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Fabien Champion, de l’Institut de l’élevage
« Au Brésil, les volumes à l’export sont incertains »

Bien connaître la filière brésilienne de la viande bovine
est essentiel à la compréhension des marchés mondiaux
et à l’anticipation de leurs évolutions. Eclairage de Fabien Champion, du département économie de l’Institut de l’élevage.

. Quel est l’avenir de la compétitivité de la filière viande bovine brésilienne ?

Fabien Champion - La compétitivité est la capacité à maintenir ou à développer ses parts de marché nationales ou à l’export, dans un environnement concurrentiel. On peut dire que le Brésil répond tout à fait à ce critère et dispose d’un modèle d’élevage performant. Sa production de viande bovine se caractérise par une forte concentration de la production (60 % des bovins dans des élevages de plus de 200 têtes), des exploitations patronales basées sur l’herbe, en mode extensif, avec de la main d’œuvre salariale. Les coûts de production sont très bas (1,9 à 2,80 €/kg C (de carcasse) contre 3,8 à 5 €/kg C en France). Les exploitants ne veulent pas consentir de dépenses trop élevées : la règle est la conduite à l’herbe sans fauche ni amendement, ni complémentation fourragère. On parle souvent de récolte d’animaux. Les performances techniques restent modestes, mais économiquement très performantes. Les postes alimentation, équipements/bâtiments sont réduits au minimum, et malgré une augmentation des coûts, les élevages extensifs brésiliens conservent d’importants avantages en termes de compétitivité.

. Et du côté de l’industrie ?

F. C. - Les abattoirs agréés pour le marché national et à l’export (50 % de la production) sont des outils de grande taille permettant de générer d’importantes économies d’échelle. Les grands groupes qui en sont propriétaires sont également largement aidés par l’État, au moyen de crédits à taux bonifiés et de soutiens directs sous forme d’entrée dans le capital. La baisse des disponibilités a par ailleurs favorisé la concentration économique de la filière agréée export. Celle-ci crée une véritable pression sur les prix payés aux producteurs. Enfin, les opérateurs ont su transformer le lourd handicap statutaire du Brésil vis-à-vis de la fièvre aphteuse, en atout.
En effet, contraints d’exporter de la viande bovine désossée, ils ont multiplié leurs débouchés à l’export et sur le marché intérieur. Ils disposent ainsi désormais de débouchés multiples et complémentaires leur permettant d’optimiser l’équilibre carcasse et d’accroître la valeur ajoutée de leur activité.

. Que peut-on dire sur l’évolution de la production ?

F. C. - En 2012, le Brésil est revenu sur le devant de la scène, en redevenant premier exportateur mondial de viande bovine. À court terme, la hausse de la production de viande, enclenchée en 2012, devrait se poursuivre, mais à des niveaux inférieurs aux records de 2006 et 2007. Depuis 2011, après une recapitalisation, le cheptel brésilien a atteint un point haut encore jamais atteint. Cependant, ces systèmes sont très sensibles aux aléas climatiques et à de fortes décapitalisations en cas de sécheresse. Dans ce cas, les exportations brésiliennes pourraient temporairement rejoindre leurs précédents records et devenir imprévisibles, augmentant la dépendance des imports de l’Union européenne à la volatilité des exports brésiliens.
Sur le long terme, la hausse des volumes exportés sera menacée par plusieurs facteurs. À commencer par la diminution des surfaces en herbe, en lien avec l’amplification du contrôle de la déforestation et de la concurrence avec les cultures. D’autre part, l’avenir de la filière brésilienne devrait passer par l’intensification des pratiques de production, mais les solutions sont difficiles et coûteuses (récupération des pâturages, feedlots…) et incitent plus à la conversion définitive des pâturages en cultures de vente. Dernier point à considérer, la progression de la demande intérieure en viande bovine.
Pour les années à venir, le Brésil restera prépondérant sur le marché mondial, mais avec des exportations sujettes à stagner (sans aléas climatiques), son hégémonie est menacée par l’émergence de l’Inde, nouveau géant low cost du bœuf.

Résultats d’une étude réalisée en 2011 et 2012, financée par le ministère de l’Agriculture
et par FranceAgriMer.

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