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Biocarburants

Saipol prêt à monétiser la valeur environnementale de son biodiesel

Valérie Noël
29 nov 2018

Après l’Oléo 100, Saipol veut développer la commercialisation à l’export de biocarburants à très forte valeur ajoutée environnementale. Cela passe par la mise en place d’une nouvelle relation avec ses fournisseurs agriculteurs.

Mitra Sahara/ Flickr
L'Allemagne, en particulier, est en attente d'un biodiesel "ultravert", à forte capacité de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Nous voulons monétiser la valeur environnementale de nos produits », a expliqué Christophe Beaunoir, responsable commercialisation et trading chez Saipol, à l’occasion des rencontres Oléopro organisées le 29 novembre à Paris. Dans la suite de la sortie de l’Oléo 100, nouveau carburant 100 % biodiesel destiné aux flottes captives des transporteurs et des collectivités, c’est l’un des principaux challenges que se fixe la société pour retrouver de la rentabilité sur un marché très chahuté. « Il y a une hiérarchie des prix liée aux performances environnementales du biocarburant », a expliqué Romain Lebas, responsable du service durabilité de Saipol. La société compte bien en profiter.

Profiter des besoins en biocarburant fortement réducteur de ges de l’Allemagne

Car si la France a choisi de développer l’incorporation des biocarburants à hauteur de 7 % en volume, ce n’est pas le cas de plusieurs de ses voisins, en particulier de l’Allemagne : dans ce pays, l’industrie pétrolière n’a plus depuis 2015 l’obligation d’incorporer un pourcentage de biocarburants mais un objectif de réduction globale des émissions de gaz à effet de serre (ges) sur le cycle de vie de ses carburants. « Le métier du pétrolier est de vendre du diesel, pas du biocarburant, il cherche donc du biocarburant le plus efficient possible en matière de réduction de ges afin d’en mettre le moins possible », explique Christophe Beaunoir. C’est sur ce créneau que compte se développer Saipol.

Aujourd’hui, en intégrant l’amont de la filière, le biodiesel hexagonal permet une réduction de ges de 50 à 68 % lorsqu’il est issu de colza et de 65 à 77 % pour un tournesol. Or c’est à partir de 75 % de réduction de gaz à effet de serre qu’il est possible de monétiser la valeur environnementale du biocarburant. « Avec des pratiques agricoles adaptées, on peut obtenir plus de 85 % de réduction de gaz à effet de serre », a précisé Romain Lebas. L’entreprise veut donc travailler avec les agriculteurs autour de deux objectifs : la réduction voire l’abandon du labour et/ou l’utilisation d’intrants azotés organiques. La firme a également fait des essais d’intercultures. Deux espèces, la cameline et la moutarde d’Abyssinie (brassica carinata), s’avèrent intéressantes dans une rotation classique colza/blé/orge. Et elles pourraient être récoltées afin de produire des biocarburants à très haute valeur environnementale. « Source de coûts, l’interculture deviendrait une source de revenus », a résumé Romain Lebas.

Une plateforme digitale pour tracer les cultures au second semestre 2019

Pour ce faire, l’industriel aura besoin d’une traçabilité précise et complète des parcelles cultivées. « Il va falloir prouver que notre colza est durable, cascader les bonnes pratiques depuis la parcelle jusque chez Saipol », a poursuivi Christophe Beaunoir. Cela passe par l’arrêt en juin 2019 des « démarches de progrès » colza et tournesol diester. Lancées dans les années 90, elles concernent aujourd’hui 422 000 tonnes de graines et une quarantaine d’OS mais ne débouchent sur aucune valorisation. Au second semestre 2019, la société va donc lancer une « plateforme digitale assez structurante », afin de créer ce lien avec les agriculteurs. Une petite révolution dans le monde des oléagineux, qui fait suite à la mise en place l’an passé de Feedmarket.fr, sa plateforme de vente en direct de tourteaux. Comme l’a indiqué Christophe Beaunoir, la société a un an pour « repositionner la relation » avec la distribution et les agriculteurs…

Les perspectives sont en tout cas bien réelles : 150 à 180 000 tonnes de biodiesel seront vendues en 2018 sur le marché allemand, un marché où la société ne commercialisait jusqu’en 2017 que quelques milliers de tonnes par an. Pour 2018, Christophe Beaunoir pronostique des ventes en volumes de ces biocarburants « ultraverts » de l’ordre de 600 000 tonnes à l’export. Cela représenterait 30 % des volumes produits par le groupe. A ce nouveau débouché, viendrait s’ajouter le débouché Oléo 100, qui absorberait 20 % des volumes. Au total 50 % de la production du groupe seraient donc réorientés vers des marchés à plus forte valeur ajoutée, différents des commodités.

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