Réussir lait 28 février 2005 à 15h10 | Par Emeline Bignon

Approvisionnement - Du tourteau acheté en vrac pour limiter les coûts

Des producteurs laitiers se lancent dans l´achat de tourteau en vrac par camion complet. A la clé, des économies sur le poste alimentation.

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Pour obtenir un meilleur coût d´approvisionnement sur le tourteau, l´une des solutions est de le faire venir directement d´un port de commerce. Le tourteau de soja importé transite en effet par les principaux ports du Grand Ouest. Cette pratique, surtout répandue chez les éleveurs de porcs, peut se révéler intéressante pour les producteurs laitiers, même si les besoins en volume s´avèrent nettement moins importants. « Mais dans leur grande majorité, les exploitants restent encore fortement attachés à leur fournisseur d´aliments habituel et peu d´entre eux osent sortir des circuits classiques d´approvisionnement. Pourtant, il y a des économies non négligeables à réaliser », témoigne Gilles Le Thiec, contrôleur laitier dans le Morbihan. Sur sa tournée, plusieurs éleveurs ont fait le choix d´acheter leurs tourteaux en gros. « Tous ceux qui se sont lancés ne le regrettent pas. En fait, le plus difficile, c´est d´oser se lancer », poursuit-il.
Concrètement, pour passer commande de tourteaux de colza ou de soja en provenance directe d´entrepôts portuaires ou d´usines, le moyen le plus simple pour un éleveur laitier est de s´adresser à une société de négoce en matières premières qui fournit les éleveurs fabricants d´aliments à la ferme. Toutefois, « toutes ne proposent pas ce type de prestation », précise Sylvie Lecocq de Sunfeed, filiale du groupe Glon.
Des livraisons par camion-benne de 25 tonnes
Les éleveurs peuvent également faire appel à des courtiers, mais cette solution se révèle souvent moins pratique. Les firmes offrent généralement des prestations plus complètes que les courtiers. De plus, elles sont plus proches du monde de l´élevage et connaissent mieux les besoins et contraintes des producteurs. Certaines proposent même de communiquer à leurs clients chaque semaine, par fax ou mail, les évolutions des cotations ainsi que leurs analyses du marché, pour les aider dans leur prise de décision.
La principale contrainte pour réaliser les achats de tourteaux en vrac, c´est le volume à commander : au minimum 25 t. « Les éleveurs sont souvent effrayés par de tels volumes, fait remarquer Gilles Le Thiec. Mais rien ne les empêche de se grouper pour passer commande. » C´est le cas de Eric et Pascale Lucas, éleveurs de 50 laitières, à Limerzel, dans le Morbihan. Ils se sont associés avec leur voisin pour faire venir 25 t de tourteau de colza en juillet dernier par Sunfeed. « Nous avons à peu près les mêmes besoins en tourteaux, environ 12 à 15 t par an, « commentent les exploitants.
« Le tourteau est livré par un camion-benne de 25 t, que nous partageons en deux. Chacun a bénéficié d´une facture séparée. » L´été dernier, l´opération s´est révélée payante. « Le tourteau acheté au cours du jour m´est revenu à 143 euros la tonne, coût du transport inclus », affirme Eric. Au delà du coût, les éleveurs apprécient aussi le fait de travailler avec des matières premières, plutôt que des aliments composés. « C´est un plus pour la traçabilité. Et on sait exactement ce que l´on donne aux animaux. »
Pour la livraison, deux solutions sont possibles. L´éleveur peut passer par un transporteur de son choix ou sous-traiter le transport à la société de négoce. « Selon la distance à parcourir, il faut compter entre quatre et douze euros la tonne pour le transport », note Sylvie Guyomard d´Agrifa, société rattachée à la coopérative Le Gouessant. La plupart du temps, le tourteau est livré par camion-benne. Selon les prestataires et les secteurs, les éleveurs peuvent se faire livrer par camion à vis. Mais ces options sont facturées en plus. Les exploitants situés à proximité d´un des ports de commerce peuvent encore, s´ils le souhaitent, assurer le transport par eux-mêmes.
Les éleveurs peuvent s´approvisionner en tourteau provenant directement d´un port de commerce. ©P. Le Douarin

Achat au cours du jour ou sur les marchés à terme
Si les éleveurs ont besoin de tourteau dans des délais brefs, les achats se réalisent au cours du jour et la livraison intervient dans les jours qui suivent la commande. « Mais ils peuvent aussi anticiper leur besoin sur la prochaine campagne et acheter le tourteau sur le marché à terme, précise Sylvie Lecocq. En passant un contrat à terme, l´éleveur s´engage, quoi qu´il arrive, sur une quantité, pour une période et un prix donnés, plusieurs mois à l´avance (jusqu´à un an). » Le plus souvent, il s´agit de contrat de « 6 de mai » ou de « 6 de novembre ». En clair, cela signifie que l´éleveur pourra se faire livrer son tourteau dans les six mois à partir du mois de mai ou dans les six mois à partir du mois de novembre, à échéance convenue. Il peut par exemple dès aujourd´hui, prendre position sur des contrats de « 6 de novembre 2005 » pour des livraisons jusqu´en avril 2006. Le paiement s´effectue à la livraison. « L´intérêt de tels contrats réside surtout dans la sécurisation du coût de l´approvisionnement, souligne pour sa part Sylvie Guyomard. Mais il y a toujours un risque à prendre une position sur le long terme. Le marché peut aussi bien monter que descendre. »
Daniel Gousset, du Gaec Le Meyec, à Elven dans le Morbihan, a passé son premier contrat à terme en juillet 2003. « Sur cette commande de 25 tonnes de tourteau de soja, j´ai économisé 75 euros par tonne (0,50 F/kg), atteste Daniel. J´ai réceptionné le tourteau dix mois plus tard, en mai 2004. Le prix rendu ferme m´est revenu à 183 euros la tonne, alors que la coopérative le commercialisait à cette période à 258 euros la tonne. » En moyenne sur l´année, l´économie se chiffre à 45 euros par tonne. De quoi couvrir le coût de l´ouvrage de stockage supplémentaire. « J´ai encore un peu de mal à bien caler la répartition des livraisons dans le temps, avoue l´éleveur. Mais cela dit, le jeu en vaut la chandelle. » Il s´est déjà couvert pour ses prochains achats jusqu´en avril 2006.

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