Réussir lait 05 février 2018 à 01h00 | Par C. Pruilh

« Mon ensilage est concentré en protéine et énergie »

DOSSIER RECOLTE DE L'ENSILAGE D'HERBE. À l’EARL Mayorne dans l’Orne, Régis Bisson fauche trois fois ses dérobées. Pour assurer la qualité de façon rentable, le chantier de récolte doit aller vite.

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Cette prévision d'évolution de la matière sèche de l'herbe après la fauche, en fonction des prévisions météo et du matériel utilisé, se présente en tableaux et graphiques sur 3 pages (fichier joint en bas de page).
Cette prévision d'évolution de la matière sèche de l'herbe après la fauche, en fonction des prévisions météo et du matériel utilisé, se présente en tableaux et graphiques sur 3 pages (fichier joint en bas de page). - © Elvup

Le deuxième prix du concours de la qualité de l’ensilage d’herbe organisé par Elvup, entreprise de conseil en élevage est affiché dans le bureau de l’EARL Mayorne, à Magny-le-Désert dans l’Orne. Une récompense du travail de Régis Bisson, de son salarié à temps partiel, son apprenti et son père. La notation est basée sur des critères visuels, olfactifs et des résultats d’analyses.

L’EARL valorise en ensilage une vingtaine d’hectares de dérobées semées après la récolte du blé. « Quitte à mettre des couverts, autant que cela amène une plus-value. Je cultive du ray-grass d’Italie (RGI) alternatif diploïde sur les meilleures parcelles », indique Régis Bisson.

Régis Bisson cherche à récolter un ensilage à hautes densités énergétique et azotée pour ses vaches laitières hautes productrices à plus de 10 000 kg lait/ an. « Mon objectif est que l’ensilage d’herbe permette de faire des économies de correcteur azoté sans déconcentrer la ration en énergie . Avec 4 kg MS d’ensilage d’herbe à 18 de MAT par vache, j’économise 1 kg de tourteau de colza, soit plus de 30 tonnes pour 100 vaches sur 300 jours. »

Pour son ensilage du printemps 2017, l’analyse réalisée en juin donne : 16,6% de MAT, 0,94 UFL, 103 PDIN, 1,05 UEL.

Une première coupe entre le 15 mars et le 1er avril

Pour chercher une qualité élevée, l’éleveur réalise trois coupes : une à l’automne et deux au printemps.

À l’automne il est difficile d’obtenir une matière sèche correcte (20% en 2017). Cet ensilage est donc destiné aux génisses. « Cette coupe a un autre intérêt. Si je ne fauche pas et qu’il gèle en hiver, le RGI aura du mal à repartir au printemps et la valeur alimentaire sera moins bonne. »

Avant, l’éleveur ne faisait qu’une coupe au printemps ; la valeur alimentaire était trop faible pour les vaches. Depuis deux ans, pour maximiser la qualité, il fait deux coupes ; sauf sur les parcelles à moins bon potentiel. La première coupe printanière a lieu à partir du 15 mars. La deuxième, au plus tard le 8 mai. « Ce qui détermine la date de la première fauche, c’est que ma deuxième fauche doit impérativement être réalisée au plus tard la première semaine de mai. Sinon, cela décale l’implantation du maïs. Comme il faut 30 à 35 jours entre les deux coupes, cela nous amène tout début avril au plus tard. Donc, entre le 15 mars et le 1er avril, je guette une fenêtre météo favorable. C’est la météo qui déclenche la première coupe. À cette date, la MAT est forcément très élevée ; on est largement avant le stade épiaison. Il vaudra toujours mieux faucher une quantité moindre le 15 mars, mais être sûr de tenir ce calendrier. »

L’ETA fauche 20 hectares en 3 heures

Régis Bisson utilise Scan’Récolte MS, un outil proposé par Elvup basé sur les données météo à 5 jours pour évaluer le temps de séchage après la fauche, dans le but d’atteindre 35% MS et éventuellement adapter la chaîne de récolte en fonction des conditions météo. Cette prévision d'évolution de la matière sèche de l'herbe après la fauche, en fonction des prévisions météo et du matériel utilisé, se présente en tableaux et graphiques sur 3 pages (fichier joint en bas de page).

