Réussir bovins viande 19 juin 2015 à 08h00 | Par Sophie Bourgeois

Un simulateur pour évaluer l’intérêt économique de l’IA sexée

Le projet Ecosexia(1) mené en région Pays de la Loire a permis de lister les différentes stratégies possibles d’utilisation de l’IA sexée en élevage allaitant et de mettre au point un outil d’aide à la décision économique.

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Début 2015, 36 taureaux d'IA appartenant aux entreprises de sélection françaises sont disponibles en semence sexée, en considérant les races Charolaise, Limousine, Blonde, Salers, Parthenaise, Rouge des Prés.
Début 2015, 36 taureaux d'IA appartenant aux entreprises de sélection françaises sont disponibles en semence sexée, en considérant les races Charolaise, Limousine, Blonde, Salers, Parthenaise, Rouge des Prés. - © J. Chabanne

L’IA sexée se développe sensiblement depuis deux ans et l’offre augmente. Pour tirer le meilleur de cette technique, plusieurs stratégies sont possibles en fonction du système d’élevage. « Si cette technique offre une possibilité d’orienter sa stratégie de sélection au sein de son troupeau, elle peut également être utilisée afin d’optimiser le fonctionnement économique de l’élevage », explique Olivier Leudet de l’Institut de l’élevage dans l’étude Ecosexia(1). Un outil d’aide à la décision est désormais disponible auprès des conseillers viande bovine en région Pays de la Loire et de ceux des entreprises de sélection ayant participé à Ecosexia. Il permet aux éleveurs de réfléchir à l’utilisation de la semence sexée en fonction de leur situation personnelle, et d’en mesurer l’impact financier sur la marge de l'atelier. Cet outil d’aide à la décision permet aussi de visualiser les changements que cette technique induit sur le fonctionnement du troupeau, le nombre d'animaux par catégorie. Les besoins en bâtiments et en ressources alimentaires évoluent en conséquence et doivent être bien appréhendés. L’outil permet de remettre les objectifs de l’exploitation à jour et de donner des pistes d’améliorations ou de réflexions. Rappelons qu’il est conseillé d’utiliser de la semence sexée dans des exploitations avec une bonne gestion de la reproduction sur des femelles bien cyclées.

Dans l’optique d’une utilisation importante voire généralisée de l’IA sexée

« C’est dans l’optique d’une utilisation de l’IA sexée importante, voire généralisée sur l’ensemble des reproductrices que nous nous plaçons ici, afin de mieux orienter les produits terminaux vers les marchés les plus rémunérateurs. C’est ainsi que la technique trouve son intérêt économique et qu’elle peut intéresser le plus grand nombre d’éleveurs », précise Olivier Leudet. « D’après nos simulations sur cas-types, le surcoût de la semence sexée par rapport à la semence conventionnelle est au moins amorti par la hausse de productivité du troupeau. Et en système tout IA avec utilisation de semences sexées en premier acte, on peut imprimer un écart économique positif grâce à cette technique (autour de +0,4 Smic)», commente Marie Delannoy de la chambre régionale d’agriculture des Pays de la Loire.

Actuellement, la semence sexée est utilisée plutôt de façon ponctuelle en élevage allaitant pour tester la méthode ou pour créer des reproducteurs ou des reproductrices. D’après une enquête réalisée dans le cadre d’Ecosexia en 2013, auprès de 100 utilisateurs de l’IA sexée en région Pays de la Loire (sur cinq races, mais dont 75 % d'éleveurs de Charolais), l’objectif le plus recherché par les éleveurs est de sécuriser les vêlages. Ceci par une insémination avec de la semence mâle d’un taureau à bonne indexation IFNAIS ou bien avec de la semence femelle – les veaux femelles, étant plus légers, naissent plus facilement. Le second objectif est l’accélération du gain génétique, par l’obtention d’un veau du sexe désiré issu des meilleures reproductrices ou bien pour obtenir plus rapidement des génisses de renouvellement (et ainsi diminuer l’intervalle de génération). Seulement 9 % des éleveurs enquêtés utilisent cette technique pour assurer le sexe ratio du troupeau, c’est-à-dire obtenir davantage de mâles qui seront mieux valorisés et juste ce dont ils ont besoin de femelles de renouvellement.

- 8 % de réussite par rapport à l’IA conventionnelle

Les éleveurs enquêtés se sont déclarés satisfaits de la technique, du sexe obtenu, et un peu moins du taux de réussite. « L’écart de taux de réussite entre IA classique et IA sexée est estimé très important par les éleveurs : à 25 % en moyenne », rapporte Olivier Leudet. « Cet écart estimé par les éleveurs est nettement plus important que l’écart mesuré. En effet, dans Ecosexia, le taux de naissance par acte d’IA a été comparé entre IA en semence sexée et IA conventionnelle, au niveau national, à partir des données du SIG et dans le cadre de la Certification de parenté bovine (soit 14 306 IA sexées et 77 000 IA conventionnelles réalisées dans les mêmes élevages, avec les mêmes taureaux et dans les mêmes périodes). En moyenne pondérée sur quatre races (Salers, Limousin, Charolais, Blonde), l’utilisation de semences sexées induit une baisse de 8 % du taux de naissance par acte d’IA. » Cette forte différence entre appréciation et chiffres traduit probablement l'exigence que les éleveurs ont vis-à-vis de cette nouvelle technique, et le fait qu'ils établissent leur analyse autant sur la réussite à l’acte d’insémination que sur le taux de naissance. Les éleveurs font aussi peut-être référence, dans leur appréciation, aux résultats obtenus sur races laitières (taux de non–retour 18-90 jours de 11 % en 2012 et 15 % en 2013, selon une autre étude de l’Institut de l’élevage). Sur la base de ces mêmes IA sexées du SIG, 85 % des veaux nés correspondent au sexe de la semence enregistrée. « Avec les aléas liés à de possibles retours en monte naturelle, 86 % des veaux nés de semence mâle sont des mâles et 84 % des veaux nés de semence femelle sont des femelles. »

- © Idele

Olivier Leudet de l'Institut de l'élevage et Marie Delannoy de la Chambre régionale d’agriculture des Pays de la Loire :

" Un outil d’aide à la décision est désormais disponible auprès des conseillers viande bovine en région Pays de la Loire et de ceux des entreprises de sélection ayant participé à Ecosexia."

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