Aller au contenu principal

Gestion
Pomelo de Corse : « C’est un marathon plutôt qu’un sprint », décrit la productrice Marie-Laure Monteil, installée près de Bastia

Marie-Laure Monteil, productrice d’agrumes près de Bastia, s’est lancée dans la production de pomelos de Corse en agriculture biologique. Elle détaille les principales caractéristiques de cette production qui bénéficie d’une IGP depuis 2014.

<em class="placeholder">Marie-Laure Monteil, arboricultrice, dans son verger de pomelos en Corse. </em>
Marie-Laure Monteil cultive 16 hectares de pomelos de Corse IGP en bio.
© Marie-Laure Monteil

Marie-Laure Monteil est arboricultrice à Lucciana, à 20 km de Bastia, dans la ferme familiale Les Vergers de Casamozza. Elle y cultive des clémentines mais aussi 16 hectares de pomelo de Corse IGP. Sa production est en moyenne de 700 à 800 tonnes par an mais cette année, elle table plutôt sur 500 tonnes, probablement du fait de la pluie pendant la floraison et du froid. Ses vergers sont conduits en agriculture biologique.

Comment se déroule la culture du pomelo de Corse IGP ?

Marie-Laure Monteil : La seule variété cultivée en Corse est la Star Ruby, un pomelo à chair rouge. Le fruit reste sur l’arbre tout l’hiver jusqu’au printemps, voire l’été. Il a donc un cycle de près d’un an. La floraison se fait d’avril à mai, en s’étendant plus ou moins selon les années. La nouaison a lieu en juin, suivie d’une chute physiologique. Dès que les analyses de maturité sont positives, la récolte peut commencer. On ramasse tout à la main, en flux tendu, au fil de la demande pour offrir aux consommateurs un produit le plus frais et le plus qualitatif possible. En termes de production, le pomelo est un marathon plutôt qu’un sprint, à l’inverse de la clémentine que je produis aussi.

À quel moment intervient la récolte ?

M.-L. M. : Nous commençons la récolte de plus en plus tôt. Il y a cinq ans, chez moi, on ne débutait pas avant le mois de mars bien entamé voire avril, alors qu’on peut désormais récolter quelques pomelos dès janvier ou février, tandis que le reste peut demeurer sur l’arbre jusqu’à l’été. Cela étend donc la période de commercialisation et, même si cela demande un suivi et de la main-d’œuvre, c’est plutôt positif.

Quels sont les impacts du changement climatique ?

M.-L. M. : Tout est beaucoup plus imprévisible qu’avant. D’autant que le pomelo est très exposé, en raison du temps passé sur l’arbre. La situation sanitaire est maîtrisée mais on sent que l’équilibre est précaire, qu’il faut rester vigilants. J’ai par exemple été confrontée au thrips, certains vergers ont eu des problèmes de cochenilles dans le passé, c’est très variable selon les exploitations. Et on sait déjà que les ravageurs qui viendront demain d’autres pays seront un enjeu. Tout cela en respectant, en France, des règles parmi les plus exigeantes au monde, ce qui est bien sûr une fierté.

De quelles solutions de lutte disposez-vous en bio ?

M.-L. M. : Nous recourons au piégeage massif en première solution pour la mouche, avec la possibilité d’utiliser du Syneïs Appât, à base de spinosad, selon la pression observée grâce aux pièges. Nous avons droit aussi à l’Oïkos [à base d’azadirachtine, sous dérogation contre les chenilles phytophages], mais je ne l’ai jamais utilisé. À l’échelle de la filière, nous réalisons beaucoup de lâchers d’insectes prédateurs, par exemple des coccinelles contre la cochenille farineuse, ou la guêpe parasitoïde Aphytis melinus contre des cochenilles telles que le Pou rouge de Californie.

Rencontrez-vous des problèmes de recrutement de main-d’œuvre ?

M.-L. M. : Je n’y suis pas confrontée personnellement, car mon exploitation est plutôt bien desservie. J’arrive même à embaucher de la main-d’œuvre locale. Mais d’autres vergers plus isolés peuvent rencontrer des problèmes de recrutement, y compris pour obtenir des autorisations dites « d’introduction » de saisonniers étrangers. C’est donc un sujet, mais il faut tout de même souligner que la récolte des pomelos nécessite moins de monde que celle des clémentines. Le pomelo est plus gros, on ramasse plus de volume et plus vite, à la main.

Économiquement, le pomelo est-il suffisamment valorisé au regard des contraintes à la production ?

