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La filière tomates s’engage dans la HVE

Depuis quelques mois, à peu près tous les opérateurs en tomates se sont engagés dans la Haute valeur environnementale. Une reconnaissance officielle qui ouvre des perspectives et semble désormais incontournable.

© Véronique Bargain

Créée en 2009 par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, la certification environnementale des exploitations est un dispositif officiel attestant que les éléments de biodiversité sont largement présents sur l’exploitation et que la pression des pratiques sur l’environnement est réduite à un minimum. Elle se décline en trois niveaux, le niveau 3 permettant d’obtenir la mention Haute valeur environnementale (HVE) et de communiquer. Initiée par la filière viticole, elle était jusqu’ici utilisée surtout pour le vin, plus récemment pour la farine. Mais depuis quelques mois, toutes les filières alimentaires, fruits et légumes en tête, s’y intéressent particulièrement. C’est notamment le cas pour la filière tomates dans son ensemble.

L’association Demain la terre, qui promeut une agriculture responsable, a obtenu la reconnaissance de sa charte au niveau 2 de la certification environnementale en avril 2015, puis au niveau 3 en mai 2018. Tous ses adhérents ont ainsi pu s’engager dans la démarche, dont Le Jardin de Rabelais, première serre certifiée HVE en mai 2018, ou encore Kultive, qui prévoit que toutes les exploitations de Sopa et de Casay soient certifiées HVE en 2020.

En décembre 2018, l’AOP Tomates et Concombres de France a également obtenu la reconnaissance de sa charte de qualité au niveau 2 de la certification environnementale. Tous ses adhérents ont donc d’ores et déjà le niveau 2 de la certification. Et à peu près tous travaillent sur le niveau 3, surtout les exploitations déjà engagées dans des démarches environnementales. Le premier à avoir décroché la certification de niveau 3 est Solarenn, qui avait expérimenté le dispositif dès 2009 avec un site pilote pour la tomate.

« Vingt-quatre exploitations engagées dans la démarche "Cultivée sans pesticide" sont certifiées, ce qui permet de fournir toute la gamme de tomates en HVE, ainsi que du mini-poivron, indique Christophe Rousse, président de Solarenn. Et l’objectif est que les trente exploitations de tomates le soient en 2019 ».

Rougeline y travaille également, en commençant par ses Écoserres engagées dans la démarche Zéro résidu de pesticides, l’objectif étant que la majorité soit certifiée en 2019. « Et dans le cadre du collectif Nouveaux Champs, nous avons demandé à tous les adhérents de travailler au moins sur les indicateurs de la certification », précise Gilles Bertrandias, directeur de Rougeline et président de Nouveaux Champs.

Océane a commencé ses audits et prévoit d’avoir douze exploitations certifiées HVE d’ici l’été et la majorité fin 2019. Savéol a initié les audits cet hiver et devrait les finir fin 2019, l’objectif étant que 100 % des exploitations soient certifiées début 2020. Prince de Bretagne est également engagé dans la HVE.

Prendre le train au bon moment

L’engagement de la filière tomates dans la HVE correspond à la montée en puissance de la certification environnementale et des préoccupations liées à l’environnement et au changement climatique. « La HVE s’inscrit dans l’agroécologie telle que l’entend l’État et est en adéquation avec les attentes sociétales », estime Laurent Bergé, président de l’AOPn Tomates et Concombres de France. Un point essentiel est que c’est un label officiel, qui enlève tout doute sur l’engagement réel des producteurs. C’est une certification qui concerne la totalité de l’exploitation. « La HVE est très proche de la charte Demain la terre pour certains aspects liés à l’environnement, même si la démarche Demain la terre intègre d’autres aspects environnementaux ainsi que des aspects sociaux et économiques, estime Anthony Langlais, directeur de Kultive, adérent à Demain la terre. Mais c’est un label officiel qui peut cautionner et compléter une démarche privée. »

Un autre atout de la HVE est qu’elle facilite aussi le dialogue avec les organisations non gouvernementales. « La HVE est reconnue par les associations environnementales, alors que la production sous serre est souvent décriée par ces associations », souligne Christophe Rousse. « Être certifié HVE permet de dialoguer de façon plus sereine avec les associations », confirme Marc De Nale, directeur de Demain la terre.

Autre axe : répondre aux attentes exprimées ou pressenties des acheteurs. E.Leclerc a, par exemple, fait le choix de la HVE pour ses fruits et légumes sous MDD Marque Repère et Nos Régions ont du Talent, avec la garantie d’un partenariat sur trois ans. Le projet qui a débuté en pommes, a vocation à s’étendre et inclut depuis mai des tomates cocktails HVE de Solarenn (cf. FLD Hebdo du 2 mai). Intermarché vend depuis avril du pain et du vin issus d’exploitations certifiées HVE. Franprix s’y est engagé pour le vin. Et toutes les enseignes s’y intéressent. Le fait que la HVE soit une démarche transversale est également un atout. « La HVE intéresse les distributeurs car son référentiel construit par le ministère peut s’adapter à tous types de produits et d’exploitations et qu’il rassure et simplifie la vie des distributeurs », souligne Arnaud Letac, responsable qualité de Solarenn.

