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Dossier Pomme : Les SDP à la rescousse

Le projet PEPS a permis de dégager des produits stimulateurs de défenses des plantes ou biostimulants permettant de diminuer le nombre d’applications de fongicide, tout en gardant une bonne protection contre la tavelure. Mais tous n’ont pas la même action dans toutes les conditions.

La tavelure est une des maladies du pommier sur laquelle l'effet de quatre stimulateurs de défense naturelle a été testé. © RFL

« Les stimulateurs de défenses naturelles peuvent fonctionner en verger, résume Marie-Noëlle Brisset de l’Inra en conclusion du projet PEPS*, tout au moins pour contrôler les risques d’infection moyens à faibles. Mais il est nécessaire de faire progresser les recherches sur ces produits. » Dans ce projet multipartenaire, quatre stimulateurs des défenses naturelles (SDP) ou biostimulants ont été testés en verger sur huit sites expérimentaux pour leur action protectrice contre la tavelure et les maladies de conservation. Parmi les 30 produits testés au début du projet, ce sont les quatre qui ont le mieux activé les marqueurs moléculaires de défenses des plantes sur pommier. Les résultats en verger montrent que l’application de trois de ces produits a eu des effets protecteurs contre la tavelure permettant de réduire l’application de fongicides. Les produits SDP ont été appliqués toutes les semaines à partir du stade D3 avec une stratégie en PFI allégée. Cette stratégie était raisonnée en se basant sur les niveaux de risque du modèle RIMPro. « Ce protocole a en moyenne permis de remplacer cinq fongicides (sur un total de 12) par 8,5 applications de SDP en 2016, et six fongicides (sur un total de 10) par 6 à 8 applications SDP en 2017, indique la chercheuse. Ainsi pour la dernière année du projet, une application de SDP a généralement permis de remplacer une intervention fongicide. » Selon les sites, le nombre d’applications des SDP a varié de 7 à 12 par an.

 

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Seul le phosphonate de potassium (LBG 01F34), commercialisé aujourd’hui avec une autre formulation sous le nom de Soriale par BASF avec usage sur pommier, a eu des résultats constants sur les huit sites et les deux années d’essai, à la dose de 8 l/ha. En complément d’une stratégie PFI allégée, il a en effet permis d’assurer une aussi bonne protection sur feuilles que la référence PFI sans prise de risque. Sur fruits, selon les sites, les résultats ne sont pas toujours significatifs. A la station de La Morinière (37), à SudExpé Marsillargues (34) et à la station La Pugère (13), le pourcentage de fruits sains avec le LBG était aussi important que sur la modalité PFI sans prise de risque. Les résultats étaient équivalents avec une demi-dose de LBG, soit 4 l/ha, testée la dernière année du projet. Le produit homologué à ce jour l’est à 1,9 l/ha, une dose deux fois inférieur à celle majoritairement utilisée. « Or l’efficacité de ces produits est très liée à la dose », nuance Marie-Noëlle Brisset.

Deux autres produits aux effets variables

L’acibenzolar-S-méthyl, la matière active du produit Bion, avait toutes les caractéristiques pour être un bon candidat. « En conditions contrôlées, c’est le produit qui avait le meilleur effet activateur des gènes de défenses naturelles, rapporte Marie-Noëlle Brisset. En verger, son efficacité s’est révélée irrégulière. » Sur les cinq sites et les deux années d’essais, il n’a permis une protection significative par rapport à la stratégie PFI allégée seule, uniquement sur le site de l’Inra d’Angers sur les deux ans d’essai. « L’effet dose peut expliquer ce contraste entre conditions contrôlées et verger, puisque la qualité de l’application engendre des tailles et un nombre de gouttes par centimètre carré très différents entre les deux types d’expérimentations », commente la chercheuse. Toujours en complément de la stratégie PFI allégée, le troisième produit, un biostimulant à base de matière organique animale, commercialisé par Valagro sous le nom de Kendal, a obtenu des résultats supérieurs à la stratégie allégée seule sur ce même site de l’Inra. Sur les autres sites, il n’a pas amélioré de façon significative la protection de la stratégie PFI allégée même si les tendances sont à la baisse des symptômes. « Nous savons que les conditions environnementales peuvent modifier l’activation des gènes de stimulation naturelle induite par les SDP et biostimulants, conclut Marie-Noëlle Brisset. Reste à savoir lesquelles pour chacun des produits. Le travail initié dans PEPS (voir encadré) continue à travers d’autres projets. »

*Le projet PEPS comprenait dix partenaires : le Grab, le Cefel, le CTIFL, l’IFPC, l’Inra, Invenio, l’IRHS, Lycée horticole de Niort, La Morinière, La station d’expérimentation La Pugère, SudExpé Marsillargues.

Les sources de variabilités de l’efficacité des SDP

Les quatre SDP ou biostimulants ont aussi été testés en conditions contrôlées pour identifier quels facteurs influencent leur action. « Nous avons tout d’abord vérifié leur spectre d’action, pose Marie-Noelle Brisset de l’Inra. L’intérêt de l’utilisation d’un SDP est en effet de réduire la sensibilité du végétal à plusieurs bioagresseurs à la fois. » Le phosphonate de potassium et l’acibenzolar-S-méthyl ont bien montré des capacités de protection vis-à-vis du feu bactérien et du puceron cendré en plus de la tavelure. L’efficacité de l’acibenzolar-S-méthyl contre la tavelure a été testée dans différents scénarios de températures. « Il semblerait que des températures élevées suivant l’application diminuent l’effet activateur des défenses de ce produit », résume la spécialiste. Autre constat : l’effet activateur induit dans les feuilles traitées ne se diffuse pas dans les nouveaux organes. « Il semblerait que des applications répétées soient nécessaires afin d’activer les défenses dans les nouvelles feuilles lorsqu’un risque tavelure s’annonce. » Enfin sur la quinzaine d’intrants testés en mélange avec ces produits SDP, aucun n’a montré une incompatibilité. Certains ont même un effet positif sur l’action des SDP. C’est le cas du Rhodofix et du Brevis. Deux produits éclaircissants qui ont montré un effet sur les défenses naturelles dans les analyses moléculaires. Le Rhodofix mélangé au phophonate de potassium améliore son efficacité contre la tavelure et le feu bactérien. Il est en de même pour le Brévis en mélange avec le phophonate de potassium sur la tavelure.

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