Réussir bovins viande 11 octobre 2018 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Le Brexit fait trembler les acteurs du bœuf irlandais

En Irlande, les risques liés au Brexit sont sur les lèvres de tous les acteurs de la filière viande. Le pays joue gros dans la mesure où l’Irlande exporte 90 % de sa production avec la Grande-Bretagne comme principal client.

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L’Irlande, c’est 4,77 millions d’habitants et pratiquement autant de bovins
L’Irlande, c’est 4,77 millions d’habitants et pratiquement autant de bovins - © F. d'Alteroche

L’Irlande c’est 4,77 millions d’habitants et pratiquement autant de bovins ! Même si les Irlandais ont une consommation moyenne de 18,8 kg de viande bovine par habitant et par an, le pays se doit d’exporter l’essentiel de sa production. « L’Irlande est le plus important pays exportateur de l’hémisphère nord. Nous exportons 90 % de la viande bovine que nous produisons », souligne Rory Fanning, directeur de Slaney Foods, un des plus importants outils d’abattage irlandais. La Grande-Bretagne est leur principal acheteur. En 2017 l’Irlande a vendu 283 000 t de viande bovine à son voisin britannique, 240 000 t sur l’Europe continentale et 34 000 t en dehors de l’UE. « La Grande-Bretagne nous achète des aloyaux, des muscles issus de la cuisse, mais également beaucoup de viande désossée issue des avants qui est destinée, là-bas, à être transformée en viande hachée. »

La perspective du Brexit est le principal sujet de préoccupation du moment pour les acteurs du bœuf irlandais. Il est scruté au quotidien, analysé avec une certaine angoisse, en cherchant surtout des solutions pour pallier à ce coup dur en imaginant quel pourrait être l’impact des différents scénarios possibles. L’inquiétude va croissante dans la mesure où le Brexit fait peser de lourdes incertitudes. « Tant que le gouvernement britannique n’aura pas décidé la direction qu’il allait prendre, et à quel moment, il sera très difficile de savoir à quoi réellement s’attendre », déplore Bernadette Byrne, responsable viande pour l’antenne française du Bord Bia, bureau de promotion des produits de l’agroalimentaire Irlandais.

« Actuellement on ne sait vraiment pas grand-chose et surtout on ne saura rien avant octobre prochain. » Cette attente exaspère tout autant qu’elle agace. À moins d’un an de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, dont la date a été fixée au 29 mars 2019, nul ne sait encore quelle forme va prendre le divorce. Un Hard Brexit (Brexit dur) pourrait se traduire par une forte augmentation des droits de douane pour les produits agricoles importés. C’est le scénario le plus redouté. Le risque serait alors d’avoir de moins en moins de place pour le bœuf irlandais dans les assiettes anglaises avec une concurrence accrue de la viande importée d’Océanie ou d’Amérique latine.

Rory Fanning, directeur Slaney Foods : « Le Brexit c’est comme un gros tremblement de terre mais on ne peut pas revenir en arrière. Il faut chercher à y pallier en développant l’activité à l’international. »
Rory Fanning, directeur Slaney Foods : « Le Brexit c’est comme un gros tremblement de terre mais on ne peut pas revenir en arrière. Il faut chercher à y pallier en développant l’activité à l’international. » - © F. d'Alteroche

