Réussir lait 18 décembre 2007 à 15h56 | Par C.Pruilh

Contamination des aliments - LES MYCOTOXINES PEUVENT AFFAIBLIR LES VACHES LAITIÈRES

Le bovin peut être sensible aux mycotoxines, notamment celles produites par « Fusarium ». Il est donc important de prévenir les contaminations au moment de la culture et pendant le stockage.

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La monoculture, le non labour, une récolte tardive, un silo mal tassé et fermé... autant de facteurs favorisant un risque élevé de fusariotoxines.
La monoculture, le non labour, une récolte tardive, un silo mal tassé et fermé... autant de facteurs favorisant un risque élevé de fusariotoxines. - © C. Gloria

Le bovin laitier est moins sensible aux mycotoxines que le porc ou les volailles, car les micro-organismes du rumen dégradent certaines mycotoxines. Seules des traces de mycotoxines peuvent passer dans le lait ou la viande. Le foie et les reins des animaux concentrent davantage les toxines, car ils sont fortement sollicités pour la détoxification. Mais le rumen n’est pas un filtre parfait, et les mycotoxines peuvent perturber l’organisme des bovins. Une baisse de l’ingestion et de la production laitière, un niveau de cellules élevé, des mammites, des troubles nerveux, de fonctionnement du foie, de la reproduction… ont pu être reliés à la présence de mycotoxines dans les aliments. Suite à des dysfonctionnements du foie et du rumen, la vache haute productrice, en début de lactation, à l’approche du vêlage, serait plus sensible aux mycotoxines.

« FUSARIUM » MAJORITAIREMENT EN CAUSE
Les moisissures, ou champignons, produisent des toxines pour se défendre contre une agression. Il peut donc y avoir présence de champignon sans qu’il y ait production de mycotoxines. Fusarium est le principal champignon qui contamine les plantes pendant leur culture, alors que les Aspergillus et Pennicillium interviennent surtout pendant le stockage. Fusarium produit des trichothécènes, des fumonisines et de la zéaralénone. On peut trouver ces fusariotoxines dans les céréales, principalement les maïs récoltés en grain ou conservés en ensilage, mais aussi dans les ensilages d’herbe.

UNE ANNÉE À RISQUE
Cette année, le risque mycotoxine pourrait être relativement élevé, mais Arvalis l’estime inférieur à l’an dernier en ce qui concerne le maïs, « en raison d’une pression moins forte du champignon, et d’attaques moins importantes de pyrales », indique Bruno Barrier, d’Arvalis. Christian Tenier, directeur de Biomin(1), voit les choses autrement. « Pour le maïs, comme pour les autres céréales, les pluies ont favorisé la propagation des champignons, et des températures trop fraîches ont pu déclencher la production de mycotoxines. Localement, l’helmintosporiose et les attaques de pyrales ont pu fragiliser des maïs. Sur blé, orge, avoine, triticale, les niveaux de contamination sont très élevés cette année. À l’analyse, on trouve des trichothécènes et zéaralénone. Les pailles sont également contaminées. Les m a u v a i s e s c o n d i t i o n s dans lesquelles ont été faits les foins font craindre des contaminations. » En élevage, les mycotoxines sont suspectées quand les animaux expriment les symptômes cités plus haut. « En cas de doute sur un ensilage par exemple, on peut demander une analyse d’une vingtaine de mycotoxines, qui mettrait en évidence une multi-contamination (150 euros environ). Mais comme la répartition des mycotoxines dans un lot d’aliment est très hétérogène, le résultat d’analyse peut sousestimer la contamination. On considère que l’analyse n’est pas bonne quand elle montre une multi-contamination. Et on confronte le résultat d’analyse avec l’observation des animaux, et les conditions de culture, de récolte et de stockage. Nous proposons d’ailleurs une grille d’évaluation du risque mycotoxines, qui prend en compte tous ces facteurs », indique Christian Tenier.

INTERDICTION D’UTILISER UN ALIMENT CONTAMINÉ
« D’après la réglementation, l’éleveur ne doit pas distribuer un aliment contaminé, et ne doit pas le diluer, indique Jean- Pierre Jouany, chercheur à l’Inra. Des produits existent pour mettre hors d’état de nuire les mycotoxines, mais ils ne sont pas autorisés en Europe. » Ces produits s’incorporent aux aliments. Certaines argiles fixent les mycotoxines comme l’aflatoxine. « Un des inconvénients des argiles est qu’elles adsorbent aussi d’autres contaminants comme les dioxines, ainsi que des éléments nutritifs importants, comme des minéraux ou des acides aminés », souligne Jean-Pierre Jouany.

PRATIQUER DES ROTATIONS
Les parois de levures se lient plus ou moins avec certaines mycotoxines, et empêchent ainsi leur assimilation dans l’organisme. Enfin, d’autres produits utilisent des microorganismes ou des enzymes, qui modifient la structure chimique des toxines et éliminent leur toxicité. Pour se prémunir des mycotoxines, le meilleur moyen est encore d’éviter le développement des Fusarium, et d’éviter, par des pratiques culturales adaptées, de déclencher la production de mycotoxines. La prévention va consister, au champ, à pratiquer une rotation des cultures avec des légumineuses (elles ne portent pas Fusarium) et à choisir une variété peu sensible aux champignons, et peu sensible à la pyrale dans le cas du maïs. Les larves de pyrales attaquent le grain et forment des portes d’entrée pour les champignons. Il est également important d’appliquer correctement les traitement fongiques ; un traitement mal adapté, réalisé trop tard, dans de mauvaises conditions ne va pas détruire le champignon, qui se défendra en produisant des toxines. Il vaut mieux irriguer le maïs par le bas. « En arrosant par le haut, on favorise la dissémination du champignon, et l’arrosage en pleine chaleur favorise la croissance des champignons », ajoute Jean-Pierre Jouany.

