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Fraise : Comment se protéger des pucerons sans Movento ?

Avec le retrait du Movento, les producteurs de fraises testent de nouveaux moyens de lutte face au puceron en s’appuyant sur la lutte biologique, les produits de biocontrôle et le Teppeki.

<em class="placeholder">Lâchers de coccinelle en culture de fraise hors sol en Haute-Vienne pour lutter contre le puceron Myzus persicae</em>
Des lâchers de coccinelles sont réalisés par Louis Jaudinot, producteur de fraises en Haute-Vienne, pour lutter contre les pucerons.
© L. Jaudinot

La dérogation Teppeki, publiée le 5 février 2026, rassure la filière fraise à la suite du retrait du Movento dans la lutte contre les pucerons. Elle compte tout de même s’appuyer davantage sur les lâchers d’auxiliaires et les produits de biocontrôle.

La dérogation Teppeki, une solution temporaire

Le Teppeki est actuellement autorisé avec deux applications à dose de 0,14 kilo par hectare de la première feuille étalée à début récolte. « Nous avons fait en sorte d’avoir la dérogation jusqu’à mi-juin, période à laquelle tous les bassins entrent en récolte, ils peuvent donc tous en profiter », indique Hugo Chevalon, responsable technique de l’association d’organisations de producteurs nationale fraises.

Cette dérogation permet de remplacer le Movento, très stratégique pour la culture de fraises remontantes. « Les pucerons sont souvent déjà là en pépinière. Le Movento s’applique après la plantation pour repartir avec un plant sain jusqu’au printemps », rappelle Hugo Chevalon.

Mais des doutes subsistent sur l’efficacité du Teppeki, le produit n’ayant jamais été homologué en fraise auparavant. De plus, son statut dérogatoire en fait une solution temporaire, sa reconduction n’étant pas assurée. Par conséquent les fraisiculteurs réfléchissent à d’autres solutions.

Le biocontrôle en plus du Teppeki pour égaler le Movento ?

Les producteurs raisonnent les applications de Teppeki avec d’autres produits phytosanitaires. Entre les molécules candidates à la substitution (Pirimor G et Karate Zeon) et les produits interdits en présence d’abeilles (Mavrik Flo), les fraisiculteurs se tournent vers les produits de biocontrôle. « Nous utilisons le Nori pro (un produit à action physique), des huiles de paraffine et les sels potassiques d’acide gras », précise Hugo Chevalon. Le problème : leur manque d’efficacité. Un essai mené par l’Aprel en 2024 montre que l’huile de paraffine et les sels potassiques d’acides gras sont efficaces à 35 %, très loin de l’efficacité du Movento. La combinaison avec l’application de Teppeki peut combler ce manque d’efficacité, mais le coût est un autre frein. « Sans Movento on se retrouve avec des stratégies qui sont dix fois, voire vingt fois, plus onéreuses », alerte Hugo Chevalon.

Les lâchers d’auxiliaires, alternative à fenêtre limitée

« Nous ne pouvons pas avancer les lâchers d’auxiliaires car ils ont besoin de températures plus élevées que celles à la plantation pour assurer leur survie comme au printemps », précise Hugo Chevalon. Certains producteurs s’y risquent tout de même, comme Louis Jaudinot, producteur de fraises en Haute-Vienne. « Nous allons lâcher des coccinelles et des Aphelinus abdominalis (guêpe parasitoïde) la semaine du 9 mars. D’habitude on les lâche plus tard car les conditions sont froides. Si cela ne marche pas, nous ferons un Teppeki », détaille-t-il. Là aussi le coût de protection augmente. « Mon Movento me coûte 23 euros de l’hectare, un lâcher d’Aphelinus abdominalis c’est 0,25 euro par mètre carré, et je ne compte pas les coccinelles », avertit le producteur. À noter que les lâchers d’Aphelinus abdominalis se font à l’échelle des foyers, ce qui réduit le coût par rapport à un lâcher à l’échelle de la serre.

Le biocontrôle requiert plus de main d'oeuvre

Dans l’application des produits de biocontrôle, le besoin de main-d’œuvre est un souci. Produits de contact, ils doivent être appliqués le plus efficacement possible pour atteindre un maximum de bioagresseurs. « Quand les produits sont de contact, nous utilisons un pulvérisateur motorisé qui traite sur un à deux rangs à la fois. Ça nous prend deux à trois heures de traiter un hectare, alors qu’avec notre pulvérisateur six à huit rangs nous traitons deux à trois hectares à l’heure. Cela représente presque un temps plein sur la saison juste pour traiter », rapporte Gilles Belenguier, producteur de fraises dans les Bouches-du-Rhône.

​​​​​Tout n’est pas perdu pour le Movento

Il est encore possible de demander des dérogations Movento. « Nous allons demander une dérogation en pépinière. L’objectif est de protéger les plants pendant leur élevage pour avoir des plants sains à la plantation et retarder au maximum l’arrivée des pucerons », indique Hugo Chevalon, responsable technique de l’association d’organisations de producteurs nationale fraises.

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