Réussir lait 15 mai 2018 à 12h00 | Par Costie Pruilh

Anticipons les changements inévitables pour l'élevage

Environnement, santé, bien-être animal... Les controverses de l'élevage déboucheront sur une évolution des normes et modèles d'élevage. Autant être acteurs plutôt que subir.

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Les démarches de différenciation produits (éthique, locale, bio...) convergent toutes vers une remise en cause des formes de production vues comme "industrielles" (ou intensive).
Les démarches de différenciation produits (éthique, locale, bio...) convergent toutes vers une remise en cause des formes de production vues comme "industrielles" (ou intensive). - © C. Pruilh

Les éleveurs doivent être présents dans les médias pour parler de leur métier. Il y a un besoin de formation. C'est un enjeu fort pour l'acceptabilité des projets d'élevage et l'avenir de nos filières, a insisté Bruno Faucheron, éleveur laitier et membre du groupe animal health welfare (santé et bien-être animal) pour l'APCA, en préambule du colloque Accept en avril dernier. Il nous faut des indicateurs solides, partager des constats et construire des plans d'amélioration pour faire évoluer nos pratiques." Les participants sont venus nombreux de tous horizons. Les bouleversements que vit la filière œuf, les attaques de l'élevage en général et l'évolution de la consommation de viande et de produits laitiers interpellent.

Les éleveurs et leurs partenaires se mettent à prendre la parole. Des actions se mettent concrètement en place, comme le groupe COSE dans l'Aveyron, qui rassemble des OPA, des agriculteurs et collaborateurs (vétérinaires, ...). "Ils vont voir les rectorats pour influencer la formation, leurs voisins pour expliquer les pratiques agricoles...", illustre Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

Pour les différents intervenants, l'idée n'est pas de répondre aux "abolitionnistes" qui militent pour la fin de l'élevage. "Nous consacrons notre temps et notre énergie aux consommateurs citoyens qui doutent, s'interrogent, ou sont tout simplement curieux", expose Caroline Guinot, d'Interbev.

Elsa Delanoué, agronome-sociologue pour Itavi, Ifip et Idele : " Dans la controverse, l'enjeu n'est pas d'avoir raison, c'est de rallier le public en gagnant sa confiance."
Elsa Delanoué, agronome-sociologue pour Itavi, Ifip et Idele : " Dans la controverse, l'enjeu n'est pas d'avoir raison, c'est de rallier le public en gagnant sa confiance." - © C. Pruilh

Écouter et dialoguer pour construire ensemble

Répondre et expliquer ses pratiques ne suffit pas. La controverse sur les pratiques d'élevage amènera des évolutions inéluctables des modèles d'élevage. "La controverse est un conflit qui oppose deux parties, avec le public qui juge le débat, expose Elsa Delanoué, agronome-sociologue pour les trois instituts d'élevage (Itavi, Ifip et Idele). L'enjeu n'est pas d'avoir raison, c'est de rallier le public en gagnant sa confiance. La controverse part de la remise en cause d'un consensus. En élevage, il y a des pratiques, qui même expliquées sont jugées inacceptables. Au fur et à mesure des débats, de nouvelles normes d'élevage seront créées. L'enjeu pour les éleveurs et les filières d'élevage est de ne pas rester en dehors de ces évolutions et de la construction des nouvelles valeurs et normes."

Qu'est-ce-qui attend les éleveurs ? "Les démarches de différenciation produits (éthique, locale, bio...) convergent toutes vers une remise en cause des formes de production vues comme "industrielles" (ou intensives). Les citoyens sont attachés au plein air, à la naturalité — c'est-à-dire au lien paysage, sol, animal, homme — et à la tradition, c'est-à-dire au travail humain", résume Elsa Delanoué. D'où la réussite du bio, du plein-air, de l'origine France, et des démarches faisant un retour de valeur aux producteurs.

Amélie Legrand, de CIWF : " Nous sommes très sollicités pour dessiner l'élevage de demain avec différents acteurs : enseignes de distribution,  restauration hors foyer, l'amont, comme Terrena par exemple."
Amélie Legrand, de CIWF : " Nous sommes très sollicités pour dessiner l'élevage de demain avec différents acteurs : enseignes de distribution, restauration hors foyer, l'amont, comme Terrena par exemple." - © C. Pruilh

Chartes, référentiels collectifs et démarches privées

Différentes démarches — collectives et privées — se font en co-construction avec les associations environnementalistes et welfaristes (pour l'amélioration du bien-être animal). Il y a des chartes, comme celle rédigée par quatre ONG environnementalistes et Interbev, et des référentiels (deux ONG welfaristes avec Casino ; CIWF avec Laiterie saint denis de l'hôtel...). "Nous sommes très sollicités pour dessiner l'élevage de demain avec différents acteurs. Toutes les enseignes de distribution nous sollicitent, beaucoup d'entreprises en restauration hors foyer, et les acteurs de l'amont s'y mettent, comme Terrena par exemple, indique Amélie Legrand, de CIWF. En poulet de chair, une coallition européenne d'ONG a formulé pour la première fois une demande harmonisée de référentiel."

Le consommateur est-il prêt à payer ces évolutions ? Pascale Magdelaine, de l'Itavi, montre qu'en Europe du Nord, on fait de petits pas dans la montée des exigences, mais on vise de gros volumes de viande, œuf, lait. "Certains consommateurs sont prêts à payer un peu plus cher, mais pas beaucoup plus. Les produits différenciés où on fait payer le surcoût au consommateur concernent donc peu de volume. Du coup, en Allemagne et aux Pays-Bas, des démarches d'amélioration continue émergent entre ONG et distributeurs où l'objectif est d'améliorer le standard. Toutes les ventes alimentent un fonds qui rémunère les éleveurs volontaires pour aller plus loin."

François Attali, de Terrena, met en garde : "Avec la Nouvelle agriculture, nous voulons construire une image de l'agriculture à la fois réaliste — pas Martine à la ferme — et répondant aux attentes des consommateurs. Il faut que les démarches que nous développons répondent aux attentes pour lesquelles le consommateur est prêt à payer. Aujourd'hui, il y a trop de bonnes pratiques qui ne sont pas rémunérées aux éleveurs."

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