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AVIS D’EXPLOITANT
Un couvert passe-partout avec la féverole

La féverole apporte divers atouts qui en font une légumineuse très utilisée par les agriculteurs en tant que plante de service. Mais elle est peu proposée par les semenciers. Explications et préconisations.

À peine 100 000 hectares en culture protéagineuse de rente... Mais combien en culture intermédiaire ou en plante compagne ? La féverole occupe une bonne place parmi les couverts végétaux. Particulièrement dans le Sud-Ouest, de vastes étendues de cette légumineuse témoignent, au milieu de l’hiver, de sa large utilisation pour le mode de culture en semis direct sous couverture végétale (SDCV).

« La féverole est un couvert de référence bien adapté aux situations de non labour et pour nos terres argilo-calcaires en particulier. Nous la préconisons en couverture hivernale entre un blé et un maïs ou entre un blé et un tournesol, en pur ou associée à de la phacélie », présente Sylvain Hypolite, ingénieur conseil chez Agro d’Oc(1), dans le Gers. Facile à installer puis à détruire, la plante présente de nombreux atouts (voir avis d’exploitant) dont celui d’être très efficace dans la fixation d’azote et de faciliter la mise en terre au printemps pour la culture suivante. « La féverole associée à de la phacélie laissera suffisamment de sol libre en surface pour produire de la terre fine indispensable pour une bonne fermeture du sillon de semis », observe Sylvain Hypolite.

Deux stratégies s’offrent aux agriculteurs du Sud-Ouest pour le semis de la féverole. « Pour les zones les plus froides, il est possible d'effectuer un semis de fin août à mi-septembre entre un blé et un tournesol par exemple, à condition d'avoir une pluviométrie suffisante sur les mois d'automne et dans l’objectif de développer une biomasse végétale conséquente entre septembre et décembre, mentionne Sylvain Hypolite. Pour les secteurs les plus chauds, le semis est décalé entre fin septembre à mi-octobre pour maintenir une biomasse jusqu’à la mi-mars avant un semis de tournesol ou de maïs. » Dans la mesure où les protéagineux sont peu présents dans les systèmes de cultures du Sud-Ouest, la féverole en interculture longue montre tout son intérêt.

Un repoussoir à insectes ravageurs du colza à l’automne

Autre type d’usage, la féverole se retrouve fréquemment dans les couverts associés au colza, seule ou avec d’autres légumineuses. « Avec l'objectif de ne pas dépasser 15 pieds au m2 de façon à ne pas entrer en concurrence avec le colza, la féverole produit beaucoup de biomasse en accumulant des quantités non négligeables d’azote, jusqu’à 60-70 unités à l’hectare à la sortie de l’hiver, que le colza n’assimilera pas entièrement », précise Gilles Sauzet, Terres Inovia. La féverole produit un chevelu racinaire qui colonise très bien les 10-12 premiers centimètres du sol. Sa présence dans le couvert associé a pour effet de réduire la pression des insectes ravageurs d’automne comme la grosse altise et le charançon du bourgeon terminal. « Ces trois dernières années, en colza associé avec féveroles et d’autres espèces, on a pu noter entre 95 et 100 % de plantes saines vis-à-vis de ces ravageurs sans faire de traitement alors qu’en comparaison dans les mêmes situations, des colzas seuls avec deux applications d’insecticides comportaient 65-70 % de plantes saines », assure Gilles Sauzet. Le spécialiste de Terres Inovia ajoute que la féverole limite l’hydromorphie dans les sols à risque en générant une bonne aération du sol, en facilitant le drainage et en consommant un peu d’eau. Enfin, la féverole résiste assez bien aux herbicides appliqués sur colza à condition d’en réduire les doses malgré tout. Mais sur ce point, la priorité reste au contrôle des adventices, avec les doses appropriées des produits.

Peu présente dans les mélanges commerciaux de couverts

La féverole peut aussi s’utiliser en couvert classique d’interculture. « C’est un couvert passe-partout, qui pousse à peu près dans tous les types de sols, observe Jérôme Labreuche, Arvalis. La plante s’adapte à plein de milieux différents. Son système racinaire pivotant est plutôt apprécié pour la structuration du sol. C’est une plante rustique pouvant lever même avec des semis à des profondeurs importantes — ce qui n'est pas le cas des petites graines d’autres plantes — et peu consommée par les limaces. »

