Réussir lait 18 décembre 2007 à 16h39 | Par D. Lucas

dans le Morbihan - LA CUMA PULVÉRISE PENDANT LA TRAITE

À la Cuma du Sillon, un chauffeur salarié assure les traitements phytosanitaires. Avec un pulvérisateur automoteur, il peut intervenir rapidement à un moment où les agriculteurs sont occupés sur leur élevage.

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Les adhérents ont décidé dès le départ que le pulvérisateur serait conduit par un chauffeur de la Cuma.
Les adhérents ont décidé dès le départ que le pulvérisateur serait conduit par un chauffeur de la Cuma. - © D. Lucas

«Les traitements sont faits par un chauffeur de la Cuma, à un moment où j’ai autre chose à faire sur mon élevage ». La remarque d’un des adhérents de la Cuma du Sillon à Guer, dans le Morbihan, montre l’intérêt des agriculteurs pour le service offert par cette coopérative. Trois quarts des trente et un adhérents de la Cuma sont engagés dans cette activité, qui existe depuis 1992. À l’origine, plusieurs agriculteurs avaient besoin de renouveler leur matériel, ce qui a mené à l’investissement en Cuma dans un pulvérisateur porté de 1 200 litres avec une rampe de 24 mètres. Dès le départ, ils ont décidé que le matériel serait conduit par un des chauffeurs de la Cuma.

AUTOMOTEUR DE TRENTE-SIX MÈTRES
« Il faut un chauffeur compétent en qui on ait confiance, explique un agriculteur, car il y a beaucoup d’argent engagé quand on fait un traitement phytosanitaire, à la fois au niveau du produit en cuve et du risque pour la culture en cas d’erreur. » Quelques-uns des adhérents ont choisi de continuer à travailler avec leur propre matériel. La surface à traiter a rapidement progressé jusqu’à 1 200 hectares avec une période de pointe au printemps. Le tracteur était souvent bloqué pour la pulvérisation et ne pouvait être utilisé pour d’autres travaux quand il y en avait besoin. La capacité de la cuve s’est également révélée insuffisante. En 1998, suite à une démonstration, la Cuma décide donc d’investir dans un pulvérisateur automoteur. « Financièrement, l’investissement dans un automoteur était équivalent à celui d’un tracteur avec un pulvérisateur », remarque Gurval Rolland, le président de la Cuma. En 2002, le matériel a été renouvelé pour un modèle de marque Matrot équipé d’une cuve de 4 000 litres et d’une rampe de trente-six mètres qui travaille sur environ 1600 hectares chaque année. La prestation a été facturée 13,70 euros par hectare en 2006.

PRIORITÉ À LA PULVÉRISATION
« Aujourd’hui, après avoir goûté à ce service, la question de s’équiper en individuel ne se pose plus, déclare un des adhérents. En termes de débit de chantier, ça n’a rien de comparable avec ce que l’on faisait avec nos propres pulvérisateurs. » « Le samedi, on fait le planning avec les adhérents au hangar de la Cuma », explique Didier Chérel, l’un des chauffeurs. La pulvérisation est alors prioritaire sur les autres travaux à cause des contraintes de météo. « Le désherbage du maïs se fait plutôt le matin et le soir, avant 6 h et après 18 h, alors que pour les fongicides sur céréales par exemple, on traite jusqu’à 11 h du matin maximum », explique-t-il. Sa journée de travail peut donc comporter deux périodes de pulvérisation entrecoupées d’autres travaux. Les adhérents sont pour la plupart regroupés dans un rayon de deux kilomètres, mais quelques-uns sont à dix kilomètres. Le parcellaire est parfois assez dispersé et il y a encore beaucoup de petites parcelles, si bien que le débit de chantier reste limité par rapport au potentiel de la machine. « On fait six à sept hectares par heure en moyenne en comptant les déplacements, constate Didier Chérel, mais on peut aussi faire 80 à 90 hectares par jour chez un même adhérent avec du bon parcellaire. En fait, sur quatre heures de travail, on passe facilement deux heures sur la route et en préparation, du fait du débit de chantier élevé du matériel ». L’installation de remplissage située au hangar de la Cuma permet au chauffeur d’arriver chez l’adhérent avec la cuve pleine. Il reste alors à incorporer les produits. Pour gagner encore du temps, la Cuma réfléchit à l’utilisation d’un système d’injection directe des produits.

