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En Afrique
La stratégie de Siat Gabon pour produire de la viande

En plus de ses plantations de palmiers à huile (7 300 ha) et d’hévéas (10 000 ha), la Société d’investissement pour l’agriculture tropicale (Siat Gabon) développe l’élevage bovin.

En Afrique, la production d’huile de palme ou d’hévéas a prouvé sa rentabilité. En plus de ces productions, la Société d’investissement pour l’agriculture tropicale (Siat Gabon) a choisi de développer la production de viande bovine. Connaissant les habitudes de consommation des Africains (viande de volaille et de brousse comme le singe ou les antilopes), cette stratégie de développement peut surprendre. En tout cas, elle renvoie à l’inéluctable hausse de la consommation de viande sur le continent africain dans les années à venir.

Le ranch Nyanga se trouve « dans la plus grande zone savanicole du pays », explique Ernest Agossou, vétérinaire et directeur du ranch « s’étendant sur près de 100 000 hectares » qui appartient à cette société d’investissement. A l’origine ce ranch avait été créé par l’État en 1981, dans le but de « réduire l’importation des produits carnés de 10 % et asseoir la tradition d’élevage au Gabon », continue Ernest Agossou. Mais en 2004, au terme d’un processus de privatisation, le ranch Nyanga devient une partie de la société Siat Gabon (voir encadré). La reprise de deux exploitations de palmiers à huile et d’hévéas accompagne la création de cette société. Les terres sont louées à l’État par baux emphytéotiques (99 ans).

Le cheptel de départ était constitué de 1 400 têtes de race N’Dama, récupérées de l’ancienne exploitation et rachetées à d’autres entreprises ainsi qu’à des vendeurs camerounais. « Au 31 décembre 2011, notre cheptel se compose de 6 066 têtes très précisément, toutes catégories confondues, affirme Ernest Agossou. Les deux races utilisées sont les taurins N’Dama (1 100 vaches et 151 taureaux) et les zébus Goudali (744 vaches, pas de taureaux) ».

PÂTURE APRÈS BRÛLIS

L’élevage est géré en extensif du fait des « pâtures relativement pauvres et d’un relief très accidenté ». Ernest Agossou parle d’une « gestion des pâtures particulière », avec une « mise à feu contrôlée ». Une pâture occupe en moyenne 1 000 hectares et est subdivisée en 5 parcelles, qui brûleront les unes après les autres. « La repousse après les brûlis constitue l’alimentation principale des bovins », précise-t-il. Cependant une complémentation à base de son de blé et de tourteau de palmiste, co-produit issu de l’huile de palme, est effectuée durant la grande saison sèche (mai à septembre) afin d’éviter une perte de poids. Les mères n’ont pas de complémentation durant la lactation. Des blocs de minéraux sont cependant mis à disposition en permanence. Aucun stock de fourrage grossier n’est réalisé, ni acheté. A l’avenir, « nous avons le projet d’introduire de la culture fourragère (Brachiaria rhuziziensis) », avance Ernest Agossou.

FORTE PRESSION PARASITAIRE

Le taux de mortalité reste faible malgré la présence d’animaux sauvages, les difficultés du climat et les parasites (taux de mortalité des taureaux: 1 %, vaches: 2 %). Le taux de mortalité des veaux est « acceptable » (10 %), selon Ernest Agosssou, et trouve son origine dans « les prédations, les calamités et les abandons par les mères primipares ». Avec le climat équatorial, la prophylaxie est primordiale. Au-delà du programme annuel établi par Ernest Agossou en début d’année, les animaux plongent chaque semaine dans un bain d’acaricide (fluméthrine).

