Réussir lait 15 octobre 2018 à 12h00 | Par Annick Conté

« Choisir le bon brise-vent pour le bon usage »

Filets, plaques PVC, tôles perforées, bois… L’institut de l’élevage a testé une trentaine de produits brise-vent. Décryptage avec Jacques Capdeville.

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- © B. Griffoul

■ Quels critères avez-vous testés et quelles garanties sur les brise-vent testés apportez-vous ?

Jacques Capdeville - « Nos tests normalisés portent sur deux critères. Le tout premier est l’efficacité du produit: son aptitude à freiner les courants d’air. C’est l’information sans laquelle on est incapable de faire le moindre choix. Le deuxième est le coefficient multiplicateur de surface. Il permet de s’assurer que le débit d’air reste suffisant: plus il est bas, et plus pour une surface donnée on a de débit.

Le produit brise-vent idéal aurait une efficacité très élevée et un coefficient multiplicateur de surface très bas. Certains des produits testés réalisent des compromis intéressants avec une efficacité proche ou supérieure à 90 % et un coefficient multiplicateur de surface proche de 1,3. Mais en pratique, dans la plupart des cas, on choisit le produit sur son efficacité uniquement. Le coefficient multiplicateur de surface n’a pas d’utilité quand on barde une grande surface, par exemple tout un long pan. Une valeur basse du coefficient n’est importante qu’en cas de réaménagement d’un bâtiment avec des surfaces à barder limitées.»

■ Vos tests sont-ils exhaustifs ?

J. C. - « Non, nous n’avons pas testé tous les produits sur le marché. Et nous sommes conscients qu’il n’est pas toujours facile pour les structures d’approvisionnement de trouver les produits testés. Tous les fournisseurs de filets ont été contactés mais tous n’ont pas souhaité être associés. En revanche, nous n’avons pas contacté tous les fournisseurs de plaques PVC ni ceux de tôles en acier perforées : il en existe une multitude et ils sont peu intéressés par le fait qu’on les teste.

Parmi les produits testés, nous avons néanmoins quelques références de tôles avec un niveau de performance intéressant. Les tôles de qualité sont très techniques (galvanisées, peintes, avec un risque de rouille dans le trou limité…). Mais c’est loin d’être le cas de toutes celles qui sont sur le marché. Les tôles en acier sont très utilisées car elles ont l’avantage d’être extrêmement rapides à poser. Les chantiers avancent à toute vitesse avec peu de personnel, et permettent au  final un coût de bâtiment plus bas. Les plaques PVC sont peu utilisées. On sait aujourd’hui très bien les recycler, ce qui n’était pas du tout le cas il y a vingt ans. Et depuis quelques années, on dispose d’une plaque PVC translucide qui permet à la fois d’avoir de la lumière et de la ventilation.»

■ Faut-il bannir les produits brise-vent avec une faible efficacité ?

J. C. - « Pas du tout. Ils peuvent présenter un intérêt pour un usage précis. Je préconise notamment, sur une ouverture de toiture, un produit que nous avons testé avec une efficacité de 40 % et un coefficient multiplicateur de 1,2 (GV 55). Il apporte un effet grillage anti-oiseau, et évite les fortes retombées d’air sur les animaux tout en freinant peu le débit d’air. C’est un produit de grande qualité très solide, facile à poser, pas cher, qui mériterait d’être davantage utilisé.»

■ Quel sont les autres critères de choix d’un brise-vent ?

J. C. - « La couleur joue un rôle primordial dans l’architecture d’un bâtiment et son intégration paysagère. Nous disposons aujourd’hui d’une palette de couleurs plus riche qu’autrefois, avec des beiges, sables, bruns, gris... Le vert, en fait, s’intègre moins bien avec un bâtiment de masse importante.

Au niveau de la résistance du produit, il existe de très grosses différences sur les filets. Trois tests sont utilisés dans l’industrie textile. Le test de résistance à la traction est généralement effectué par les fabricants: la résistance peut aller de quelques centaines de kilos par mètres à huit ou neuf tonnes par mètre ! Le test de résistance à la déchirure en amorçant une découpe est plus rarement fait. Ainsi que le test «au clou» qui permet de mesurer la résistance en fixe sur le bâtiment. Le grammage (poids au mètre carré) donne une bonne indication de la résistance globale mais il est rarement indiqué par les fabricants.

