Réussir bovins viande 30 janvier 2018 à 01h00 | Par F.d'Alteroche

Le coup de poignard d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron ne voit pas d’inconvénients à ouvrir toujours davantage les portes de l’Union Européenne à la viande bovine produite dans les Pays du Mercosur. C’est du moins ce qu’il a annoncé lors de ses vœux à la profession, en confirmant ses propos quelques jours plus tard.

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Les déclarations d’Emmanuel Macron laissent à penser qu’il entend utiliser l’agriculture européenne comme monnaie d’échange pour un accès accru des produits industriels sur le continent sud-américain ».
Les déclarations d’Emmanuel Macron laissent à penser qu’il entend utiliser l’agriculture européenne comme monnaie d’échange pour un accès accru des produits industriels sur le continent sud-américain ». - © Auvergne Agricole

Alors que le monde agricole attendait des vœux d’Emmanuel Macron des perspectives rassurantes pour l’accord UE-Mercosur c’est tout le contraire qui leur a été proposé. Le président de la République a annoncé le 25 janvier la signature imminente de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, lequel pourrait se traduire par l’ouverture du marché européen à quelques 70 000 tonnes supplémentaire de viandes bovine issues d’élevages d’Amérique Latine. « Cet accord peut être bon si nos lignes rouges sont tenues. Il est clair que ce sera un défi porté, en particulier pour la filière bovine puisqu’il permettra de faire entrer des volumes. Mais en parallèle de cela, nous nous devons d’être honnêtes avec nous-mêmes et nous le savons, nous ouvrons notre marché. » a mis en avant le Président de la République devant des éleveurs médusés par la brutalité de cette annonce.

Et le locataire de l’Elysée d’expliquer benoîtement que la traçabilité des produits carnés sera un rempart contre l’arrivée de cette viande produite dans des conditions et à des tarifs qui non pas grand-chose de comparable avec les produits français et plus largement Européens. « Quelle est la meilleure réponse si nous finalisons cet accord avec le MERCOSUR ? C’est d’avoir une vraie stratégie défensive en France pour valoriser notre filière, l’origine France et faire que nos concitoyens auront de la vraie traçabilité, que ceux qui veulent acheter de la viande française pourront le savoir et, en quelque sorte, savoir défendre dans un marché ainsi ouvert, selon des règles que nous aurons négociées, nos propres intérêts et être très offensifs à l’extérieur dans les marchés que nous avons rouverts (sic). » Et de poursuivre sa leçon de libéralisme économique en expliquant aux représentants des éleveurs que « si nous savons nous organiser, l’ouverture au monde n’est pas un danger, à condition que nous ayons des lignes rouges respectées et que ces accords commerciaux soient cohérents avec les règles que nous nous donnons pour nous-mêmes et ne créent pas des désavantages sociaux, environnementaux qui seraient irrattrapables. » Dès le lendemain, à l’issue d’un entretien avec son homologue argentin Mauricio Macri, Emmanuel Macron a confirmé ses propos de la veille, expliquant qu'un accord « peut être bon pour les deux parties » et qu'il est « pertinent d'essayer de le finaliser rapidement ». Derrière cette ouverture du marché européen au viandes sud-américaines il y a en retour la promesse de nouveaux accords commerciaux avec ces mêmes pays que d’autres acteurs de l’économie seraient pressés de conclure.

La colère des éleveurs

Ces annonces du Président Macron suscitent forcément la colère de la part des éleveurs et des différents représentants de la filière viande. « Conclure cet accord au lendemain des Etats Généraux de l’Alimentation ne relève pas seulement de l’incohérence totale des politiques publiques, mais de l’irresponsabilité. Quels que soient les intérêts commerciaux en jeu, une telle concession est inadmissible et doit être très largement dénoncée. » souligne Bruno Dufayet, Président de la Fédération Nationale Bovine. Qui plus est, ce n’est donc pas seulement l’emploi de plusieurs dizaines de milliers d’éleveurs qui semblent aujourd’hui « bradés » dans le cadre de cet accord, mais la qualité de l’alimentation, la santé des citoyens français et la défense d’une certaine éthique pour les conditions de production. « Nous déplorons l’incohérence totale dont fait preuve le Gouvernement qui déclare, dans le même temps, vouloir valoriser un modèle d’élevage français durable, herbager, vertueux, aux garanties incomparables sur le plan sanitaire et efficace dans la lutte contre le changement climatique... et importer de façon massive des viandes répondant à des standards opposés. » ajoute Bruno Dufayet.

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