« Le passage dans ce bain nécessite un apprentissage pour le bétail adulte importé. Les animaux nés sur le ranch, eux, y plongent facilement. Il n’y a pas de temps de séchage, mais plutôt un temps d’égouttage pour récupérer le peu de solution qui ruisselle encore sur le corps à la sortie », remarquet- il. Un endectocide est administré aux veaux dès leur naissance afin d’éviter une infection liée au développement d’insectes sur la plaie du cordon ombilical grâce à l’effet retard de l’Ivermectine. Ils sont à nouveau traités au sevrage et deux fois par an à l’âge adulte (Albendazole). Pour Ernest Agossou, « pendant la saison sèche, l’herbe et l’eau se raréfient et les animaux divaguent, mais le développement des parasites est moindre. Pendant la saison de pluie, l’herbe est abondante et les animaux ont un très bon état général si le programme de prophylaxie sanitaire est bien respecté. Par contre, le développement des parasites est plus important ». La maladie la plus fréquente reste la trypanosomiase provoquant fièvre, anémie, prostration et mort de l’animal. Transmise par les mouches tsé-tsé ou glossines, elle est liée à la présence de parasites dans le sang, les trypanosomes.

IA SUR LES ZÉBUS

Côté reproduction, seules les femelles zébus Goudali sont inséminées. Le ranch a opté pour de la semence Senepol, une race bovine sélectionnée dans les Caraïbes pour sa résistance au climat chaud et humide. Issue de bovins N’Dama, cette race fut fixée dans les années 40. La semence est importée du Brésil. « Les femelles Ndama se reproduisent par monte naturelle car nos essais d’insémination n’ont pas encore abouti », constate Ernest Agossou. Sur tout le troupeau, le taux de gestation avoisine 65 %, avec un taux de natalité de 62 %. « Pour l’heure, nous ne faisons pas de détection de chaleurs, mais nous envisageons de le faire plus tard chez les vaches de race Ndama. Nous synchronisons les chaleurs seulement chez les zébus avec un équivalent des éponges vaginales (CIDR®) ». D’après le site internet de Siat Gabon, « le troupeau connaît une croissance de 30 % par an. Des importations de bétail du Cameroun et du Congo s’effectuent aussi afin d’introduire du nouveau sang dans le troupeau et accroître le nombre de bêtes plus rapidement ».

150 KILOS DE CARCASSE

Les vaches de réforme sont abattues en moyenne à 10-12 ans, pour un poids carcasse de 150 kilos. Certains mâles et quelques boeufs partent également à l’abattoir, situé sur le ranch. Un conteneur et un camion frigorifique permettent le transport de la viande vers les marchés de la capitale (Libreville), située à 700 kilomètres. Le coût du transport aller-retour se monte à 1,52 €/km (1000 F CFA/km). Le prix de la viande est de 2 800 F CFA/kg (4,27 €/kg) à l’abattoir et de 3 500 F CFA/kg (5,34 €/kg) à la vente. Pour l’heure, le ranch n’est pas rentable. Aucune subvention n’est attribuée par l’État. « Nous sommes encore en phase d’investissement », analyse Ernest Agossou qui ne doute pas de sa rentabilité à terme.

Les projets foisonnent : importation de bétail et de matériel d’exploitation et développement en cours d’un élevage ovin (120 brebis de race locale). L’ambition est également de mieux valoriser la viande en investissant dans un nouvel abattoir et une boucherie plus moderne tout en développant le maraîchage qui permettra une meilleure valorisation du fumier. « A l’horizon 2017, l’objectif est d’avoir 20000 têtes de bétail », avance Ernest Agossou. D’ici dix ans, selon les projets du groupe, c’est aussi 10 000 hectares de palmiers à huile en plus et 25 000 hectares d’hévéas…

Siat SA, une holding internationale

Siat Gabon (Société d’investissement pour l’agriculture tropicale) est détenue par la holding Siat SA dont le siège est en Belgique. Siat Gabon détient également des plantations de palmiers à huile et d’hévéas avec transformation de la production au Nigéria (11500 ha), Ghana (21700 ha) et en Côte d’Ivoire (18800 ha). Le capital de Siat Gabon atteint 12 milliards de francs CFA.

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