Nous n’avons pas non plus testé l’empoussiérement, ni la protection contre la pluie. La plupart des produits PVC ont aujourd’hui une enduction antistatique qui fait que la poussière colle moins. Enfin, le fait que le bardage soit fixe (planches, tôles, plaques) ou enroulable, modulable ou repliable ( lets, bâches) est bien sûr un critère de choix important.»

■ Quelle est la fourchette de prix ?

J. C. - « Le prix d’un produit brise-vent brut peut varier de quelques euros à 15-20 euros par mètre carré. Mais ce qui est déterminant, ce n’est pas le produit brut mais la pose, qui peut faire grimper le brise-vent fini à plus de 150 euros par mètre carré.

S’agit-il d’une pose par clouage à la périphérie du cadre ou d’une toile intégrée à une menuiserie métallique sophistiquée avec de la motorisation (comme un enroulable double enroulement du haut vers le bas et du bas vers le haut) ? En général, les produits les plus chers sont proposés dans des montages où le prix de la toile n’est pas l’élément déterminant.

Les tissés enduits de fort grammage sont nettement plus chers que les tissés ou tricotés. Mais ils résistent beaucoup mieux car l’enduction PVC a tendance à coller les fils entre eux.»

■ Le bardage en planches bois ajouré a-t-il encore sa place ?

J. C. - « C’est le meilleur brise-vent: il est solide, le plus efficace contre la pluie et il résiste à la pailleuse. C’est aussi celui qui s’adapte le mieux à l’autoconstruction, ce qui permet d’avoir un bardage très performant avec un coût final parmi les plus bas. Mais il a un défaut important: il n’est pas enroulable, pas modulable, pas repliable. On commence toutefois à voir des évolutions intéressantes au niveau de la pose pour favoriser la ventilation en été. Une première solution consiste à créer une fenêtre de bardage: sur la partie basse, les planches sont  xées sur un cadre mobile qui se relève l’été. Une deuxième solution consiste à monter une planche sur deux en  xe, et une planche sur deux sur un cadre mobile, ce qui permet de moduler les ouvertures en faisant coulisser le panneau. On voit aussi de plus en plus d’associations de matériaux avec, par exemple, les deux pignons et un long pan en bardage bois ajouré, et le quatrième côté en  let sur toute la hauteur. Ces solutions qui associent plusieurs produits sont souvent les plus performantes.»

Le catalogue de 30 produits brise-vent testés par l’institut de l’élevage est
disponible gratuitement sur le site idele.fr, rubrique Domaines techniques - S’équiper
et s’organiser - Logement et bâtiments.

Un message trop simpliste

« ll faut de l’air sans courant d’air » pour une bonne ambiance dans le bâtiment. Ce message est trop bien passé ! « Il est vrai mais seulement en hiver. L’été, il faut au contraire des courants d’air pour avoir une vitesse d’air importante sur les animaux. Cela ne peut pas se faire avec des bardages fixes », insiste Jacques Capdeville. Les pratiques d’élevage ont beaucoup changé : « les animaux sortent moins, on distribue du fourrage dans les bâtiments en période chaude beaucoup plus que par le passé. Il faudrait l’été que le bâtiment se comporte comme un parasol, avec une toiture qui isole du rayonnement solaire, et en bas aucun obstacle à la circulation de l’air. Or, la très grande majorité des bâtiments construits ces vingt dernières années sont restés sur le concept d’hivernage pour protéger les animaux du courant d’air froid. »

■ Une étude a démarré en 2018 à la demande du Cniel pour identifier les moyens de limiter les conséquences du stress climatique estival par la conception du bâtiment et la mise en oeuvre de matériel comme les ventilateurs. Pour Jacques Capdeville, toute la logique doit être repensée : « Est-il judicieux par exemple de faire fonctionner l’ouverture des rideaux mobiles et le déclenchement des ventilateurs en même temps ? Ne vaudrait-il pas mieux en période très chaude fermer les rideaux pour garder une relative fraîcheur dans le bâtiment et mettre en route les ventilateurs pour augmenter la vitesse de l’air sur les animaux ? »

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