Réussir lait 01 avril 2002 à 15h50 | Par Emeline Bignon

Changement de ration - Plus de place au pâturage

Depuis trois ans, François Le Béchec, à Plésidy dans les Côtes d´Armor, a modifié son système fourrager pour miser davantage sur le pâturage. Pari tenu avec de l´herbe en plat unique pendant 4 mois.

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Le choix du pâturage, Yolande et François Le Béchec l´ont fait en 1998. Jusqu´alors, le système fourrager reposait essentiellement sur le maïs qui représentait 41 % de la SFP. « L´acquisition de 5 hectares de nouvelles pâtures nous a permis de faire le pas vers un système plus herbager », racontent les exploitants avec le sourire. La surface en herbe a augmenté, avec l´implantation d´associations ray-grass anglais et trèfle blanc, et le maïs a diminué progressivement. Il ne représente plus que 26 %, et la surface d´herbe pâturée compte aujourd´hui 40 ares par vache. « Cette évolution correspondait à nos goûts. Je préfère largement parcourir les prairies plutôt qu´être sur le tracteur, avoue François. C´est aussi un moyen de valoriser les atouts de l´exploitation, en réduisant les coûts de production. »
A 12 km au sud de Guingamp, l´exploitation se situe en effet dans une zone humide où l´herbe fait rarement défaut, et la portance des sols est plutôt bonne.
©E.B.

L´hiver, les vaches laitières reçoivent une ration à base de 12,5 kg MS d´ensilage de maïs,
2,5 kg MS d´enrubannage et 3,5 kg de concentré de production d´une valeur de 0,96 UFL et 170 g de PDI/kg MS.
Limiter le gaspillage d´herbe
Pendant la période « intensive », les 25 laitières du troupeau recevaient du maïs durant onze mois de l´année. Désormais, le silo est fermé au printemps généralement dès la première semaine de mai. « Nous le rouvrons seulement à la mi-septembre, lorsque le stock d´herbe disponible se réduit, explique François. Nous sommes gagnants sur tous les plans, il y a moins de fourrage à récolter et moins de fourrage à distribuer. » « Ce système est plus souple, apprécie Yolande. Nous sommes beaucoup moins bousculés au printemps. »
La priorité est de mieux gérer l´herbe. « ça n´a pas été facile au début, car on craignait toujours de manquer d´herbe », se souvient l´exploitant. Pourtant, la transition s´est bien passée. « Avec l´aide du contrôleur laitier, les mesures régulières de hauteur et de stock d´herbe nous ont permis de préciser nos repères en facilitant la gestion du pâturage. » Fini le gaspillage ! De mai à juillet, toutes les semaines, les éleveurs font le tour des parcelles et calculent le nombre de jours d´avance de pâturage pour voir quelle parcelle il faut débrayer. « L´herbomètre est un outil indispensable, confie François. On gaspille beaucoup moins et on minimise le risque de manque d´herbe. »
©JMG

En association ray-grass anglais/trèfle blanc
la hauteur de sortie au déprimage peut descendre jusqu´à 4 cm.
L´élevage parvient désormais à valoriser 9 tonnes de matière sèche d´herbe par hectare (sur les parcelles des laitières), contre 4 à 5 tonnes MS auparavant. Le tout avec pour seule fertilisation un apport de 40 unités d´azote fin février, afin de favoriser le ray-grass par rapport au trèfle blanc. « Rien à voir avec les 50 unités que nous avions l´habitude d´apporter après chaque passage. »

