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Bien-être, croissance et santé
Peut-on réduire le stress du sevrage ?

Le sevrage est une étape banale de l’élevage, mais il provoque toujours un stress très important pour le veau. Il est intéressant pour les animaux et pour l’éleveur d’essayer de faciliter ce passage.

Le lait ne représente plus un apport alimentaire important au moment ou intervient le sevrage.
Le lait ne représente plus un apport alimentaire important au moment ou intervient le sevrage.
© S. Bourgeois

Le sevrage représente un bouleversement du mode de vie des veaux. Même si quand il intervient le lait ne représente plus un apport alimentaire important, le sevrage entraîne un changement de régime. Il s’accompagne d’un réallottement avec parfois de nouveaux congénères, et est souvent associé à un changement de mode de logement.


Mais c’est surtout la rupture du lien mère-veau qui est importante dans le développement du stress. « Pour le veau, la séparation physique d’avec sa mère provoque toujours un stress très important », souligne Xavier Boivin de l’Inra de Clermont- Ferrand - Theix. « Nous avons observé que le rythme journalier d’activité des animaux est fortement perturbé durant une période de trois semaines à partir du sevrage. » Les veaux dépensent alors beaucoup d’énergie en beuglements, comportements de vigilance, agitation…

 

Des essais sur un sevrage progressif


Il se pose ainsi la question de l’effet de ce stress sur le bien-être des veaux, sur leur croissance et sur le fonctionnement de leur système immunitaire pendant cette période. L’efficacité de médicaments et vaccins administrés à ce moment fait d’ailleurs l’objet de recherches actuellement en France.


Pour essayer de réduire ce stress du sevrage, aux USA, des essais dans les années 90 ont porté sur un sevrage progressif. Une solide barrière de séparation a été posée entre le lot des mères et le lot des veaux durant quelques jours, leur permettant de se voir mais interdisant l’allaitement, avant de procéder à la séparation totale. La croissance des veaux était nettement améliorée avec cette méthode.


D’autres recherches sur un sevrage progressif ont été conduites au Canada, avec la pose d’un dispositif anti-têteur sur les naseaux des veaux — appelé caveçon — pendant quelques jours, avant là aussi d’opérer la séparation physique des veaux d’avec leur mère. Les résultats ont été aussi très intéressants. Ils ont été confirmés dans des conditions plus proches des nôtres dans un essai réalisé par le CRA-W de Gembloux en Belgique : les beuglements des veaux ont quasi-disparu, le temps passé à marcher a été très fortement réduit, et le temps passé à manger et à rester couché, nettement augmenté. L’activité des vaches était aussi nettement moindre.


Amorcer une bonne relation veau-éleveur

 

« En dehors de ces techniques particulières, pour faciliter cette étape pour les veaux comme d’ailleurs pour les mères, il faut faire en sorte qu’ils ne s’entendent plus et ne se voient plus. Sinon, ils mettent plus de temps à rompre le lien », rappelle Xavier Boivin. Rentrer les mères et les veaux en bâtiments est idéal si on craint des problèmes de voisinage à cause des beuglements ou si on veut éviter les risques de piétinements des parcelles le long de la clôture - le risque majeur étant que les mères ne se sauvent pour rejoindre leurs veaux.


« Nous faisons en sorte que les veaux soient couverts par la vaccination contre les risques repiratoires avant que n’intervienne le stress du sevrage », explique d’autre part Julien Renon, responsable de la ferme expérimentale de Jalogny en Saône-et-Loire. « Pour prévenir le risque d’explosion de la coccidiose à la faveur du stress du sevrage, un traitement d’un mois est réalisé sur certains lots. »


Le sevrage est aussi une période intéressante pour amorcer une bonne relation entre le veau et l’éleveur. « Il faut profiter du sevrage. Le veau est alors comme réveillé. Des études ont montré que les veaux apprennent plus vite, qu’ils mémorisent mieux et pour longtemps dans la période juste après la séparation d’avec les mères », explique Xavier Boivin.

 

Alain Olive : "je sèvre les veaux en douceur avec des caveçons"

Installé à Massat en Ariège, Alain Olive sèvre ses veaux en utilisant des caveçons depuis trois ans. « Le sevrage est un traumatisme que l’on peut facilement adoucir avec cette méthode. J’ai observé dans mon élevage exactement les mêmes résultats que dans les essais qui ont été réalisés au Canada et en Belgique. L’intérêt est évident pour moi. »


Le caveçon est un dispositif en plastique en forme de palette, réutilisable. Il empêche les veaux d’attraper les trayons de leur mère en leur permettant de pâturer, manger et boire normalement.


« Il faut disposer d’un couloir ou d’un endroit où il soit facile de bloquer les veaux. La pose du caveçon est très facile et indolore. » Ils restent avec leurs mères mais ne peuvent plus têter. « C’est très efficace, même dans le cas de certains petits malins qui essaient par différentes postures d’obtenir quand même du lait. » C’est au moment de la pose du caveçon que l’éleveur réalise si besoin, selon la période de l’année ou le lot, un vaccin ou un traitement anti-parasitaire.


Les veaux restent tout près de leur mère, tous deux ayant envie de poursuivre l’allaitement, mais ils sont calmes. « Le sevrage alimentaire est la première étape, la moins traumatisante pour les veaux. » L’éleveur a observé un taux de perte des caveçons d’environ 7 %, comme dans les essais. « Dans ce cas, soit je pose à nouveau un caveçon au veau, soit je tolère que celui-ci soit plus agité et risque de perturber un peu les autres animaux du lot. » Au bout de trois à cinq jours, les caveçons sont retirés et les veaux sont séparés physiquement des mères.


Pas plus de cinq jour de pose


Alain Olive n’entend que très peu de beuglements, et n’observe que très peu d’agitation, d’allers-et-retours… Les veaux restent davantage couchés et passent plus de temps à manger que dans le cas d’un sevrage classique. Le GMQ des veaux ne peut qu’être meilleur.


« La seule règle à respecter est de ne pas dépasser cinq jours de pose. Car au-delà, certains veaux qui n’arrivent pas à bien se moucher naturellement avec le caveçon risqueraient d’avoir des irritations sur le nez, voire peut-être des problèmes respiratoires. Et le seul inconvénient est qu’il faut manipuler les veaux une fois de plus que pour un sevrage classique. Les caveçons ne coûtent presque rien."  Il n’y a pas de de distributeur de caveçons de sevrage pour l’instant en France. Alain Olive s’en est procuré facilement en Belgique.

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