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Uruguay
Julio Gotero engraisse des laitiers et des allaitants

Julio Gotero engraisse des bouvillons laitiers, parallèlement à son cheptel allaitant. Tour d’horizon dans une exploitation d’élevage en Uruguay.

"Si on est en mesure de faire le travail soi-même, alors on peut commander les salariés à qui on demande de le faire », explique Julio Gotero, 55 ans, marié et père de trois filles dont les deux aînées travaillent à ses côtés. Hyper actif et fin psychologue, il dirige une grosse ferme de polyculture-élevage avec quinze salariés, dans le département de Colonia, juste en face de Buenos Aires dont on aperçoit, par beau temps, les gratte-ciels hérissés de l’autre côté du fleuve La Plata. « J’aime créer de l’emploi et considère mes employés comme des compagnons, dit-il. Mon père m’a enseigné la valeur des choses, mais c’est mon beau-père qui m’a initié aux affaires. »

Sur les 1 500 hectares de l’exploitation, 490 sont consacrés à l’engraissement de bovins. « Nous engraissons surtout des Holstein du fait de l’importance de l’élevage laitier dans le département de  Colonia, dont le fromage typique est réputé. Nous conservons cependant un cheptel allaitant de 120 mères. Des croisées avec une base de Hereford, d’Angus et de Limousines, croisées avec des taureaux angus rouge. Elle nous procurent une partie des veaux de l’atelier d’engraissement.

L’atelier d’engraissement est un système intensif, tandis que le cheptel allaitant est conduit en système herbager extensif bien que l’ali- mentation soit enrichie avec des balles de luzerne. Les veaux sont sevrés à huit mois », explique-t-il. Dans les deux cas, les animaux holstein et ceux de race à viande sont vendus à l’âge de deux ans, une fois finis à un poids vif moyen de 500 kg. « Le cheptel allaitant est moins rentable que l’atelier de veaux holstein. Car à l’achat ces derniers valent moins qu’un veau angus: 90 centimes d’euros contre 1,20 euro, indique Julio Gotero.

« C’est en 2010 que nous avons décidé d’investir dans un atelier de veaux issus de vaches laitières, poursuit sa fille Mariángeles, chargée des tâches administratives. Nous assurons notre approvisionnement auprès de douze élevages laitiers que nous visitons tous les mois. En 2012, nous avons reçu 550 veaux. On les achète à six jours. Ils restent trente jours en bâtiment puis sont engraissés jusqu’à deux ans sur des prairies de luzerne, trèfle blanc et lotus. Ici, les pluies sont irrégulières, à 1 200 mm/an », précise-t-elle. Grâce à l’apport de balles de luzerne et ponctuellement de maïs ensilé, le chargement est élevé sur les parcelles utilisées pour l’engraissement. La traçabilité, un casse-tête pour l’éleveur... Un vétérinaire extérieur se charge de la traçabilité. Celle-ci est pourtant vue comme un casse-tête par l’éleveur. « Le système est bureaucratique et nous ne recevons pas toujours le conseil des autorités en temps voulu, dit-il. Les boucles doivent être mises dans les trois mois qui suivent le vêlage et nous avons trente jours pour inscrire l’animal au registre. Ceci est obligatoire depuis trois ans. Si l’animal n’est pas recensé, il est invendable. L’acheteur ne se prive pas alors pour casser les prix », déplore-t-il.

Près de l’exploitation, un grand atelier d’engraissement intensif a été mis en place. Ce feedlot en enclos conduit à la nord-américaine montre une autre facette de l’élevage uruguayen. L’atelier de l’entreprise Dalefir se compose d’un total de 6 000 places. Son propriétaire est un Espagnol arrivé en Uruguay dans les années 1960. Il voue désormais presque exclusivement son activité à la livraison d’animaux certifiés pour le contingent 480 (autrefois appelé 620). Ce contingent d’exportation de bœuf de qualité vers l’Union européenne a représenté pour l’Uruguay 4 000 tonnes en 2012, modeste par rapport aux 30 000 tonnes du contingent Hilton, mais contrairement à ce dernier, le contingent 480 présente la particularité d’inclure aussi les parties avant de l’animal et de ne pas avoir de limite de volume prédéterminée. Cette souplesse dans la gestion des volumes reste toutefois aux mains des importateurs européens.

Des animaux de 24 mois qui pèsent environ 380 kg

Pour fournir ce contingent, les animaux doivent pouvoir être tracés et nourris en enclos pendant les 100 derniers jours de vie avec des rations fortement énergétiques. « L’idéal est que les animaux arrivent à 24 mois en pesant environ 380 kg pour les abattre autour de 450 kg quelques mois plus tard », informe Ramiro Silvera, le jeune vétérinaire en charge du respect de ces normes. Un prix du maïs très élevé qui limite les investissements Julio Gotero, lui, veut augmenter son cheptel allaitant, mais exclut tout investissement dans un feedlot. « Le prix du maïs en Uruguay est trop élevé pour que ce soit rentable si l’atelier demeure de dimension modeste », assure-t-il. Ce genre d’atelier ne trouve sa justification qu’à condition d’atteindre une dimension très importante à l’image des feedlots qui travaillent dans le cadre de partenariats rapprochés avec certaines entreprises d’abattage.

« Cependant, je compte intensifier l’engraissement des bouvillons en enrichissant leur alimentation au pâturage en la complétant avec des rations concentrées pour améliorer les performances des animaux. Pour améliorer l’efficacité économique et la productivité numérique du cheptel allaitant, nous devrions programmer la monte naturelle de novembre à février pour regrouper les vêlages au printemps austral. Cela faciliterait les contrôles des vêlages, pour l’instant répartis sur toute l’année. Depuis peu, je fais partie d’un groupe d’agriculteurs de pointe, qui fonctionne comme les Ceta français. Cela m’aide à mieux réfléchir à ma façon de travailler. »

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