Allonger au maximum la durée de pâturage
Les vaches sortent aussi plus vite au printemps. Dès la mi-février, les sols apparaissent suffisamment portants. Au total, les 10 hectares réservés aux laitières sont organisés en dix paddocks d´un hectare. François pratique un pâturage tournant avec fil-avant, sauf pour le premier passage. « Au premier tour, les vaches doivent passer le plus vite possible sur la parcelle, pour que toutes les pièces soient déprimées avant le 30 mars. » D´autant que cela diminue aussi le risque de piétinement de la parcelle, si elle est peu ressuyée. « Avant, on changeait les vaches de parcelle tous les deux à trois jours, dès qu´elles râlaient, et on fauchait les refus. Maintenant, elles pâturent plus ras, ce qui permet aussi d´obtenir de meilleures repousses. »
L´été, les éleveurs misent sur les stocks sur pied en allongeant la durée des cycles. « Grâce au trèfle blanc, la qualité de l´herbe reste bonne plus longtemps », remarque François. Avec une pousse plus régulière et des cycles de pâturage plus longs, les associations sont mieux adaptées que les graminées pures pour constituer des stocks sur pied. « On peut ainsi retarder l´ouverture du silo, sans pénaliser la production. »
La fin du pâturage n´intervient que lorsque les pâtures sont bien nettoyées, c´est-à-dire fin novembre, pour assurer au moins deux mois de repos sur chaque parcelle. En somme, les vaches réalisent 4 à 5 mois de pâturage seul et l´herbe pâturée représente 55 % du total des fourrages consommés. A la clé, une réduction des fourrages conservés, et donc une meilleure maîtrise des coûts sur SFP.
Pour les concentrés aussi, les coûts sont à la diète. « Nous ne cherchons plus à faire des pics en début de lactation. Ce que nous voulons ce sont des vaches qui ne maigrissent pas trop. Nous leur donnons moins de tourteau en début de lactation. Et au pâturage, seul un concentré de production est distribué. » En 1997, la quantité de concentré distribuée par vache et par an se chiffrait à 1 150 kg. Aujourd´hui, elle se stabilise autour de 900 kg. Dans le même temps, la production par vache a augmenté de 1 700 litres pour atteindre 8 700 litres en 2000.
Au final, le coût alimentaire a diminué de près de moitié en trois ans. Avec 56,5 euros pour 1 000 litres de lait (37 ct/l), il ne représente plus que 16 % du produit bovin. La marge brute de l´atelier laitier en a également profité, mais dans une moindre mesure. Elle progresse de 12 % et s´élève à 304 euros pour 1 000 litres (2 F/l). Les charges fixes par contre sont restées stables. Malgré la réduction des surfaces en maïs, il n´y pas d´économie réalisée sur le poste travaux par tiers, car les exploitants cultivent davantage de blé.
Les éleveurs viennent de former un Gaec avec leur fils. La structure compte 46 hectares et 200 000 litres de quota supplémentaire. En tout, 25 hectares de prairies seront désormais accessibles aux laitières autour de la ferme, soit près de 50 ares par vache. « Notre objectif pour les années à venir est de maintenir la même conduite d´exploitation, tout en affinant nos repères pour la gestion du pâturage », conclut François. Même avec un parcellaire très groupé, les exploitants n´envisagent pas de passer à un système tout herbe. « Si l´herbe est le fourrage le plus économique, le maïs reste encore notre filet de sécurité ! »

chiffres clés
 Troupeau : 25 Prim´holstein
 Quota : 180 000 litres
 SAU : 46 hectares dont 7 de maïs, 19,5 hectares de prairies temporaires et 13 hectares de blé. Le reste est en jachères ou landes.
 Main-d´ouvre : 2 UTH
 Chargement : 1,25 UGB/ha
 Atelier hors-sol de poulettes et taureaux à l´herbe
Jean-Marc Seuret, conseiller à la Chambre d´agriculture des Côtes d´Armor
Avis d´expert : « Oser miser sur le pâturage »
« L´herbe pâturée, en terme de coût fourrager et d´organisation du travail, présente un intérêt certain. François et Yolande Le Béchec l´ont bien compris. Dès 1998, ils ont décidé de réduire la part du maïs dans la SFP et se sont donnés les moyens d´optimiser le pâturage. L´implantation des prairies d´association ray-grass anglais et trèfle blanc a rapidemment permis de tirer parti de cette évolution.
Dans tous les cas, le pâturage reste un compromis entre qualité de l´herbe, contraintes structurelles (parcellaire, portance des sols, climat) et coût de production. Beaucoup d´exploitations dans la région disposent des atouts nécessaires pour s´engager dans cette conduite, et les marges de progrès dans la gestion de l´herbe sont importantes. »

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