Réussir bovins viande 13 mai 2015 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Prendre les marchés quand ils sont là

Les nouveaux marchés font parler les acteurs des marchés ! Ils étaient au coeur des débats lors du dernier congrès de la FMBV.

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Les ventes de maigre vers la Turquie se développent mais la question de la pérennité de ce marché se pose.
Les ventes de maigre vers la Turquie se développent mais la question de la pérennité de ce marché se pose. - © B. Griffoul

Quand un nouveau débouché fait soudain grimper le prix d'une catégorie donnée, il anime les discussions. Les ventes de maigre vers la Turquie ont inévitablement été abordées lors du dernier congrès de la Fédération des marchés de bétail vifs (FMBV). En début d'année, elles concernaient essentiellement des queues de lots. Au fil des semaines, elles se sont élargies à des broutards plus présentables et homogènes avec des éleveurs qui se laissent tenter par une anticipation de leur date habituelle de vente pour rester dans les critères de poids demandés.

« Si le débouché perdure, il peut conduire à un bouleversement du marché du maigre. Les évolutions en terme statistiques pourraient être sensibles d'ici un an », expliquait Christian Berthet, négociant dans le Rhône et opérateur important vers cette destination. Et de rappeler aussitôt que rien n'est pour autant garanti sur sa pérennité. Certes les engraisseurs turcs ont des besoins, mais leur pays est bordé par des nations turbulentes si on analyse le volet géopolitique. Côté diplomatie, la question du génocide arménien gagne à être abordée par le seul Vatican ! Quand aux aspects sanitaires, ils constituent eux aussi une menace potentielle.

« Le débouché turc, il ne faut pas le rater. Si nous n'y allons pas, d'autres le feront à notre place. L'intérêt est qu'une fois les animaux finis, ils seront consommés sur place et ne viendront pas engorger le marché italien de la viande » , ajoutait Michel Fénéon, directeur d'EuroFrance. Reste que si le prix au kilo vif de ces broutards est attractif, il l'est moins si on le ramène à la tête. « Comparativement à des animaux jusque-là vendus sur l'Italie à 400 kilos, il va nous manquer au moins 200 euros par tête », soulignait un éleveur.

« Même si c'est l'export pays tiers qui tire les prix, il ne faut surtout pas oublier nos habituels clients italiens ! », rappelait Michel Fénéon en expliquant que la péninsule demeurera notre premier débouché pour le maigre à l'export. Il n'a toutefois pas caché que même en Italie, le souhait de bien des engraisseurs est d'orienter les curseurs vers des animaux maigres plus légers. « Les éleveurs français ont trop tendance à dire 'on produit ce type d'animaux et débrouillez-vous pour les vendre'. » Il  faut bien au contraire chercher en permanence à adapter le produit aux souhaits du client et non l'inverse.

 

De gauche à droite : Christian Berthet, , négociant dans le Rhône, Michel Fénéon, directeur d'EuroFrance, Marc Feunteun, directeur export chez SVA.
De gauche à droite : Christian Berthet, , négociant dans le Rhône, Michel Fénéon, directeur d'EuroFrance, Marc Feunteun, directeur export chez SVA. - © F. d'Alteroche

Tour du monde des pays producteurs

Le volet « maigre » est une chose. L'aspect viande n'a pas été occulté avec la participation de Marc Feunteun, directeur export chez SVA, lequel a cherché à positiver les choses malgré la conjoncture morose du moment. « La situation évolue. Actuellement les taux de change sont vraiment en notre faveur. » Plusieurs autres facteurs devraient se conjuguer pour faire évoluer plus favorablement la situation. « Les États-Unis ont beaucoup labouré et décapitalisé pour produire davantage de maïs. L'Australie a été confrontée à plusieurs années de sècheresse qui ont mis à mal le cheptel. Les marchés chinois et indonésien aspirent une grosse partie de ses exportations en libérant de la place vers d'autres destinations. » Et de poursuivre son tour du monde des principaux pays producteurs. « L'Argentine entend contenir ses exportations afin de garder des disponibilités sur son marché intérieur. » La viande est un aliment phare dans ce pays. Pour juguler tout risque de troubles sociaux pouvant survenir si le prix de cet aliment se met à flamber, le gouvernement argentin a mis en place une taxe de 30% sur la viande exportée. « En Inde, le nouveau gouvernement est tenu par des indouistes. Ils considèrent que les vaches sont sacrées et ont dernièrement interdit leur abattage dans trois de ses plus grandes régions. Cela aura forcément des incidences dans la mesure où ce pays fait partie des trois plus gros exportateurs mondiaux. » Tous ces facteurs, associés la croissance de la population mondiale font que le responsable commercial de SVA pressent des tensions sur le prix mondial de la viande bovine avec une tendance haussière dans les mois à venir. « Je dis simplement aux éleveurs n'abandonnez pas maintenant, cela va aller dans la bonne direction. »

Activités des marchés à la FMBV

En 2014, les apports de bovins sur les différents marchés adhérant à la FMBV sont en progression de 3,7% (34 000 têtes) avec un total de 955 623 bovins, chiffre incluant les veaux. La plus forte progression de l'année est celle du marché de Mauriac, dans le Limousin. Depuis la mise en place du cadran, les apports ont plus que doublé avec un total de 15 271 têtes l'an dernier. Chiffre qui devrait logiquement encore progresser cette année avec des apports qui ont avoisiné 500 têtes par semaine au premier trimestre 2015.

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