Complexification accrue des flux de marchandise

Une autre conséquence de la décision des électeurs britannique sera de compliquer les flux de marchandise. L’Irlande est une île, et cette insularité ne facilite pas le commerce. Pour exporter, les Irlandais utilisent essentiellement la route. Une fois chargés de leur cargaison de viande, la plupart des camions transitent par les ports situés sur la côte est. Une fois à bord des ferrys, ils prennent la direction de l’Angleterre. Puis la traversent en prenant très souvent la direction de Douvres puis Calais. Quand la Grande-Bretagne ne fera plus partie de l’Union européenne mais des pays tiers cela va changer pas mal de choses. « Actuellement les camions quittent notre abattoir en fin d’après-midi et peuvent sans problème être à Rungis 24 h plus tard. Avec les mesures découlant du Brexit ce ne sera plus possible », souligne Rory Fanning. Quand les contrôles douaniers et vétérinaires vont se mettre en place, une fois la Grande-Bretagne sortie de l’UE, cela va se traduire par davantage de temps passé. Rory Fanning table sur une journée supplémentaire avec forcément un coût de transport plus important (salaire du chauffeur, immobilisation du camion…). Les deux autres ports possibles pour prendre la direction du continent sont ceux de Roscoff ou Cherbourg mais cela n’est pas pour autant la solution idéale.

Élargir les débouchés de la viande irlandaise

Pour remédier à l’érosion probable du débouché britannique toutes les possibilités sont envisagées. Les pays déjà clients (dont la France et ses principaux voisins) sont bien entendu analysés comme une des solutions de repli possible. La volonté est surtout d’aller à la conquête de nouveaux marchés. « La progression de la population à l’échelle de la planète va mathématiquement accroître les besoins. » Quinze pays sont plus particulièrement ciblés par Bord Bia. La liste est confidentielle mais des destinations comme la Chine et d’autres pays asiatiques font évidemment partie des priorités.

La récente ouverture du débouché chinois est un atout. Trois sites d’abattage ont été agréés pour l’exportation en avril dernier puis quatre autres en juin. Les premiers envois ont démarré en juillet.

Bernadette Byrne, responsable viande pour l’antenne française du Bord Bia : " Tant que le gouvernement britannique n’aura pas décidé la direction qu’il allait prendre, il sera difficile de savoir à quoi s’attendre."
Bernadette Byrne, responsable viande pour l’antenne française du Bord Bia : " Tant que le gouvernement britannique n’aura pas décidé la direction qu’il allait prendre, il sera difficile de savoir à quoi s’attendre." - © F. d'Alteroche

Bord Bia promeut sans relâche

Bord Bia(1) est le bureau de promotion à l’exportation des produits issus du secteur agroalimentaire irlandais. C’est un organisme parapublic. Basé à Dublin il a des antennes dans les principaux pays cibles. Une vague d’embauche est en cours. La volonté est de trouver de la matière grise supplémentaire pour aider à chercher de nouveaux débouchés dans le cadre du Brexit.

Bord Bia a initié en 2012 une démarche appelée Origin Green, un programme de développement durable pour l’agroalimentaire. Il a été lancé en partenariat avec les différents acteurs du secteur et le soutien du gouvernement. Il vise à diminuer l’empreinte carbone de toutes les fermes et entreprises liées à l’agroalimentaire. Cela passe par de nombreux audits pour prouver que ce qui est dit est fait. En 2017 plus de 90 % des exportations agroalimentaires irlandaises provenaient d’entreprises engagées dans cette démarche.

(1) Bia signifie nourriture en gaélique, la langue originelle des Irlandais, dérivée du celte.

L’élevage irlandais en chiffres

- 140 000 exploitations agricoles dont 79 000 détiennent des vaches allaitantes (SAU moyenne 32,5 ha). Beaucoup de doubles actifs en particulier pour l’élevage allaitant.
- 1,042 million de vaches allaitantes et 1,34 million de vaches laitières en 2017 soit entre 2012 et 2017 + 283 000 VL et -110 000 VA.
- 590 000 t de production annuelle de viande bovine dont plus 90 % sont exportées : 51 % de ces exportations sont destinées au Royaume-Uni, 43 % à d’autres pays de l’Union européenne et 6 % sont orientées sur pays tiers.
- 196 200 têtes d’exportation de bovins vivants en 2017 dont 101 800 veaux, 66 500 broutards et 27 900 bovins finis.
- 360 kg à 28,4 mois pour les bouvillons, 314 kg à 25,9 mois pour les génisses et 372 kg à 18,6 mois pour les taurillons sont les âges et poids moyen à l’abattage.

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