Pourtant, force est de constater que la féverole est peu présente dans les mélanges commerciaux de couverts pour interculture, ni même mise en avant par les semenciers pour une utilisation en culture intermédiaire. « Les agriculteurs tirent profit de la culture pour produire leurs propres semences, beaucoup plus facilement que pour d’autres légumineuses », remarque Jérôme labreuche. Du coup, les semenciers trouvent peu d’intérêt économique à développer cette espèce dans leur gamme de couverts végétaux, d'autant plus que leurs graines sont difficles à mélanger. Les féveroles présentent un PMG très élevé. « Il y a beaucoup de semences à manipuler et celles-ci ne passent pas dans les semoirs à petites graines ni dans ceux à céréales », signale Jérôme Labreuche. Gilles Sauzet préconise l’utilisation de semoirs avec des trémies dont une adaptée à la taille des graines de féverole, ou un semis en deux temps séparant les plantes à petites graines comme le colza de la féverole.

Par ailleurs, il existe quelques variétés de féverole présentant un PMG modéré, comme RGT Diana commercialisée par RAGT Semences dans une optique de « plantes de santé du sol améliorant la fertilisation azotée naturelle de la parcelle ». Mais pour une orientation de plante de service, la féverole ne fait pas l’objet de recherche d’amélioration variétale.

(1) Union de 49 Ceta d’Oc (Sud-Ouest).

Ne pas utiliser la féverole seule

La féverole n’a pas mis tous les atouts de son côté. « Cette espèce ne couvre pas bien le sol. Elle présente un port dressé, buissonnant et entre les buissons, les adventices peuvent s’installer facilement, remarque Jérôme Labreuche. D’autre part, dans des situations de faibles densités de semis comme cela peut être préconisé en plantes compagnes, le système pivotant de la féverole ne structurera le sol que sous les pieds de façon localisée. » Pour toutes ces raisons, il est conseillé d’associer la féverole à d’autres espèces de couverture végétale couvrant mieux le sol.

Peu de risque à beaucoup en faire

Il ne semble pas qu’une forte utilisation de féverole en couvert d’interculture ou en plante associée représente un risque en termes de parasitisme pour des cultures dans la rotation comme le colza, les céréales à paille, le maïs… La féverole n’augmente pas le potentiel infectieux des sols vis-à-vis de l’Aphanomyces préjudiciable au pois. Toutefois, Arvalis la déconseille avant un pois, un soja, un tournesol et… une féverole en culture à cause du risque Sclérotinia s’il y a production de sclérotes. Enfin, féverole et betteraves sucrières ne font pas bon ménage, à cause du risque d’amplification du nématode du collet et du rhizoctone brun.

Christophe Cassoulong, 120 hectares à Lalonquette, Pyrénées-Atlantique(1)

La reine des couverts pour les semis directs sous couverture végétale

« Je pratique le semis direct sous couverture végétale (SDCV) depuis 2009 et j’ai recours à la féverole depuis 2012. La féverole, c’est la reine pour le SDCV. Entre autres, elle présente un port dressé, ce qui permet d’y semer en direct les maïs ou soja. J’associe la féverole à de la phacélie. Ces deux espèces montrent des tiges creuses et cassantes, ce qui les rend facile à détruire avec un roulage. Avec un semoir Semeato, la féverole est semée à 150 kg/ha avec la phacélie (2-3 kg/ha), les petites semences de cette dernière étant dans une caisse à part du semoir. L’objectif est d’obtenir un peuplement de l’ordre de 30 plantes au m2 pour les féveroles. La phacélie bouche les trous pour assurer une bonne couverture végétale. Le semis est réalisé en octobre dans la foulée de la récolte du maïs, directement dans les chaumes en passant le rouleau Cambridge pour bien détruire ces dernières. Mes sols décomposent bien les chaumes. Le couvert est laissé sur pied jusqu’aux semis du printemps. La féverole apporte ainsi un maximum d’azote au sol, que j’estime à une cinquantaine d’unités disponibles pour le maïs qui suit. Les semis de maïs sont réalisés autour du 20 avril directement dans la féverole vivante. Le couvert est détruit par le passage du semoir puis celui d’un Cambridge et je finis le travail avec une petite dose de glyphosate (1,5 l/ha) en guise de désherbage. Mais pour des semis plus tardifs tels ceux du soja en mai, je détruis la féverole avant pour stopper sa consommation d’eau du sol. »

(1) 35 ha de maïs en sec (à 40 cm d’écartement), 5 ha de soja, 4 ha de sorgho sucrier, 2 ha de pois protéagineux, 5 ha d’avoine, 5 ha d’orge dérobée, le reste en prairies temporaires et permanentes.Élevage de Blondes d’Aquitaine (100 mères) et d’Aubrac.
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