Exemple pris dans un autre élevage, où il y a trois voire quatre coupes au sein du même silo, et des parcelles hétérogènes. La représentation de l'hétérogénéité du silo montre l'intérêt de faire régulièrement des analyses pour adapter la ration en conséquence.
Exemple pris dans un autre élevage, où il y a trois voire quatre coupes au sein du même silo, et des parcelles hétérogènes. La représentation de l'hétérogénéité du silo montre l'intérêt de faire régulièrement des analyses pour adapter la ration en conséquence. - © Elvup

"La récolte de l'herbe est une course contre la montre, car chaque jour restée au sol, l'herbe perd des points de MAT et de sucres. L'objectif est donc de réduire au maximum le temps entre la fauche et la récolte", rappelle l'éleveur.

Classiquement, le premier jour en fin d’après-midi (fourrage plus concentré en sucre), l’ETA fait une fauche à plat avec une conditionneuse à fléaux (réglage pour éviter d’abîmer le fourrage) de 9 mètres (8 ha/h - 25 à 30 €/ha). « L’avantage de l’ETA est le matériel performant qui permet de tout faucher en trois heures, ce qui est important quand la fenêtre météo est courte. L’inconvénient est la disponibilité. Il faut bien anticiper ses chantiers en guettant la météo », indique Régis Bisson.

La hauteur de coupe est de 6-7 cm. "La valeur alimentaire est plus concentrée en partie haute de l'herbe. En fauchant haut, le risque butyrique est réduit. Le raygrass repart mieux par la suite. L'air circule mieux sous le fourrage fauché et il sèche donc plus rapidement", rappelle l'éleveur.

Le deuxième jour, le fanage est réalisé avec un matériel en copropriété. « Je fane pour accélérer le séchage, atteindre rapidement mon objectif de matière sèche, et avoir un fourrage plus homogène en MS. » L’andainage est réalisé en fin de journée, avant que le fourrage reprenne de l’humidité.

Le troisième jour, l’ETA ensile. « La recherche d’une haute qualité ne doit pas se faire à n’importe quel prix ! », insiste Régis Bisson. Faire de petites coupes (2,5 t MS/ha chacune) peut vite être coûteux. « Pour que le coût à la tonne de matière sèche soit correct par rapport à un élevage ne faisant qu’une seule coupe de 5 t MS/ha, il faut optimiser le débit de chantier, de la fauche à la récolte, avec un objectif de doubler le nombre d’hectares à l’heure. »

Exemple pris dans un autre élevage, où il y a trois voire quatre coupes au sein du même silo, et des parcelles hétérogènes. La représentation de l'hétérogénéité du silo montre l'intérêt de faire régulièrement des analyses pour adapter la ration en conséquence.
Exemple pris dans un autre élevage, où il y a trois voire quatre coupes au sein du même silo, et des parcelles hétérogènes. La représentation de l'hétérogénéité du silo montre l'intérêt de faire régulièrement des analyses pour adapter la ration en conséquence. - © Elvup

Un nouvel andaineur pour améliorer le débit d’ensilage

Pour cela, les dérobées sont implantées sur de grandes parcelles (environ 8 ha). L’implantation est soignée. « Il faut adapter le matériel aux petites coupes. Pour l’instant, la Cuma a un andaineur de 7 mètres qui fait une dépose centrale. Nous allons investir dans un andaineur à dépose latérale qui nous permettra de réaliser des andains tous les 14 ou 21 mètres selon la quantité de fourrage. Ainsi, on pourra ensiler 6 ha/h au lieu de 3. Autre avantage : le fourrage reprendra moins la rosée. »

« Il faut que les remorques arrivent au silo aussi vite qu’avec un rendement de 5 t MS/ha. Je privilégie les parcelles proches des silos pour cultiver les dérobées. Ceci nous permet d’être autonomes à la récolte ; trois remorques et le tracteur pour tasser sont conduits par nous quatre. »

Le chantier est rapide, mais le tassage est soigné. L’analyse de la densité - Silo Scan Herbe - est très bonne : 766 kg MB/m3 en 2017 avec 41% de MS, porosité de 34%.

Exemple de la présentation des résultats, pris dans un autre élevage.
Exemple de la présentation des résultats, pris dans un autre élevage. - © Elvup

Les autres outils proposés par Elvup

Les analyses d'herbe fraîche (MAT et MS), et le graphique d'évolution comparée de la MAT et du rendement en tMS/ha, aident à décider de la date à laquelle l'éleveur déclenche la fauche.


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