RÉCOLTER TÔT
La récolte des grains de céréales et le stockage des grains doivent être réalisés dans des conditions sèches. « Il ne faut pas couper trop près du sol, pour ne pas introduire de terre, et donc de spores de champignon dans les produits récoltés. Enfin, il est important de bien régler la ventilation des moissonneuses, pour que les grains abîmés puissent être éliminés », développe Jean-Pierre Jouany. Mieux vaut récolter tôt. « La contamination par Fusarium s’effectue au stade floraison, mais la production de toxines n’a lieu qu’en fin de maturation », explique Vincent Niderkorn, de l’Inra de Theix. « Avec une teneur en matière sèche supérieure à 30 % et un hachage long, il est plus difficile de bien tasser un silo de maïs, et de faire une anaérobiose correcte (la présence d’oxygène est nécessaire au développement des moisissures) », ajoute Jean-Pierre Jouany. À l’ouverture du silo, il faut retirer les parties moisies, et avoir une bonne vitesse d’avancement du front d’attaque : au moins 10 cm par jour en hiver, 20 cm en été. Il est donc recommandé d’avoir des silos étroits et longs. Enfin, l’auge doit être nettoyée régulièrement.

ENFOUIR LES RÉSIDUS
Après la récolte, il est fortement conseillé de broyer finement les résidus de culture et de les enfouir. « Ainsi, on détruit les supports sur lesquels se conservent les champignons, et on détruit les larves de pyrales qui séjournent dans les cannes. Le risque d’enrichir le sol en spores et de contaminer la culture suivante est proportionnel au volume de résidus laissé en surface. Il est recommandé d’enfouir par le labour. En non-labour, nous conseillons de broyer le plus finement et le plus promptement possible après la récolte », indique Arvalis. ■

(1) Biomin est une société dont l’activité est l’analyse et la recherche de mycotoxines, et qui fournit des solutions pour lutter contre les effets des mycotoxines.

Les diverses mycotoxines à surveiller en élevage laitier

 Voici les principales mycotoxines que l’on trouve dans les aliments pour bovins en France. 1/ Dans les ensilages de maïs et le maïs grain, les trichothécènes (DON, T-2…) sont produites par Fusarium. On les trouve fréquemment en France. Les micro-organismes du rumen les dégradent en dérivés non toxiques, « mais seuls 30 % des trichothécènes sont dégradés, d’après plusieurs études menées sur le sujet », souligne Christian Tenier, de Biomin. En outre, « en cas d’acidose, la vache se défend moins bien », souligne Jean-Pierre Jouany, de l’Inra. La zéaralénone (Zea) est produite par Fusarium. On la trouve fréquemment. La dégradation ruminale produit des métabolites à la toxicité accrue. Par contre, ils sont facilement éliminés via l’urine, « ce qui tend à protéger l’animal », indique l’Afssa dans un rapport. Zea est souvent associée aux trichothécènes et aux fumonisines, et les multi-contaminations sont suspectées d’être à l’origine de problèmes de reproduction. Les fumonisines sont produites par Fusarium, uniquement sur maïs (assez fréquent). Le devenir des fumonisines dans le bovin est mal connu. La patuline est produite par de nombreux genres autres que Fusarium (assez fréquent). Elle a un effet antibactérien, qui peut inhiber la flore du rumen. Mais l’activité ruminale pourrait aussi annuler la toxicité de la patuline. L’ochratoxine A (OTA) se rencontre rarement. Les aflatoxines (FB1, FB2, FG1, FG2) sont rares en France : elles aiment les climats chauds. Elles se développent lors du stockage des grains. Les microorganismes du rumen dégradent l’OTA en dérivés non toxiques. Par contre, la FB1 est peu ou pas transformée dans le rumen. Les aflatoxines sont les mycotoxines les plus dangereuses (hépato-toxiques et cancérigènes chez l’animal et l’homme).

2/ Dans l’ensilage d’herbe, on trouve les mêmes mycotoxines que dans les ensilages de maïs, sauf la fumonisine. Les balles rondes enrubannées présen- Les diverses mycotoxines à surveiller en élevage laitier tent des risques voisins des ensilages.

3/ Dans les autres céréales que le maïs, en grain : elles peuvent être contaminées par des trichothécènes et Zea, au champ, et par OTA au cours du stockage, plus rarement par des aflatoxines.

4/ Dans le foin: en France, le risque de voir un foin contaminé se limite aux foins mal séchés. Le champignon le plus souvent rencontré est Aspergillus. En sa présence, le foin chauffe, sa qualité se dégrade, et il risque de prendre feu. Lors de la manipulation d’un foin contaminé, les spores peuvent atteindre les poumons de l’éleveur. Les animaux refusent un foin contaminé. ■

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