Une valorisation des prix liée à la HVE est, par contre, incertaine, même si Intermarché affirme s’engager à « valoriser le signal prix pour valoriser le changement des pratiques ». « Être certifié HVE est un point facilitateur et pourrait être demain une condition d’accès au marché », analyse Pascal Delahaye, gérant du Jardin de Rabelais. Autre atout : la HVE est désormais un des critères d’éligibilité pour la fourniture des 50 % de produits de qualité de la restauration collective prévus par la loi EGalim.

Communication BtoB

Pour l’essentiel, les opérateurs estiment que la HVE est avant tout un outil destiné à ses clients. « La HVE est complémentaire, voire pourrait remplacer, au niveau français, le cahier des charges de GlobalGap, certification qui a permis de faire avancer les filières en termes de qualité, d’enregistrements et de certains aspects environnementaux et sociaux », estime Pierre-Yves Jestin, président de Savéol.

Dans un premier temps, la certification ne prévoyait pas de communication sur les produits. Mais en 2016, le ministère a estimé qu’il fallait communiquer et a créé deux logos pour la HVE. Solarenn a ainsi choisi d’en mettre un sur ses emballages. « Notre objectif est d’associer la HVE au "Cultivé sans pesticide" dans le cadre d’une démarche de progrès », précise Christophe Rousse.

Face à la multiplication des démarches dites de "3e voie" (Zéro résidu de pesticides, Cultivé sans pesticide, Sans résidu de pesticide détecté, démarches de distributeurs comme la Voix des champs de E.Leclerc…), le risque de confusion existe toutefois. « Sur certains produits, nous pourrions avoir trois logos, Demain la Terre, Sans résidu de pesticide et HVE, illustre Anthony Langlais. Nous allons devoir simplifier selon les clients et les produits. »

Les opérateurs notent toutefois que la HVE est actuellement très peu connue des consommateurs. Ceux qui y sont engagés jugent aussi que les labels indiquant zéro ou sans pesticide sont plus parlants. « Le consommateur n’a actuellement pas une grande lisibilité de la HVE, constate par exemple Gilles Bertrandias. Tout dépendra des moyens de communication qui seront mis en place par le ministère. » Pour l’instant, ces moyens sont très limités. « Une communication du ministère pourrait positionner la HVE comme le label agroécologique, un label officiel qui pourrait être connu comme le label AB en bio et qui permettrait d’accélérer le passage à la HVE », estime Laurent Bergé.

Dans tous les cas, la HVE ne peut que renforcer la perception d’une production plus durable, l’étude du CTIFL sur la perception par les consommateurs de tomate des démarches de "3e voie" soulignant que « la confusion entre les différentes offres contribue à la perception d’une démarche globale des producteurs pour une amélioration constante de leurs pratiques ».

Adapter le référentiel pour la serre

La certification environnementale repose sur des indicateurs de résultats relatifs à quatre thématiques : biodiversité, protection phytosanitaire, fertilisation, irrigation. Elle comporte trois niveaux : niveau 1 (maîtrise de la réglementation environnementale et diagnostic), niveau 2 (respect de 16 exigences) et niveau 3, basé sur des seuils d’indicateurs de performance.

Deux options sont possibles : l’option A, qui consiste à respecter quatre indicateurs composites, et l’option B, qui implique au moins 10 % de la SAU en infrastructures agroécologiques et un poids des intrants inférieur à 30 % du chiffre d’affaires.

La certification peut être gérée individuellement, avec pour l’exploitation une évaluation initiale, suivie éventuellement d’un plan d’action, une évaluation de suivi puis une évaluation de renouvellement après 3 ans. Elle peut aussi être gérée dans un cadre collectif. La structure met en place un plan de suivi des exploitations sur les indicateurs établis, avec des audits sur un échantillon d’exploitations.

Globalement, la procédure pose peu de difficultés aux opérateurs habitués aux démarches de certification, mis à part le fait que ce sont les exploitations qui sont certifiées, ce qui complexifie un peu la démarche pour les structures regroupant des exploitations très spécialisées et d’autres comportant des productions de plein champ. Mais sur le fond, les serres de tomates, notamment celles déjà engagées dans des démarches environnementales, répondent assez facilement à la HVE.

La principale difficulté porte sur les surfaces agroécologiques, avec la nécessité parfois de rajouter des haies ou de faire du foin sur les surfaces enherbées pour valider le pourcentage d’infrastructures agroécologiques dans la SAU. Le référentiel de la HVE, conçu plutôt pour le plein champ, n’est toutefois pas totalement adapté à la serre. Et certains aspects ne sont pas pris en compte. « Le référentiel comporte beaucoup d’indicateurs chiffrés mais peu de qualitatifs et n’intègre pas la gestion des déchets, l’énergie ou encore certains aspects de la biodiversité », note Marc De Nale.

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