Réussir bovins viande 20 avril 2016 à 08h00 | Par Virginie Quartier

Produire plus de kilos à l’herbe grâce au pâturage tournant

À la ferme Gen’Avenir, en Moselle, le pâturage tournant a été mis en place en 2015. Les premiers résultats techniques sont positifs. Ils démontrent son intérêt technique et économique en élevage allaitant.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Pour Pascal Moretti, administrateur, Luc Voidey, directeur technique et Christophe Caron, responsable du troupeau, le pâturage tournant est un levier économique important en élevage allaitant.
Pour Pascal Moretti, administrateur, Luc Voidey, directeur technique et Christophe Caron, responsable du troupeau, le pâturage tournant est un levier économique important en élevage allaitant. - © V. Quartier

La ferme Élitest de Plesnois, en Moselle, a bien évolué depuis sa fonction d’origine de taurellerie. Centre d’insémination adossé à une exploitation de polyculture, elle a doublé sa surface en 2002 avec la reprise d’une ferme voisine. La structure a alors également repris un troupeau charolais de 35 mères. En 2003, elle prend un virage sur le plan génétique avec l’inscription au contrôle de performance, au herd book charolais, et la pose d’embryons cornus et sans cornes. En 2014, elle change de nom et devient Gen’Avenir. Elle s’est réorganisée avec une conduite du cheptel axée sur la sélection d’animaux génétiquement sans cornes tout en cherchant à optimiser la ressource en herbe et la gestion du pâturage. Aujourd’hui, Gen’Avenir s’étend sur 214 ha et élève 65 mères dont la reproduction est conduite en 100 % IA avec des taureaux sans cornes.

Ces évolutions structurelles ont obligé les responsables de l’exploitation à retravailler l’assolement pour répondre aux besoins des animaux et améliorer l’autonomie alimentaire. Une contrainte importante influence également cette orientation : la perte progressive de terres. Située en zone périurbaine de Metz, l’exploitation voit ses surfaces grignotées progressivement. Elle a perdu 30 ha depuis 2000, 14 autres sont actuellement gelés.

« Nous avons lancé une réflexion pour produire le maximum de kilos de viande à partir de l’herbe pâturée. Nous avions des surfaces en herbe, mais pas suffisamment pour alimenter un troupeau de la taille visée. Et les parcelles en herbe existantes étaient fauchées et non pâturables » explique Luc Voidey, directeur technique de la ferme Gen’Avenir. Arvalis, qui mène un troupeau allaitant en pâturage tournant sur la station expérimentale voisine de Saint-Hilaire-en-Woëvre a apporté son expertise et appui technique au projet.

- © Infographie Réussir

Plus 300 g de GMQ au 30 juin pour les broutards

Le principe du pâturage tournant est de fournir de l’herbe en quantité et en qualité, d’éviter le gaspillage et de pâturer au bon stade. L’objectif est de réduire le coût alimentaire, d’améliorer les performances animales, de conforter les stocks, de maximiser la durée du pâturage. « Sans le pâturage tournant, nous aurions besoin de plus de surface pour les mêmes performances et nous devrions complémenter l’été. »

Aujourd’hui, sur les 214 ha de l’exploitation, 78 sont en STH pâturable. 44 ha d’herbe ont été semés entre 2013 et 2015 pour répondre aux nouveaux besoins. « Il faut prendre le temps de se poser pour mettre à plat les besoins et les contraintes. Ensuite vient l’étape des calculs. C’est assez simple. Il faut constituer les lots d’animaux à faire pâturer. Dans notre cas, il y a cinq lots, à savoir les vaches suitées de mâles, les vaches suitées de femelles, les génisses un an, les génisses deux ans, et les vaches avec veaux mâles et femelles derniers nés. Puis en fonction du chargement optimal défini par Arvalis, on a découpé les parcelles pour chaque lot sur ses pairies dédiées. » Le principe est d’avoir quatre parcelles pâturées à la mise à l’herbe et sept en été (voir exemple ci-contre de la rotation des couples mères avec veaux mâles). Dès la première année et malgré la sécheresse, les résultats montrent un gain de 300 grammes sur le GMQ au 30 juin pour les broutards.

Si les animaux restent trop longtemps, on pénalise la reprise végétative

Si la taille des parcelles est trop grande, il y a un risque de gaspillage. Au contraire, si la parcelle est trop petite, le risque de piétinement et de surpâturage est accru. Il faut adapter le chargement en fonction de la date de mise à l’herbe et de la hauteur d’herbe. « Il faut penser différemment, explique Christophe Caron, responsable du troupeau Gen’Avenir. Au départ, c’est difficile de faire sortir les animaux alors qu’il reste cinq-six centimètres d’herbe. Mais il faut avoir en tête qu’ils vont revenir rapidement sur la parcelle. Si les animaux restent trop longtemps, on pénalise la reprise végétative. » La première rotation s’effectue sur 20 à 25 jours, avec un chargement de 30 à 35 ares/UGB. La deuxième rotation sur 25 à 30 jours, et la troisième en été sur 35-40 jours avec un chargement de 70 ares par UGB. « Bien sûr, il faut sans cesse se remettre en question et s’adapter aux conditions climatiques. Le plus gros travail est à la mise à l’herbe au printemps. À cette période, la vitesse de pousse varie vite, il faut surveiller et ajuster plus souvent. »

