévèrement ébranlée, a expliqué l’Institut de l’élevage ; et la coopérative Fonterra a elle-même été mise en difficulté. En revanche, la filière étatsunienne est protégée par la consommation dynamique de ses 320 millions d’habitants, mais elle recule sur le marché mondial. Quant à la filière chinoise, elle aussi subit une crise sévère ; la consommation domestique est repartie en 2015 mais les perspectives ne sont plus les mêmes qu’en 2013. Zoom sur ces trois pays.

Nouvelle-Zélande : 10 à 25 % des exploitations menacées à court terme

La rentabilité des élevages néo-zélandais s’est très dégradée sur la campagne 2015-2016 (de juin à mai). Les exploitations sont maintenues à flot grâce au secteur bancaire mais les banques sont de plus en plus réticentes.

La coopérative Fonterra met des prêts à taux zéro pour ses adhérents. « De 10 à 25 % des exploitations sont menacées à court terme s’il n’y a pas d’amélioration avant 2017, 10 % étant le chiffre avancé par le ministère de l’Agriculture qui est accusé de minimiser l’impact », affirme Sébastien Bouyssière de l’Institut de l’élevage.

La Nouvelle-Zélande, très dépendante des débouchés asiatiques qui se sont effondrés, est particulièrement touchée. Elle ne pèse que 3 % de la production mondiale (21,5 millions de tonnes) mais représente 30 % des échanges mondiaux et 95 % de sa production est exportée.

Son produit phare, la poudre grasse, a vu son prix exploser à 5 000 dollars la tonne de mi 2013 à mi 2014 avec la demande chinoise, puis, à partir de mi 2014, s’effondrer à 2000 dollars. Le prix du lait à la production est directement en prise avec les marchés mondiaux : de 400 €/t, il est descendu aujourd’hui à 200 €/tonne. En 2015 avec une moyenne à 236 €/t, il a perdu 27 % par rapport à 2014.

Les perspectives pour 2016 sont peu encourageantes : Fonterra a annoncé un prix bas pour la campagne 2016-2017. L’impact sur la production n’a pas été immédiat, mais la production régresse de 2 % sur la campagne 2015-2016 malgré des conditions climatiques favorables. Pour la première fois depuis dix ans, le cheptel diminue de 2 % en juin 2015. « C’est un signal important. Même pendant la sécheresse de 2012-2013, il n’avait pas baissé. »

Face au recul de la demande chinoise, Fonterra a diversifié ses débouchés (USA, Moyen- Orient…) et ses produits. « Le volume de poudre grasse exporté n’a baissé que de 3 % malgré une diminution de la demande chinoise de 40 %. Et les volumes de poudre maigre et de fromages ont progressé ainsi que ceux de caséines, de laits conditionnés et de laits infantiles. » La Chine reste malgré tout son premier client et les volumes exportés sont en hausse en 2015, ce qui a permis d’écouler les stocks accumulés fin 2014. Mais la valeur des exportations a chuté de 30 % en USdollars. La dépréciation de la monnaie néo-zélandaise a permis toutefois de limiter de moitié l’impact.

Perspectives 2016 : le cheptel et la collecte devraient de nouveau baisser en 2016 de -3 % à -7 % selon les estimations. Fonterra devrait probablement exporter davantage de fromages et de poudre maigre, mais toujours moins de poudre grasse. L’achat d’exploitations néo-zélandaises par des fonds de pension canadiens montre en tout cas que les investisseurs gardent confiance dans la production néozélandaise.

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