Réussir lait 24 août 2005 à 09h57 | Par Franck Mechekour

Aliment du bétail - Rations enrichies en acides linoléiques conjugués

Des apports de sels de calcium d´acide linoléique permettent
de faire chuter le TB de 15 % et d´augmenter le lait, selon des essais réalisés en Bretagne par Xeris.

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Compléter la ration des vaches laitières avec certains acides gras pour diminuer le taux de matière grasse du lait et augmenter la production laitière. Tel est l´objectif de Xeris. Ce projet se situe dans un contexte purement zootechnique. La société Xeris s´appuie sur des résultats de recherches publiés depuis le début des années 2000 au Canada, aux Etats-Unis,
en Australie. et sur ses propres essais menés dans six élevages bretons pour conclure que c´est possible et rentable.
Concrètement, il s´agit d´enrichir la ration des vaches avec des sels de calcium d´acide linoléique conjugué (voir encadré) répondant
au nom commercial d´Im´prouve ALC. Invité à la conférence organisée par Xeris le 19 mai à Vannes, Yvan Chouinard, chercheur canadien, a confirmé l´impact des acides linoléiques conjugués sur le TB. « L´administration d´ALC a diminué la teneur en matière grasse du lait de 16 à 29 % selon la dose dans nos essais. »
Par contre, et contrairement aux essais menés par Xéris en Bretagne ou d´autres études américaines, le chercheur québécois n´a pas constaté d´influence de l´apport d´ALC sur la production laitière. Cette différence serait attribuable à des différences de systèmes d´élevage et surtout au fait que « les Canadiens ont utilisé une formulation différente de la nôtre », souligne Yvon Raoul, directeur de Xeris.
Plus 10 % de lait produit sur la lactation
Selon les essais bretons, l´utilisation de sels de calcium Im´prouve ALC s´est traduit par « une augmentation de +10 % de lait produit sur la lactation, une baisse de 15 % du TB et une augmentation d´un point de TP sur les 150 jours premiers de lactation », affirme Jean-Jacques Mottais, responsable essais élevage à Xeris. Ce produit a « permis de limiter la perte de poids en début de lactation ». Ces résultats méritent cependant d´être confirmés. Pour répondre aux difficultés liées aux expérimentations menées en élevage, le protocole s´écarte parfois d´une rigueur scientifique irréprochable.
Pour Yvon Raoul, directeur de Xeris, « l´utilisation d´Improuve ALC offre une possibilité d´améliorer le revenu des éleveurs », notamment dans un contexte « de baisse du prix du lait » et de remise en cause « du paiement de la matière grasse ».
Reste un dernier élément : l´impact sur la santé humaine. Certains acides gras n´ont pas bonne réputation. Et c´est notamment le cas d´un des deux acides gras de synthèse (C18 : 2 trans-10, cis-12), présent dans Im´prouve ALC (voir encadré). « Nous devons rester prudents. Cet acide gras n´est pas souhaitable en alimentation humaine », prévient Jean-Michel Chardigny, chercheur au laboratoire de nutrition lipidique à l´Inra de Dijon. Ce dernier s´interroge notamment sur les effets bénéfiques pour l´homme des ALC synthétiques en regard « du risque potentiel » qu´ils représentent. Même questionnement au sujet de « la dose maximale admissible ». Il semblerait toutefois que l´apport alimentaire de sel de calcium Im´prouve préconisé par Xeris (20 g/j/vache pendant les 200 premiers jours de lactation) ne s´accompagne pas d´une élévation significative dans le lait du taux de cet acide gras de synthèse. C´est du moins ce que semblent montrer des essais réalisés au Canada. Après avoir évalué l´effet zootechnique de l´apport de sel de calcium d´acide linoléique conjugué, Xeris compte analyser le lait pour évaluer les conséquences sur la composition de la matière grasse du lait et la santé humaine « en collaboration avec l´Afssa ».

Xeris s´intéresse à deux formes particulières d´acides linoléiques conjugués
L´acide linoléique conjugué(1) qui nous intéresse ici peut revêtir 28 formes différentes. Deux formes de cet acide gras sont particulièrement mises en avant par Xeris. Il s´agit de l´acide ruménique (produit naturellement dans le rumen et surtout la mamelle) dont les propriétés anticancéreuses restent à démontrer chez l´homme. Le second ne possède pas encore de nom autre que celui répondant à la nomenclature des chimistes à savoir le « C18 : 2 trans-10, cis-12 ». C´est celui qui est justement décrit comme étant favorable à la baisse du TB chez les vaches laitières. Ce dernier « ne se rencontre pas ou très peu dans la nature », souligne Jean-Michel Chardigny, chercheur à l´Inra de Dijon.

(1) Attention, les acides linoléiques conjugués n´ont rien à voir avec l´acide linoléique que l´on trouve dans l´huile de tournesol, si ce n´est une structure chimique (nombre d´atomes de carbone.) proche.

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