Entre le matériel de clôture (piquets, fil et poste électrique) et d’abreuvement (conduites d’eau, abreuvoirs), le coût des aménagements s’élève à 18 euros/ha/an pour 23 ha (investissement sur dix ans). Des accès larges aux parcelles ont été aménagés pour permettre une bonne circulation des animaux et des outils. Un homme seul peut faire les changements de parcelle. « Cela va très vite. Il ne faut pas plus de temps pour gérer le pâturage qu’avant. C’était notre crainte au départ, de devoir déplacer les animaux tous les quatre ou cinq jours. Mais ils s’habituent très vite et vont d’eux-mêmes sur les parcelles en herbe. Cela se fait en deux minutes, dans le calme et sans stress pour les animaux et pour nous », rapporte Christophe Caron. Le choix a été fait de faire un point d’eau pour deux parcelles. « Ces zones sont un peu plus piétinées, nous avons le projet de les stabiliser. » Par ailleurs au centre du plus grand îlot, un espace bétonné est prévu pour mettre un nourrisseur et un outil de contention des animaux. Pour éviter les dégâts de sanglier, un fil électrique a été positionné en bas de la clôture barbelée.

La grande parcelle de 23 ha a été découpée en six parcelles qui entrent progressivement dans la rotation. Au centre du plus grand îlot, un espace bétonné est prévu pour mettre un nourrisseur.
La grande parcelle de 23 ha a été découpée en six parcelles qui entrent progressivement dans la rotation. Au centre du plus grand îlot, un espace bétonné est prévu pour mettre un nourrisseur. - © V. Quartier

Pas de traitement antiparasitaire en 2015


La mise en place du paturage tournant a de nombreux avantages, qui ont permis de fixer et d’atteindre des la premiere annee des objectifs de performances techniques precis. L’objectif principal est d’ameliorer l’EBE. Cela passe par la production du maximum de kilos de viande a partir d’herbe paturee.
Un objectif de GMQ printemps-ete de 1500 g pour les males et 1300 g pour les femelles a ete fixe. Autre objectif, baisser la pression parasitaire en coupant le cycle des parasites grace a la rotation des lots d’animaux sur les parcelles. L’exploitation est passee du traitement systematique au controle avant traitement et aucun traitement n’a ete administre en 2015. Autre point, limiter l’apport de concen- tres et de fourrages, avec la reduction de 50 % de l’apport de concentres aux veaux males. La fertilisation des prairies a aussi ete revue et les apports d’azote mineral reduits de 30 %. L’amelioration du GMQ au paturage a permis de reduire legere- ment les objectifs de croissance hivernale de 200 g/jour pour les genisses de 1 et 2 ans. « Nous sortons aussi les animaux plus tot, explique Christophe Caron. Nous voulons que nos animaux paturent plus de sept mois par an, ce qui est beaucoup pour la region. » Des ajustements ap- portes pour la saison de paturage 2016 et une meilleure connaissance pratique du systeme devraient encore ameliorer les performances du troupeau.
« Nous avons aussi un atout pour cette premiere saison, c’est d’avoir seme de nouvelles prairies, avec des melanges multi-especes type Suisse, de graminees et de legumineuses. Et nous avons ainsi pu choisir les especes semees en fonction
des caracteristiques des parcelles (sechante ou non). Ces prairies se sont tres bien comportees cet ete malgre la secheresse », explique Luc Voidey.
Le paturage tournant permet de liberer des surfaces pour les cultures ou la fauche et de produire des fourrages de meilleure qualite en recoltant l’herbe a un stade optimum. De ce fait les rations hivernales font la part belle a l’herbe, principalement sous forme enrubannee. La ration est completee par du concentre en fonction de la qualite du fourrage distribue. « Cette annee, nous avons beneficie de la qualite superieure de l’herbe recoltee et diminue le concentre achete dans la ration au profit de l’orge aplati uniquement. »
Les vaches reçoivent (en kg de MS) 13 kg d’enrubanne, 2,5 kg de regain, 2 kg de paille, 750 g d’orge aplati et 100 g de mineral. Les genisses de 15 mois consomment 5,5 kg d’enrubanne, 2 kg de regain, 700 g d’orge aplati et 90 g de mineral. La ration des genisses de 27 mois est composee de foin a volonte, 600 g d’orge aplati, 500 g de correcteur azote et 100 g de mineral. Les taurillons reçoivent 7,5 kg d’orge aplati, 3,5 kg de correcteur azote et 1 kg de paille.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Bovins Viande se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L’actualité en direct
www.la-viande.fr

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui