Réussir lait 26 décembre 2005 à 12h21 | Par Bernard Griffoul

A l´étranger - Les Américains gèrent le risque de chute de prix du lait

Pour compenser la baisse des soutiens, les producteurs américains peuvent vendre leur lait sur le marché à terme pour se prémunir des risques de fluctuation du prix.

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Il est courant d´affirmer que ce qui se passe aux États-Unis advient dix ans plus tard en Europe. C´est dans cet esprit qu´un groupe de responsables des coopératives laitières de l´Ouest de la France s´est rendu aux États-Unis au printemps dernier. La PAC laitière évoluant vers un démantèlement des aides aux exportations et au soutien du marché intérieur, « le prix du lait baisse et le fossé se creuse entre le prix de vente des produits laitiers et les prix du lait au producteur », observent-ils dans leur compte rendu. Or, aux États-Unis, cette baisse du soutien au prix du lait a eu lieu il y a plus de dix ans. « Une nouvelle relation économique s´est mise en place entre les sociétaires et les coopératives. » Nouvelle relation dont la finalité principale est de gérer le risque inhérent aux fortes fluctuations du prix du lait qui peuvent atteindre 30 % en moyenne d´une année sur l´autre. Mêmes évolutions attendues, mêmes réponses à prévoir ? Il y a au moins des « enseignements » à en tirer.
Aux États-Unis, le filet de sécurité est aujourd´hui tellement bas et inopérant que les producteurs ont été contraints de « s´assurer » pour faire face aux risques de chute du prix. Ils passent des contrats de vente sur le marché à terme de la bourse de Chicago tout en continuant à livrer à leur entreprise. Une partie de leur lait est ainsi vendue à l´avance (de 1 à 24 mois) à un prix donné ou à un prix plancher selon l´option choisie. Ils disposent en effet de trois façons de garantir le prix du lait. S´il choisit la couverture, le producteur vend le lait à un prix de base ferme (hors primes de l´entreprise). Une formule intéressante lorsque la probabilité de chute est forte, mais si le prix repart à la hausse, il n´en bénéficie pas.
Deuxième outil : les options de vente. Le producteur achète la possibilité de vendre à un prix plancher tout en conservant l´opportunité de profiter d´une hausse. Sauf que cette assurance contre la baisse du prix lui aura coûté une prime.
Troisième formule enfin : des contrats de livraison différée fonctionnant sur le même principe que les deux précédents, mais proposés par les entreprises laitières. Ils sont plus souples et plus simples à utiliser pour les producteurs.
Aux États-Unis, la baisse du soutien au prix du lait a eu lieu il y a plus de dix ans. Le secteur laitier français peut en tirer des enseignements. ©A. Conté

Une partie du lait est vendue à l´avance
« Gérer le risque prix, ce n´est pas obtenir le prix le plus élevé, c´est du moins éviter les prix du lait bas et surtout pouvoir compter sur un objectif de revenu pour l´exploitation agricole (objectif de profit, flux de trésorerie), commentent les observateurs français. La gestion du risque n´est pas gratuite. Comme une assurance, elle a un coût : frais de courtage, intérêt lié à la caution, primes d´options. » Une garantie de prix qui est souvent réclamée aussi par les banques. L´utilisation de ces outils demande aux producteurs de se placer « dans une logique d´entreprise. D´abord connaître ses coûts de production, déterminer son point mort. Ensuite, il fait ses choix et les assume ». Les coopératives ont mis en place des services pour aider les producteurs à manipuler et s´approprier les éléments économiques des marchés. Environ 10 % de la collecte de lait sont vendus sur le marché à terme de Chicago.
« Un outil intéressant à verser à la réflexion qui offre un certain nombre de potentialités pour suppléer aux outils communautaires », estime Isabelle Lesage, responsable du service lait à Coop de France Ouest.
Des réflexions sont en cours dans les bourses européennes pour faire entrer le lait sur les marchés à terme, notamment à la bourse de Hanovre (Allemagne). Néanmoins aux États-Unis, cette gestion du risque s´est mise en place après plusieurs années de crise qui ont été fatales à nombre de producteurs. D´où l´intérêt d´anticiper les événements à venir. Il y a lieu aussi de « s´interroger entre la part de responsabilité assumée par le producteur et la part assumée par l´entreprise », conviennent les participants à ce voyage.

Prix du lait : un seul pour les producteurs, quatre pour les entreprises
Les producteurs américains se sont organisés au sein de structures régionales, les FMMO (Federal Milk Marketing Orders), pour fixer le prix minimum du lait. Par contre, les entreprises achètent le lait à un prix différent selon les transformations (quatre classes) :
 I - pour les boissons lactées et le lait de consommation;
 II - pour les produits frais et les crèmes glacées ;
 III - pour les fromages ;
 IV - pour le beurre et la poudre de lait.

Le gouvernement fédéral détermine le prix minimum des classes III et IV à partir d´un sondage auprès des entreprises. Le prix des classes I et II est supérieur et calculé en référence aux deux autres catégories. Un prix unique payé aux producteurs est ensuite arrêté par pondération des volumes des quatre classes produits dans la zone d´action du FMMO, il diffère donc selon les régions.
En juin dernier, dans le Wisconsin, il s´élevait à 12,93 $ pour 100 £ (227 ? par 1000 litres). S´y ajoutent une prime propre à chaque laiterie et un paiement à la composition (autour de 2 dollars soit 35 ? par mille litres).
Pour compenser le paiement de ce prix unique au producteur, les entreprises ont accès à un fonds de mutualisation géré par le FMMO qui assure une péréquation de la matière selon les valorisations. Toutes les régions ne sont pas couvertes par ce système.

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