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« Se mettre autour de la table pour trouver un vrai équilibre »

Baisse de la consommation, embargo russe... La filière italienne souffre et entraîne le prix du broutard à la baisse. Il faut retrouver un équilibre de prix, plaide l’importateur italien Egidio Savi, président de Parma France.

Comment va la filière italienne d’engraissement ?

Egidio Savi - Comme tous les hivers, les prix du baby sont remontés. Mi-janvier, ils sont entre 4,10 et 4,20 pour la catégorie U. Mais, par rapport à l’an dernier, c’est un recul de 20 centimes. Cet écart est dû à la baisse de la consommation de viande bovine en Italie. Il y a cinq ou six ans, elle était de 27-28 kilos par habitant. Aujourd’hui, nous sommes à 22 kilos. Ce recul est dû surtout à la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Ils s’orientent vers des viandes moins chères.

L’Italie va un peu mieux. L’économie a de la peine à repartir, mais on commence à percevoir de petits signaux positifs. La consommation de viande bovine ne devrait pas baisser davantage. Après un mois de novembre catastrophique, la période des fêtes a été bonne en ce qui concerne les abattages de babys. Mais les éleveurs ne font pas de marge sur ces animaux, car ils correspondent à des broutards achetés à des prix élevés (2,90 à 3 euros). Ils perdent 70 à 80 euros par tête. Sans parler d’en gagner, ils espèrent ne plus en perdre d’ici quelques semaines, quand ils vendront les animaux finis résultants des broutards achetés à partir de fin août à des prix plus bas. L’équilibre du prix du baby est influencé aussi par les importations d’arrières en provenance de France, qui arrivent à des prix plus compétitifs (10 ou 20 centimes de moins au kilo) que la viande italienne.

Quel impact a eu l’embargo russe vis-à-vis des produits agro-alimentaires européens sur le marché de la viande en Italie ?

E. S. - L’embargo russe a eu des conséquences très négatives sur le cinquième quartier qui était en grande partie expédié en Russie. On a perdu de la valeur ajoutée. De plus, il arrive beaucoup de viande de Pologne, qui, avant l’embargo, partait en Russie. Elle est de moins bonne qualité que la nôtre, mais très bon marché - un euro de moins au kilo carcasse - et les supermarchés s’en contentent.

Malgré tout, la santé financière des engraisseurs est-elle bonne ?

E. S. - Aujourd’hui, il ne reste plus que les plus solides. Ceux qui ont le foncier pour produire le maïs, qu’ils valorisent avec l’élevage et le biogaz. Ils continueront à faire de l’engraissement car ils sont organisés pour cela. Ils ont au minimum 700 à 800 têtes. Depuis deux ans, ils font très peu de bénéfice, mais ils arrivent à survivre. Quand ils perdent sur le baby, ils valorisent un peu moins le maïs, mais ils arrivent à faire tourner la ferme avec le biogaz. Ils espèrent que la situation s’améliorera dans les prochains mois. Mais, il ne faut pas compter sur une remontée importante du prix du broutard tant que durera l’embargo russe, car il y a de la viande partout.

L’Institut de l’élevage a publié une étude indiquant qu’en 2020 l’Italie pourrait importer seulement 650 000 broutards par an. Qu’en pensez-vous ?

E. S. - C’est une prévision trop difficile à faire à cette échéance. Nous sommes arrivés à faire les volumes actuels de 800 000 têtes dans une période très difficile (2012 - 2013). En Italie, la restructuration de l’engraissement et des abattoirs a été faite. Je ne crois pas que cela baissera encore, à condition que l’on améliore l’équilibre des prix entre la France et l’Italie pour donner la possibilité à tout le monde de vivre. Ce sont les supermarchés qui doivent mieux valoriser la viande des animaux nés en France et engraissés en Italie, en mettant 10 ou 20 centimes de plus par kilo carcasse. Certains, comme Coop Italia commencent à y être sensible. Ils comprennent que si on tue la filière, on ne la reconstruira pas. Ils seraient disponibles pour en discuter. J’aimerais que dans les prochains mois, toute la filière, française et italienne, se mette autour de la table pour trouver un vrai équilibre. On est tous sur le même bateau.

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