M.-L. M. : C'est un sujet, même en bio. D’autant qu’en cherchant la qualité maximale, nous avons pu avoir des taux d’écarts importants, jusqu’à 50 % sur mon verger.

Le pomelo de Corse pourrait-il un jour égaler la clémentine en volume ?

M.-L. M. : Le pomelo a un goût plus spécifique, le public est donc moins large que celui de la clémentine, un fruit star. Mais il est très apprécié et il y a une vraie demande pour des produits locaux qui, même s’ils traversent la mer dans le cas de la Corse, restent plus proches que l’Afrique du Sud par exemple. Et côté producteurs, nous restons passionnés malgré les défis.

Les Vergers de Casamozza

Conduite : bio depuis 2017.

Cultures : pomelo (16 ha), clémentine (18 ha), orange (3 ha), citron (1 ha), olivier (12 ha plantés, pas encore entrés en production).

Vente : GMS et magasins spécialisés.

Le pomelo en chiffres

L’île compte 225 ha en IGP Pomelo de Corse en 2025, dont 87 ha en bio, selon l’Aprodec (association pour la promotion et la défense de la clémentine de Corse) qui s’occupe aussi du pomelo. La production est stable. L’an dernier, 7 755 t (conventionnel et bio) ont été produites et apportées par les producteurs dans les stations de conditionnement. 5 599 t ont été commercialisées, dont 4 750 t sous IGP, dont 2 047 t en bio. Une partie des écarts de tri est transformée en jus. Sur la France entière, au-delà du seul pomelo de Corse, 9 037 t de pomelo et pamplemousse ont été produites en 2024, d’après Agreste, grâce aux régions productrices que sont la Corse, la Guadeloupe et la Guyane. Les importations françaises de pomelo tournent autour de 67 000 t (moyenne 2018-2020), d’après le CTIFL, avec des réexportations d’environ 5 400 t. « La consommation française est de l’ordre d’1 kilo par personne et par an, écrit le centre technique, 41 % des ménages en achetant au moins une fois dans l’année ».

Les plus lus

<em class="placeholder">Production légumière . Récolte de l&#039;ail dans la Drôme .</em>
Ail : 7 infos à connaître sur sa consommation

Porté par son statut de condiment, l’ail reste très largement consommé en France. Mais les achats reculent sous l’effet de l…

<em class="placeholder">Christophe De Hautefeuille, pruniculteur, et président du BIP, posant pour une photo dans son verger de pruniers dans le Lot-et-Garonne. </em>
Pruneau dans le Lot-et-Garonne : « Les effets de la canicule sont stupéfiants » 

Christophe de Hautefeuille, pruniculteur bio installé sur 43 ha à Sembas, dans le Lot-et-Garonne, également président du…

<em class="placeholder">Sarah Monteux, responsable administrative et commerciale du groupement de producteurs Terre de Crau – Mas Saint Paul, psoe dans un verger, dans les Bouches-du-Rhône. </em>
Canicule dans les Bouches-du-Rhône : « On a perdu entre un demi et un calibre en pêches et nectarines »
Sarah Monteux, responsable administrative et commerciale du groupement de producteurs Terre de Crau – Mas Saint Paul, dans…
<em class="placeholder">Robot de désherbage éelctrique Andela ARW</em>
Désherbage en cultures légumières : des robots de désherbage électrique ciblé autonomes en énergie

Distribués en France par Stecomat, les robots de désherbage électrique du constructeur néerlandais Andela sont autonomes en…

<em class="placeholder">Thierry Moisy, président de l’Association nationale pommes poires et arboriculteur, pose dans son verger.</em>
Canicule en Indre-et-Loire : « J’anticipe des pertes de volumes de 20 % sur les pommes précoces », évalue le producteur Thierry Moisy

Thierry Moisy, président de l’Association nationale pommes poires, cultive 10 hectares de pommes et un demi-hectare de poires…

<em class="placeholder">Local phyto. Stockage des produits phytosanitaires par catégories : insecticides, régulateurs et adjuvants. Bidons et cartons rangés sur des étagères. Pesticides .</em>
Phytos en fruits et légumes : les AMM 120 jours de juillet et août 2026

Voici les dérogations 120 jours concernant la filière fruits et légumes publiées en juillet et août 2026. [mis à jour le 25…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 91,80€/an​ TTC
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site filière Fruits & Légumes
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière fruits & légumes
Consultez les revues Réussir Fruits & Légumes et FLD au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière fruits & légumes