Réussir bovins viande 19 mars 2018 à 15h00 | Par Sophie Bourgeois

Premiers résultats sur la méthode de pâturage Herby

Basé sur le stade physiologique des graminées, le pâturage Herby est une méthode de pâturage tournant. Les premiers résultats du programme Life montrent les bénéfices de cette méthode à la fois sur le rendement et sur la qualité de l’herbe.

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Les résultats montrent une amélioration d’au moins 20 % du rendement annuel en tonnes de matière sèche avec la méthode Herby pour les prairies temporaires et les prairies permanentes.
Les résultats montrent une amélioration d’au moins 20 % du rendement annuel en tonnes de matière sèche avec la méthode Herby pour les prairies temporaires et les prairies permanentes. - © François d'Alteroche

Depuis 2014, un projet expérimental porté et coordonné par la Caveb, organisation de producteurs en Deux-Sèvres, est mené sur une méthode de pâturage tournant dynamique. Ce projet est financé avec des fonds provenant en grande partie du programme Life de l’Union européenne (1). La conclusion est annoncée pour 2019, mais quelques résultats peuvent d’ores et déjà être dévoilés. La méthode de pâturage employée a été décrite sous la dénomination Herby (voir encadré) et mise en œuvre dans des élevages (et non en ferme expérimentale). « Nous disposons de résultats sur 125 élevages en tout, dont 60 avec un troupeau de bovins allaitants », explique Joséphine Cliquet de la Caveb. "En parallèle, nous avons mis en place un réseau de 35 parcelles pour un suivi de la production fourragère. À chaque passage des animaux, des prélèvements d’herbe permettent de connaître le rendement en matière sèche et la valeur alimentaire de l’herbe pâturée." Les parcelles faisant partie du dispositif expérimental sont de nature très variée : prairies naturelles, prairies temporaires, situées en coteaux, en bonnes terres…

Les résultats montrent une amélioration d’au moins 20 % du rendement annuel en tonnes de matière sèche avec la méthode Herby pour les prairies temporaires et les prairies permanentes, par rapport à un rendement de référence produit par Agreste. « C’est d’autant plus intéressant que les mesures portent sur des années au climat particulier avec la sécheresse marquée en 2017, et l’année 2016 entre printemps très arrosé et automne très sec », fait remarquer Alice Poilane de la Caveb.

C’est surtout en tenant compte de la qualité de l’herbe que la méthode marque des points. « Pour les prairies permanentes, nous avons comparé nos résultats avec les valeurs alimentaires des tables Inra pour 'prairie de plaine normande' en conduite classique (trois pâturages dans l’année, donnant 4200 UF/ha par an). Pour les prairies temporaires, nous avons comparé avec un RGA de 18 mois qui reçoit une fertilisation azotée conséquente », explique Joséphine Cliquet. « On obtient avec la méthode Herby une amélioration de 40 à 45 % de la quantité d’UF produite par hectare dans l’année en cumulant les effets du rendement et de la valeur alimentaire. »

Moins de gaspillage et des bouses qui se dégradent plus vite

En effet, en moyenne sur 2015, 2016, et 2017, la production en méthode Herby a été estimée à 6300 UF/ha pour les prairies temporaires, et 5300 UF/ha pour les prairies permanentes.

Le gain est aussi très positif en ce qui concerne la richesse en protéines. Pour les prairies temporaires, les paddocks pâturés « Herby » ont fourni le même niveau de rendement en tonnes de matière sèche et deux fois plus de PDI par ha (toujours en comparaison avec un RGA de 18 mois dans les tables Inra).

Les éleveurs ont observé dès les premières années d’application un net effet de cette méthode de pâturage : moins de refus, moins de gaspillage, des bouses qui se dégradent plus vite, et une meilleure densité du couvert. Des relevés floristiques seront faits en 2019 pour comparer les prairies à la situation de 2014. Les résultats sur le fonctionnement du sol et les populations de vers de terre seront communiqués aussi à ce moment-là.

Les trois quarts des éleveurs du dispositif expérimental sont au contrôle de performances, mais étant donné la diversité des races et des systèmes de conduite, il est difficile d’exploiter les résultats de pesée. « Nous avons un exemple en tête : sur des limousines en vêlage de printemps, la croissance moyenne des veaux a été améliorée de 200 g/jour alors même que la complémentation au pré a été supprimée », cite Alice Poilane. « Des éleveurs en vêlage d’automne vont ressortir les femelles à l’herbe avec les mères au printemps, et même faire pâturer des veaux mâles d’automne avec les mères », rapporte aussi Joséphine Cliquet. À dire d’éleveurs, on note aussi une amélioration de la docilité des animaux, une réduction de l’IVV, et du fait que la ration soit mieux équilibrée, une croissance des veaux plus orientée sur le gabarit que sur le gras.

(1) Coordonné par Caveb avec les partenaires Le pays de Gâtine, Agrobio Poitou-Charentes, Civam Poitou-Charentes, Inra, Cirad, Université de Rennes 1 et les prestataires Innov-Eco2, Saperfel, Bovins Croissance Sèvre Vendée conseil, Solagro.

A gauche : les limbes sont comptés à partir du coup de dent. A droite : tous les paddocks ayant été déprimés, le stade des graminées est homogène.
A gauche : les limbes sont comptés à partir du coup de dent. A droite : tous les paddocks ayant été déprimés, le stade des graminées est homogène. - © J. Cliquet

Une méthode calée sur le stade trois feuilles des graminées

« La méthode se résume en quatre règles simples », explique Joséphine Cliquet de Caveb.

1- ne jamais laisser les animaux plus de trois jours consécutifs sur la même parcelle. Ceci pour éviter que les jeunes repousses très appétentes ne soient pâturées, ce qui mettrait en péril la pérennité du couvert. Le temps de passage est donc d’un à trois jours sur chaque paddock.

2 - ne jamais faire pâturer la gaine des graminées, pour maximiser le rendement des prairies. « En effet, la longueur des limbes des graminées est proportionnelle à la longueur de la gaine. Des gaines coupées, courtes, produiront des limbes courts. » Il faut sortir les bovins avant qu’ils ne risquent de poser les dents sur la gaine de la plante.

3 - pâturer au stade trois feuilles pour fournir une alimentation de qualité aux animaux, tout en valorisant au maximum la production du couvert. En préalable, la méthode requiert d’avoir fait déprimer toutes les surfaces destinées au pâturage. Ceci permet de partir avec une harmonisation du stade des graminées (et de créer le décalage de pousse entre les paddocks). Pour repérer le nombre de feuilles sur les graminées, il s’agit de situer le coup de dent et de compter les feuilles qui se sont développées au-delà. « Si le temps de séjour sur le paddock est respecté, une très grande partie des graminées sont au même stade et c’est sur celui-ci que l’on se base. Si certaines graminées sont à 2,5 feuilles et d’autres à 2,75 feuilles, on arrondit et cela est suffisant comme niveau de précision », précise Joséphine Cliquet. Le seul cas où il y a un vrai décalage entre plantes d’une même parcelle est rencontré avec le dactyle, qui pousse toujours plus vite que les autres graminées.

4 - adapter le temps de repos du couvert au temps de repousse (température, pluviométrie, ensoleillement…).

S’approprier cette méthode nécessite un apprentissage, l’acquisition du « coup d’œil ». Les éleveurs ont bénéficié d’une formation initiale de deux jours financée dans le cadre du programme Life, puis d’un suivi individuel annuel.

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