Réussir bovins viande 06 juillet 2018 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

La génétique sans cornes avance en Blonde d'Aquitaine

C'est au tour de la troisième race allaitante française de se tourner vers le sans cornes. Même si, pour l'instant, aucun taureau blond sans cornes n'est diffusé, certains éleveurs se sont déjà lancés avec des taureaux étrangers.

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Jean-Michel et Mathias Durand avec Newton, mâle sans cornes de deuxième génération de 13 mois (fils de Indur'Ain et de Helstar, soeur de Gamistar, vache qualifiée Elite). Il va saillir quatre à cinq génisses cornues avant d'être mis à la vente.
Jean-Michel et Mathias Durand avec Newton, mâle sans cornes de deuxième génération de 13 mois (fils de Indur'Ain et de Helstar, soeur de Gamistar, vache qualifiée Elite). Il va saillir quatre à cinq génisses cornues avant d'être mis à la vente. - © C. Delisle

Un peu partout dans le monde, la tendance est à l'élimination des cornes dans toutes les races bovines grace à la génétique. Le gène sans cornes, ou polled, existe naturellement chez les bovins, à l'image des races anglo-saxonnes comme l'Angus, la Belted Galloway ou l'Hereford. Pour éviter l'écornage, la majorité des races à viande et laitières s'intéresse à la sélection d'animaux génétiquement sans cornes. Il semblerait que la Scandinavie soit le berceau de la mutation de ce gène, les Vikings ayant introduit des individus sans cornes en Grande-Bretagne, donnant ainsi naissance aux races comme l'Angus ou la Galloway.

Sélectionnés depuis quelques années en France, les rameaux sans cornes progressent en races Limousine, Charolaise et Salers. Pour la troisième race allaitante française, si aucun taureau blond n'est encore diffusé, cela ne devrait pas tarder. Certains éleveurs n'ont toutefois pas attendu et se sont déjà lancés avec des animaux venus de l'étranger. À l'image de Jean-Michel Durand et de son fils Mathias, sélectionneurs installés à la Chapelle-du-Châtelard dans l'Ain, avec un troupeau naisseur-engraisseur de 80 mères Blondes d'Aquitaine.

Apporter un plus à la race

« J'ai démarré en 1982 l'élevage de Blondes avec douze vaches et un taureau, tous inscrits à l'Upra », remarque Jean-Michel Durand qui, à l'époque, était en Gaec avec son père. Les deux éleveurs ont ensuite travaillé pour monter un cheptel répondant aux critères de sélection de la race.

Si on interroge cet amoureux de la race et afficionado des concours sur le choix du sans cornes, il vous répond : « Et pourquoi pas ! J'aime les cornes fines ovoïdes et orientées vers le bas des Blondes, signe souvent annonciateur de finesse de cuir et de grain de viande. On n'écorne pas nos bêtes. On coupe exceptionnellement les pointes sur des vaches dangereuses. Les cornes n'ont toutefois pas que des avantages et les attentes de la société sur le bien-être animal évoluent. Le sans cornes, c'est également une sécurité pour l'éleveur et les animaux. C'est un plus pour la race. Mais attention, le but n'est pas de faire du sans cornes uniquement pour le sans cornes. Il faut être très sélectif ».

Ainsi, il y a six ans, les deux éleveurs débutent dans cette voie, avec l'achat de la semence d'un taureau danois, Bravour. Leurs meilleures lignées de femelles ont été inséminées avec ses doses, de façon à avancer plus vite. « La génomique et les nouvelles technologies sont là pour nous aider. Nos Blondes, avec ou sans cornes, doivent bien vêler, bien élever leur veau et avoir de la viande. " L'index de l'élevage est 107 d'Avel, 107 d'ISevr et 108 d'IVMat.

Sans cornes mais pas sans qualité

« On a eu la chance d'obtenir quatre produits polled hétérozygotes, dont un très bon taureau, Indur'Ain, fils de Bravour sur Gaspesie (fille de Djibouti), né le 22 octobre 2013. Il a sailli six génisses et vaches dans un premier temps. De sa descendance, on a vendu un mâle reproducteur à un éleveur qui a été séduit par la qualité du veau, bien que n'étant pas venu au départ pour acheter un sans cornes. On a également gardé une femelle sans cornes à la saillie cette année. Ses autres produits ont été performants en engraissement. On ne garde que les animaux sans cornes de qualité. On ne conserve aucun descendant cornu de ces animaux polled hétérozygotes. Le but est d'ancrer le plus possible le standard de la race, c'est pourquoi on ne met que les meilleurs à la reproduction avec les meilleurs cornus. Bravour nous a donné satisfaction quant à l'apport du gène sans cornes. Toutefois, le but est d'arriver à obtenir de superbes homozygotes avec des lignées made in France. »

