Réussir lait 22 octobre 2003 à 16h26 | Par Emeline Bignon

Alimentation des bovins - Malgré la sécheresse, surmonter le déficit fourrager

Avec un déficit fourrager moyen de l´ordre de 20 %, très variable selon les régions, les éleveurs sont contraints d´acheter des tonnes de fourrages et de concentrés.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Avec ses records de températures et d´absence de précipitations, l´année 2003 sera de sinistre mémoire. Elle s´impose désormais comme année de référence pour la sécheresse, supplantant 1976. D´après les évaluations réalisées par le SCEES(1), fin août 2003, le déficit de production des prairies permanentes et temporaires est de l´ordre de 30 % sur l´année. Mais il s´avère très variable d´une région à l´autre. « Selon la production d´herbe cet automne, la baisse de production devrait être comprise entre 25 et 30 %, avance l´Institut de l´élevage. Pour le maïs ensilage, la production attendue serait en diminution d´environ 20 %. »

Dans ce contexte, le déficit fourrager global à l´échelle de la France devrait approcher 15 millions de tonnes de matière sèche, ce qui représente de 15 à 20 % des besoins des animaux.
D´après le bilan réalisé par les Réseaux d´Elevage, la situation s´avère particulièrement critique pour l´Auvergne, Rhône-Alpes, le Centre et la Bourgogne. Dans ces régions, les premières coupes représentent la moitié seulement des rendements habituels, et les repousses, quasi-inexistantes, ont généralement été utilisées pour accroître la surface pâturée. Les rendements en maïs ensilage sont également fortement pénalisés, accusant de mauvaises levées et un manque d´eau au moment de la fécondation. « Le Nord-Est de la France enregistre aussi des déficits de production sur prairies supérieurs à 30 % et des rendements en maïs en baisse de 20 %. Touché tardivement par la sécheresse, le Grand Ouest de la France voit la production de ses prairies réduite de près de 30 %. » Seuls le Nord/Pas-de-Calais, la Picardie et la Haute-Normandie restent relativement épargnés.

200 000 hectares de maïs grain transférés en ensilage
Sur le terrain, deux situations se distinguent. « D´un côté, les éleveurs prévoyants, disposant de stocks de sécurité utilisés dès juillet, qui voient leurs production peu affectée, signale André Le Gall de l´Institut de l´élevage. Et à l´opposé, les éleveurs ne disposant pas de stocks d´avance, et dont la situation de trésorerie n´a pas toujours permis d´anticiper ou d´envisager l´achat de fourrages de substitution. » Aujourd´hui confrontés aux tensions sur les prix des différentes matières premières, certains préfèrent ne pas réaliser leur quota plutôt que d´acheter des fourrages et des concentrés.
Face au manque de stock, beaucoup d´éleveurs ont opté pour le transfert des surfaces de maïs grain vers le maïs ensilage, en plus des achats de paille.

D´après les estimations d´Arvalis, environ 10 % des surfaces habituellement battues en grain auraient été ensilées. Ces transferts concerneraient 200 000 hectares, soit près de 2 millions de tMS. « Le recours accru aux concentrés sera inévitable dans la mesure où les ressources fourragères mobilisées comblent seulement les trois quarts du déficit, »indique l´Institut de l´élevage. D´autant que la paille nécessitera une complémentation plus importante. « L´objectif est avant tout de maintenir une fibrosité suffisante de la ration, conseille Mathieu Mauriès, nutritionniste indépendant. Cette année, il faudra aussi se montrer particulièrement vigilant vis-à-vis du risque d´acidose. Les maïs secs, hachés très fins pour favoriser un meilleur tassement au silo, risquent de conduire à un manque de structure de la ration. D´autant que l´incorporation accrue de céréales, visant à compenser le manque de grain, pourra encore d´accentuer ce danger », conclut le nutritionniste en préconisant l´apport de 300 g de bicarbonate de sodium pour tamponner le pH du rumen, à titre préventif.

Face au manque de fourrages, aux difficultés d´approvisionnement et au coût souvent prohibitif des aliments de substitution, les éleveurs s´interrogent quant à la stratégie à adopter pour leur troupeau dans les mois qui viennent. Faut-il maintenir le niveau de production en s´approvisionnant à tout prix, modifier les conduites selon les types d´animaux, décapitaliser ou encore réduire la production ? Autant de questions légitimes qui nécessitent une réponse au cas par cas. « Concrètement, deux situations se présentent, résume Jean Seegers de l´Institut de l´élevage. Ou l´éleveur dispose de ressources alimentaires suffisantes et réalise son quota coûte que coûte, ou bien, il accepte de produire moins de lait. » De nombreux paramètres entrent en ligne de compte pour orienter le choix des exploitants. « Tout d´abord, l´état des stocks et les opportunités d´achats apparaissent déterminants, avance Jean-Luc Reuillon de l´Institut de l´élevage. Il faudra aussi estimer au mieux la perte probable de lait, en quantité et en qualité, liée au manque d´alimentation et la comparer au coût des aliments qu´il faudrait acheter pour la compenser. »

Dans la situation où le quota risque de ne pas être rempli, faute de ressources, deux possiblités s´offrent encore à l´éleveur. Conserver la quasi-totalité du troupeau avec restriction alimentaire, ou opter pour un effectif de vaches plus réduit mais mieux nourri. En d´autres termes, l´éleveur aura-t-il plutôt intérêt à jouer sur le nombre de vaches que sur le niveau de production par animal ? Le choix se raisonne entre autre en fonction de l´état corporel des animaux lors de leur rentrée en bâtiment ainsi que la stratégie d´alimentation en début de lactation.
Pour Mathieu Mauriès, nutritionniste indépendant, la solution est toute trouvée. « A production de lait identique, mieux vaut réduire la taille du troupeau et nourrir correctement ses animaux. Dans le cas contraire, les problèmes sanitaires et troubles de la reproduction seront à coup sûr au rendez-vous et l´éleveur risque d´en payer cher les conséquences, et pour longtemps. »


(1) Service central des enquêtes et des études statistiques.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Pour en savoir plus, voir Dossier de Réussir Lait Elevage d´Octobre 2003 intitulé « Manque de fourrages, maïs atypique... Choisir la bonne stratégie alimentaire ». (RLE nº 163, 20 pages.)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Etes-vous prêt à utiliser des taureaux en monte naturelle ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui