Réussir lait 05 septembre 2016 à 08h00 | Par C.Pruilh

Ai-je intérêt à demander l’aide à la réduction des livraisons ?

Avec votre prévisionnel de production et un budget partiel, évaluez l’intérêt de demander les 240 euros/t de lait jusqu’à 5% de réduction et 140 euros/t au delà.

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- © E. Bignon

Bien évidemment, si la prévision de production sur la fin de l’année montre une baisse par rapport au dernier trimestre 2015, il faut demander la prime. Il n’y aura rien à faire de particulier, à part se baisser pour l’empocher.

Si la prévision de livraisons ne montre pas de baisse supérieure à 1500 kg, il faut calculer l’intérêt de les réduire, avec un budget partiel. A noter qu’il s’agit des livraisons, donc on peut être dans les clous du dispositif sans réduire sa production, en substituant le lait en poudre acheté pour les veaux par le lait produit sur la ferme.

Ne pas pénaliser le potentiel de production

« Un élément essentiel est de ne pas pénaliser le potentiel futur de production en réformant des vaches en production », insistent plusieurs conseillers. Cela va écarter pas mal de monde, dont les récents investisseurs, dans une dynamique d’accroissement de la production, qui cherchent à diluer les charges de structure. Mais nous le verrons par la suite, d’autres n’auront pas forcément intérêt à aller chercher cette prime, comme ceux qui produisent leur lait avec la ration de base fourragère et qui n’ont pas besoin d’assainir leur troupeau.

« La baisse de production, pour qu’elle soit intéressante économiquement, doit se faire par réduction des concentrés de production ou par réforme anticipée de certaines vaches, indique Jean-Yves Le Berre, du Cerfrance du Finistère. En prenant en compte ces deux leviers, les éleveurs ont intérêt à aller chercher l’aide de 240 euros/t, avec une hypothèse de prix du lait payé à 305 euros/1000 l. »

L’Institut de l’élevage cite d’autres leviers à privilégier pour une réduction temporaire de production : l’avancement du tarissement, adapter la quantité de correcteur azoté, la monotraite. « La monotraite sur le dernier trimestre de l’année peut facilement s’envisager quand on a des vêlages groupés en début d’année », ajoute Laurence Fos, de la chambre d’agriculture du Calvados.

Comment évaluer l’intérêt économique ?

« On va chercher à répondre à deux questions. A quel prix ce lait non livré serait-il payé s’il était livré ? Quel est le coût de production (charges opérationnelles) de ce lait ? Donc quelle est la marge brute de ce lait que je peux ne pas livrer ? Et je compare cette marge à l’aide, expose Jean-Yves Le Berre. Plus le prix du lait est faible et le coût de production élevé, et plus le dispositif est intéressant. Avec un prix du lait payé 305 euros, j’ai intérêt à aller chercher l’aide si je produis ces volumes potentiellement non livrables avec des concentrés de production (coût d’environ 300 euros/1000 litres). S’il s’agit de volumes B à 210 euros, j’ai intérêt, quelque soit mon système d’alimentation, à viser la réduction de production et l’aide. »

Si le redressement des marchés se confirme, le prix du lait remontera et réduira d’autant l’intérêt du dispositif.

Plusieurs profils d’éleveurs pourraient être intéressés

« L’aide à la réduction des livraisons s’annonce incitative et facile à capter pour différents profils. Il y a ceux en conversion bio qui subissent une baisse des rendements laitiers par vache. Ceux qui sont confrontés à des difficultés fourragères. L’excès de pluie au printemps et la sécheresse estivale ont affecté les disponibilités fourragères dans de nombreuses exploitations. De plus, la récolte de maïs s’annonce très variable en quantité et qualité. Ils pourront trouver avantage à moins produire de lait cet automne pour préserver leurs stocks et/ou limiter les achats d’aliments », développe Gérard You, de l’Institut de l’élevage.

C’est aussi le cas de ceux qui ont déjà levé le pied en rapport avec la crise laitière. Ou encore, les éleveurs qui envisagent la cessation laitière pourraient l’anticiper pour capter l’aide.

Les « dépasseurs » ou ceux qui ont des volumes B pourraient avoir intérêt à ne pas livrer du lait aussi mal valorisé. Enfin, « le dispositif est aussi une opportunité pour ceux qui n’osaient pas tester une baisse de leurs apports de concentré. Ils auront un filet de sécurité pour l’expérimenter. Soit le rendement laitier de leur vache ne baisse pas, et ils auront économisé du concentré. Soit il baisse et ils pourront toucher l’aide. Plus le coût alimentaire est élevé, plus c’est intéressant économiquement, à condition de bien ajuster les quantités distribuées », expose Laurence Fos, de la chambre d’agriculture du Calvados.

« Les éleveurs qui ont le plus intérêt à entrer dans le dispositif sont ceux dont les charges opérationnelles représentent une grosse part des coûts par rapport aux charges de structure », ajoute Gérard You.

Des simulations ont été réalisées sur une exploitation de 600 000 litres de lait collecté (150 000 litres sur octobre novembre décembre 2015) et 8300 litres de lait livrés par vache par le Réseau d'élevage Bovin lait Pays de la Loire. Elles montrent un impact de l'aide de 200 à 2500 € selon les hypoyhèses retenues et à condition que l'enveloppe européenne couvre l'ensemble des demandes. L'aide est d'autant plus rentable qu' elle s'accompagne d'une amélioration technique par l'assainissement de troupeau et par l'efficacité alimentaire.

Réaliser un budget partiel

Du côté des +

+ L’aide

+ Les économies réalisées en frais d’élevage et frais vétérinaire si je réforme plus tôt

+ Les économies réalisées en correcteur azoté ou en concentré de production.

+ Une amélioration de la qualité du lait ou du taux butyreux et donc du prix du lait

Du côté des moins

- La recette laitière perdue

- Le coût supplémentaire lié au fourrage distribué en plus pour compenser une baisse d’apport de concentré de production

D’après les chambres d’agriculture de Normandie et l’Institut de l’élevage.

Aller voir votre laiterie et attention au contrat !

La chambre d’agriculture de Normandie met en garde. « Le producteur doit informer sa laiterie. Il faut vérifier que la clause de pénalité ou d’ajustement du volume contractuel pour cause de sous réalisation soit bien mise en sommeil par la laiterie. »

« Il faut bien lire son contrat, pour voir si une réduction des livraisons sur le dernier trimestre peut avoir des impacts négatifs sur le paiement du lait. Par exemple, si la laiterie a un système de prime à la régularité de la production sur l’année. »

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