LE GPS POUR LES PRAIRIES
Malgré sa taille, l’automoteur se révèle très maniable grâce à ses quatre roues directrices. Seule la rampe de trente-six mètres pose problème pour travailler dans les angles fermés. Le pulvérisateur est aussi très stable, avec une bonne suspension qui permet de travailler en travers des champs. Le volume appliqué est généralement de 90 litres par hectare, sauf pour les légumes, qui sont traités à 300 litres par hectare. Pour pulvériser sans jalonner dans les prairies et le maïs, l’automoteur est équipé d’une barre de guidage par GPS. ■

Deux pulvés portés pour huit éleveurs

A la Cuma de l’Aube, en Ille-et-Vilaine, huit agriculteurs se partagent depuis quelques années deux pulvérisateurs portés. Cette activité fonctionne avec deux groupes de quatre organisés autour de chacun des matériels. On y retrouve des agriculteurs qui avaient déjà expérimenté le pulvé en Cuma ou en copropriété, comme Philippe Maréchal et Vincent Becherie. Mais aussi d’autres plus récemment « convertis ». « Avant, je n’utilisais que la tonne à lisier de la Cuma », raconte ainsi Pascal Cordonnier.

GROUPER LES INTERVENTIONS
Grâce à l’investissement en commun, ces éleveurs laitiers, qui totalisent 250 ha de SAU à quatre, disposent d’un matériel moderne et bien équipé, qu’ils n’auraient pu s’offrir chacun de leur côté. Les deux pulvérisateurs portés Amazone de 21 mètres sont équipés d’une cuve de 1 000 litres, d’un incorporateur, d’une cuve de rinçage, de trijets et d’un correcteur de dévers. À en croire ces éleveurs, l’utilisation en commun ne pose pas de problèmes. « C’est moi qui me charge du planning et de l’entretien de notre pulvé, déclare Philippe Maréchal. Nous avons des habitudes différentes. Certains traitent plutôt le matin, d’autres plutôt le soir, donc ça facilite l’organisation. J’essaie seulement de grouper les interventions pour éviter de perdre du temps sur la route. » En cas de besoin, ils peuvent aussi utiliser le pulvérisateur de l’autre groupe, s’il est disponible. « Comme les deux matériels sont identiques, c’est plus facile », précise Vincent Becherie. Pour pouvoir travailler de nuit, le matériel est équipé de phares sur les rampes. Les trois jeux de buses permettent aussi à chacun de travailler selon ses habitudes, avec des volumes par hectare variant de 100 à 200 litres.

UNE FACTURATION FORFAITAIRE
Les adhérents utilisent généralement des tracteurs de 90 à 100 chevaux car le matériel est assez lourd. « Ce qui compte surtout c’est le poids du tracteur, pour avoir un bon équilibre, remarquent les agriculteurs. Pour le maïs, nous utilisons aussi des 70 chevaux qui ont une voie moins large, mais sans remplir la cuve et seulement en bonnes conditions. » La Cuma conserve aussi un petit pulvérisateur de douze mètres qui peut être utilisé avec des tracteurs plus petits. Pour la facturation, les adhérents ont adopté un système forfaitaire. Chacun paye huit euros par hectare de SAU tous les ans, quelle que soit l’utilisation. « Ce système nous assure de pouvoir rembourser les annuités tous les ans, explique Philippe Maréchal. Une fois l’emprunt remboursé, nous pourrons baisser le tarif ». « Comme nous avons tous des systèmes équivalents, avec le même pourcentage de Scop dans la SAU, tout le monde s’y retrouve », ajoute Pascal Cordonnier. Pour ce dernier, le pulvérisateur a constitué un premier pas vers un engagement plus important, puisqu’il est aujourd’hui responsable de l’une des activités de la Cuma. 

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