Réussir bovins viande 14 octobre 2014 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Le maigre « italien » ne correspond pas à la demande des pays tiers

Alors que le débouché italien s'érode, le niveau qualitatif de l'offre française de bétail maigre ne serait pas en phase avec les exigences qualitatives des pays tiers.

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Atelier italien d'engraissement de broutards nés en France. 
Il faut coller au marché et adapter l'offre à l'évolution de la demande.
Atelier italien d'engraissement de broutards nés en France. Il faut coller au marché et adapter l'offre à l'évolution de la demande. - © F. d'Alteroche

Marchés émergents, quelles adaptations de la filière viande bovine française ? Tel était le thème de la table ronde organisée à l'occasion de l'assemblée générale d'Elvea France, laquelle s'est tenue à Biarritz dans le cadre du concours Blonde d'Aquitaine. À l'heure ou la consommation s'érode ou stagne dans les pays européens, il y a urgence à trouver de nouveaux marchés pour les différents produits de l'élevage français. « Le débouché italien n'est plus de 1,1 million de têtes par an. Il est désormais plus proche de 800 000 animaux », a rappelé Jean-Claude Crassat, président de la commission export à la FFCB. Pas la peine d'être grand devin pour en déduire que l'on est au devant de sérieuses difficultés si la France n'arrive pas à prendre des parts de marché dans d'autres pays. Même si la fermeture des frontières au Maghreb pour cause de fièvre aphteuse rebat pour l'instant sérieusement les cartes, les intervenants ont tous indiqué qu'ils espéraient bien que cette situation ne soit que temporaire. Et de souligner que cette fermeture ne doit pas empêcher de chercher à tracer des pistes pour les années à venir. « On a essayé de vendre de la viande à ces pays. Mais ils préfèrent nous acheter du vivant. Si on pouvait leur vendre des animaux finis, ce serait très bien, mais pour l'instant ils sont demandeurs de broutards. »

Une des difficultés des exportateurs est qu'ils doivent composer avec une offre française de bétail maigre façonnée au fil des décennies pour être d'abord en phase avec les exigences italiennes. Lesquelles ne correspondent pas avec celles des pays d'Afrique du Nord, du Moyen-Orient ou de la Turquie. Nos races lourdes et conformées auraient un niveau qualitatif qui va au-delà de la demande de ces pays, lesquels recherchent du maigre léger et bien ordinaire. Si notre offre ne s'adapte pas un tant soit peu aux souhaits de ces possibles nouveaux clients, ils iront chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas chez nous.
Pour faire court et exception faite du cas particulier de l'Algérie qui accepte des broutards lourds, ces pays demandent des broutards R de 300 à 320 kilos alors qu'on leur propose des U de 400 à 450 kilos. Ce qui, ramené à la tête, ne passe pas côté tarifs. « Les exportateurs sont prêts à se battre pour aller sur l'export, mais si nous n'avons pas le produit qui convient à la demande de nos clients, on ne pourra pas le vendre et il faudra se contenter de regarder passer les bateaux de nos concurrents. Attention aux Espagnols ! Ce pays a un produit adapté et nous fait une rude concurrence. Attention aux Irlandais, eux aussi susceptibles de produire ces broutards légers », ajoutait Jean-Claude Crassat.

De gauche à droite : Jean-Claude Crassat, Denis Costerousse et Pierre Vaugarny.
De gauche à droite : Jean-Claude Crassat, Denis Costerousse et Pierre Vaugarny. - © F. d'Alteroche

 


Vendre des broutards oui, mais à quel prix ?


Tandis que les exportateurs plaidaient la cause de leurs clients, les éleveurs ne semblaient guère partants. « Je veux bien vendre des broutards de 300 kilos, mais à quel prix ? Nous avons envie de vivre du prix de notre produit. Je crois davantage à des marchés de niche plus rémunérateurs sur des viandes finies », expliquait Denis Costerousse, président d'Elvéa Sud Massif central.
« La France ne sera pas le hard-discounter du commerce mondial. Mettons en avant nos particularités pour nous aider à tirer vers le haut notre marché intérieur », ajoutait Pierre Vaugarny, secrétaire général de la FNB.
Pour les exportateurs, les éleveurs gagneraient quand même à ré-analyser leur offre. « Amener des broutards à 450 kilos, cela a un coût. Ne peut-on pas produire des animaux plus légers en réduisant les coûts de production ? Les produits de haute qualité c'est bien, mais j'ai peur que l'on ne puisse écouler tous nos volumes sur les marchés de niche seulement. En revanche, oui on peut vendre nos broutards plus chers que ceux importés d'Amérique du Sud. Nos animaux ont un meilleur potentiel et offrent davantage de garanties sanitaires », confirmait Jean-Claude Crassat.
Et de préciser que comme toujours dans le commerce, des marges de négociations seront peut-être possibles. Si les clients veulent des 320 kilos et qu'on leur propose des 380 kilos, on finira peut-être à trancher à 350 kilos.

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