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Entreprises européennes et mondiales d'abattage
Concentrations et stratégies multi-espèces

Depuis quelques années, les grands groupes industriels qui travaillent à l’échelle mondiale s’agrandissent et étendent leurs rayon d’action en direction de l’Amérique du Nord, de l’Australie et aussi de l’Europe.

Que ce soit aux USA, en Amérique du Sud ou en Europe, les grands industriels du secteur viande bovine sont finalement confrontés à des problématiques semblables. « Le président américain de Tyson, numéro deux mondial en viande bovine, a dressé récemment, à l’occasion d’une assemblée générale, un tableau qu’auraient pu signer tous ses homologues », fait remarquer Bernard Baudienville, chef de service produits et filières alimentaires à Ubifrance. Il y listait la surcapacité des abattoirs, les arbitrages pour l’exploitation des surfaces cultivables entre filières agrocarburants et élevage, les coûts alimentaires qui augmentent, la taille des découpes de viande bovine qui ne correspondent pas aux besoins des marchés, le développement des produits élaborés qui ne va pas aussi vite que souhaité… Et face à cette situation, à cause de la faible rentabilité qui caractérise le secteur, les concentrations d’entreprises apparaissent comme un moyen de protéger leur activité et de financer leurs adaptations. D’autre part, les stratégies consistent pour une grande partie de ces entreprises à s’appuyer sur les différentes filières de production de viande : boeuf, porc, et volaille. C’est le moyen de renforcer les entreprises avec une gamme la plus large possible pour faire face à la grande distribution, de se préparer aussi aux risques de crises sanitaires et économiques qui affectent régulièrement les différentes filières. « Le porc et surtout la volaille sont les viandes les plus dynamiques à l’échelle mondiale, alors que le boeuf se développe surtout dans les pays émergents », explique Bernard Baudienville. La diversification entre espèces est à l’ordre du jour : JBS, le numéro un mondial sur le secteur bovin était spécialisé sur ce secteur, et s’est d’ailleurs très nettement renforcé sur la filière porc aux USA, et tout récemment sur le secteur volaille avec le rachat partiel de Pilgrim’s Pride. L’américain Smithfield, pour sa part, a cédé ses activités bovines et s’est orienté sur la volaille en complément du porc. Quant à Tyson, il était déjà traditionnellement présent sur les trois espèces.Depuis les années 2006-2007, ces « global players » se développent aussi en Europe. L’américain Smithfield, leader mondial dans le secteur porc, est présent en France avec le rachat de Jean Caby, du chef de file Aoste, ainsi qu’en Espagne avec l’entreprise de charcuterie Campofrio, et il possède en Pologne un outil d’abattage pour bovins de taille modeste. Et en viande bovine, le géant brésilien JBS a conclu en 2007 une alliance avec le groupe italien Cremonini. Il détient 50 % d’Inalca, la filiale bovine du groupe, qui est bien présente sur le marché français. En particulier, il s’agit de steack haché congelé pour la restauration collective, fabriqué dans une usine très performante située dans la plaine du Pô, à partir de viande de vaches laitières de la zone Parmesan. Luigi Cremonini approchant de la retraite, il est possible que ce partenariat aboutisse à moyen terme à une exploitation totale d’Inalca par le brésilien JBS. L’autre principale entrée en France de la part de grands groupes industriels est constitué par le marché traditionnel des arrières de vaches de réforme allemandes commercialisées par Vion.

Encore des rachats et fusions à prévoir

« Nous avons identifié quatre bassins de consommation en Europe pour la viande bovine », explique Bernard Baudienville. « La France et l’Italie du Nord, représentant un marché de 2,3 millions de tonnes, est le plus grand et toujours le plus intéressant pour les industriels. » Le bassin regroupant l’Espagne, l’Italie du Sud, la Grèce et le Portugal, avec 1,8 million de tonnes, n’est pas un bassin en croissance à cause en particulier de l’effet de la baisse de revenu dû à la crise économique. Le bassin constitué par l’Allemagne, les Pays- Bas et la Belgique est plus petit (1,5 million de tonnes) et moins intéressant car le boeuf est moins consommé que le porc et la volaille. Enfin en Grande- Bretagne et en Irlande, la demande est forte et qualitative pour la viande bovine, mais le marché est d’assez petite taille avec 1,2 million de tonnes. « Il n’y a pas pour autant de stratégie visible de conquête de ce marché pour ce bassin de consommation France-Italie du Nord », selon Bernard Baudienville. « Mis à part sur la zone frontalière avec l’Allemagne, Vion n’est pas un concurrent direct de Bigard », estime aussi Denis Camaret d’Unigrains. Par contre, les rachats et fusions en série de la part des très grandes entreprises ne sont probablement pas terminées. « Il y aura encore des concentrations entre industriels brésiliens, car leurs marges, même si elles sont très supérieures à celles des Européens, ont baissé par rapport à il y a trois ou quatre ans. De 12 % environ, elles sont désormais plutôt autour de 8 % depuis les années 2007-2008. Ceci en raison de l’augmentation des coûts alimentaires qui n’ont pu être répercutés sur les autres maillons de la filière, et de la baisse des volumes travaillés », estime Isabelle Bineau, responsable filières viandes à Ubifrance. En France, on voit mal un tel danger menacer dans l’immédiat. Par contre, cela n’exclut pas des évolutions importantes à long terme. « Si en France on considère qu’il est raisonnable de ramasser dans un rayon de 200 kilomètres autour d’un abattoir bovin, aux USA certaines entreprises couvrent le pays avec six sites, c’est-à-dire que la zone de ramassage peut représenter des distances de 800 kilomètres autour d’un abattoir. Le groupe Vion a, en Allemagne, au cours des cinq dernières années, opéré une spécialisation des sites qui a conduit, en même temps, à réduire largement leur nombre », prévient Bernard Baudienville.

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