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Interview

Sonia Da Silva, Kantar Worldpanel : « La contraction des repas impacte les ventes de légumes »

Nous consommons moins de légumes frais. Sonia Da Silva, experte produits frais traditionnels et spécialiste fruits et légumes chez Kantar Worldpanel analyse, pour FLD, les résultats des enquêtes réalisées par le panéliste.

Alors que 47 % des Français déclarent avoir augmenté leur consommation de fruits et légumes entre 2016 et 2018 selon l’enquête Worldpanel/TNS réalisée pour la Sial, les chiffres de vente montrent une toute autre réalité, surtout en ce qui concerne les légumes. L’intention n’est pas l’action. Les enquêtes réalisées par Kantar Worldpanel sur la consommation au foyer et leur suivi, notamment depuis 2013, le prouvent. On mange de moins en moins de légumes et cela risque de ne pas aller en s’arrangeant avec une population consommatrice vieillissante.

Un paradoxe à l’heure où le végétal est LA tendance forte ? Non, répond Sonia Da Silva qui suit les achats des Français en fruits et légumes pour Kantar Worldpanel depuis plusieurs années et qui livre, pour FLD Mag, une analyse très intéressante. Interview.

FLD : Les achats de légumes frais sont en forte baisse, à quoi l’attribuez-vous ?

Sonia Da Silva : On observe en effet une baisse des habitudes d’achats en légumes, mais aussi une baisse de leur consommation. Cela nous interpelle vraiment. De moins en moins d’individus achètent des légumes et moins souvent.

Cela est dû en particulier à la contraction des repas avec notamment les entrées qui disparaissent dans les habitudes. L’abandon de l’entrée dans un repas est une évolution très forte qui a un véritable impact sur la consommation de certains légumes. On estime à 40 % la part du recul de la consommation des légumes liée à l’abandon des entrées dans les repas, et notamment sur les moins de 50 ans, une population dont les habitudes alimentaires comportent moins de légumes que leurs aînés.

On observe aussi cette année une baisse d’utilisation des légumes frais en accompagnement des plats. Conserves ou surgelés ne se portent pas mieux. Il y a un vrai enjeu à long terme : cela risque de perdurer car les nouvelles générations ne sont pas habituées à manger des légumes frais. Les légumes sont plus présents dans les apéritifs, mais cela ne compense pas la baisse de consommation durant les repas.

FLD : Et en ce qui concerne les fruits ?

S. D. S. : La situation est différente sur les fruits. On en achète plus souvent. Si la consommation a elle aussi baissé au moment des repas (au dessert), on s’aperçoit que les fruits se développent sur des moments de pause (matin, après-midi) mais aussi au petit-déjeuner.

Les différentes pauses fruits de la journée (l’après-midi) permettent à la catégorie de rester positive et dynamique. La consommation de certains fruits a évolué. Le citron par exemple a fortement évolué. C’est en partie dû à la communication sur son effet détox.

FLD : Comment expliquer que la forte tendance sur le végétal ne profite pas aux légumes ?

S. D. S. : C’est toute la différence entre le déclaratif et le réel. Tout le monde sait qu’il faut consommer plus de légumes mais le vécu est tout autre. Est-ce qu’on a envie de se battre à tous les repas avec ses enfants pour qu’ils mangent des légumes ? Je ne suis pas sûre… Cette tendance sur le végétal profite surtout aux produits transformés. La communication des industriels est importante. L’innovation fait aussi partie de leurs leviers. On sait que les consommateurs aiment tester les nouveaux produits.

FLD : Quelles sont, selon vous, les pistes d’amélioration ?

S. D. S. : Il est difficile de lutter contre la disparition des entrées dans les repas pris à la maison. Sur les légumes, l’enjeu générationnel est hyper important. Il faut (ré) habituer les plus jeunes à consommer des légumes. Il faut rassurer le consommateur sur la praticité avec des recettes assez simples et des produits prédécoupés par exemple.

On sait que les jeunes pratiquent surtout une cuisine d’assemblage… Et il faut ancrer encore plus la consommation de légumes au moment de l’apéritif, c’est le seul instant où elle se développe. Mais aussi communiquer sur l’importance de la consommation des légumes frais. Et enfin surfer sur les tendances, le local, l’environnement, la mise en avant des producteurs…

A noter que les études montrent aussi qu’on prend de plus en plus nos repas hors domicile. Le périmètre que nous étudions suit cependant les repas pris au domicile. C’est une piste de réflexion importante… 

Il faut aussi travailler dans les points de vente. Si les produits ne sont pas mis en avant, il y a un frein à l’achat et les fruits et légumes sont rarement mis en avant dans les enseignes à quelques exceptions près : Lidl qui communique beaucoup sur les fruits et légumes, Intermarché ou encore Grand Frais, une enseigne qui se porte très bien, qui n’a pas forcément misé sur le bio, mais sur la qualité des produits frais. Et ça marche !

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