En 2017, les éleveurs ont obtenu six génisses sans cornes hétérozygotes qui ont entre 13 et 16 mois et deux mâles sans cornes hétérozygotes. L'un d'entre eux sera utilisé sur quelques génisses cornues. « Si, en troisième génération, on obtient des bêtes qui répondent parfaitement à nos objectifs, alors on essaiera d'accoupler des hétérozygotes polled entre eux. Je suis très attaché au standard de la race et je ne souhaite pas en déroger. Au fil des ans, depuis 1982, j'ai surtout compris qu'il nous permettait d'allier élégance et performance, ce pourquoi j'ai choisi la Blonde. C'est un challenge que l'on souhaite relever mais en gardant impérativement toutes les qualités de race. On recherche des animaux avec beaucoup de longueur de corps et de bassin, de bons aplombs, des bassins amples, des dessus épais et bien entendu de la finesse dans le cuir et les membres. Notre volonté a toujours été de finir les animaux. On va jusqu'au bout de la production depuis 1988, année où la vente directe a commencé sur l'exploitation. Aujourd'hui, soixante-dix génisses par an sont commercialisées par ce biais. »

Master, taureau hétérozygote sans cornes de deuxième génération.
Master, taureau hétérozygote sans cornes de deuxième génération. - © Auriva

Où en est le schéma de sélection ?

L'introgression du gène sans cornes dans la sélection Blonde d'Aquitaine a débuté au début des années 2010. À cette fin, le gène polled introduit dans la population Blonde d'Aquitaine d'Europe du Nord, a été utilisé. « Nous avons construit un programme à partir de vaches élites françaises, donneuses d'embryons, et de la semence de deux mâles sans cornes non apparentés, l'un provenant du Danemark et l'autre de Suède », explique Ludovic Izard, responsable du pôle génétique viande chez Auriva.

Les femelles nées de ces accouplements ont été sélectionnées après le sevrage et les génisses les plus intéressantes ont été élevées à la station de biotechnologies de Denguin, afin de produire à leur tour des embryons accouplés avec des taureaux français améliorateurs.

Ces génisses de première génération, hétérozygotes, ne produisent que 50 % de descendants sans cornes. Les embryons sont donc biopsés et génotypés pour ne conserver que ceux génétiquement sans cornes avant d'être posés. « Nous collectons actuellement les premières génisses de deuxième génération en continuant le travail de cumul génétique par l'utilisation des meilleurs taureaux disponibles pour produire les embryons. »

Deux taureaux hétérozygotes engagés en évaluation sur descendance

Sur la voie mâle, les taureaux génétiquement sans cornes ont été, dès la première génération, élevés en station et ont intégré le contrôle individuel. Seuls les meilleurs ont été conservés pour produire de la semence. Deux taureaux hétérozygotes ont été engagés en évaluation sur descendance. Le premier, Ian (Bravour x Malinois), a été testé dans le cadre de l'évaluation en ferme. Son indexation au sevrage sur descendance sera disponible à l'automne. Le second, Joystick, est évalué dans le programme viande. « Encore en phase d'évaluation, la semence de ces deux taureaux n'est à ce jour pas commercialisée. Elle pourra éventuellement être diffusée dès cet automne si leurs résultats sont satisfaisants », précise Ludovic Izard.

Les plus âgés des mâles de deuxième génération ont aujourd'hui 2 ans. C'est le cas de Master, engagé dans le dispositif d'évaluation en ferme, dont les inséminations ont débuté en mai 2018. Plusieurs veaux de deuxième génération vont par ailleurs réaliser le contrôle individuel cette année. « Les meilleurs d'entre eux seront candidats à l'évaluation sur descendance et seront peut-être diffusés à terme. Ce travail doit nous permettre d'obtenir des animaux sans cornes d'un niveau génétique comparable à celui des animaux cornus sur le plan de la morphologie et des qualités maternelles. À l'avenir, l'objectif est de proposer des taureaux sans cornes homozygotes avec la même exigence de qualité », souligne Ludovic Izard.

Indur'Ain, premier mâle sans cornes hétérozygote de l'exploitation. Ses premiers descendants ont beaucoup de mixité, de la taille avec d'excellents bassins. Il va saillir trente-cinq vaches en 2018.
Indur'Ain, premier mâle sans cornes hétérozygote de l'exploitation. Ses premiers descendants ont beaucoup de mixité, de la taille avec d'excellents bassins. Il va saillir trente-cinq vaches en 2018. - © SARL Blondes de Jeancourt

Sans cornes, un gène dominant

Le gène sans cornes est présent sous deux formes, l'une active qui va s'illustrer par l'absence de cornes, et une inactive qui va se traduire par leur présence. Du fait du regroupement par paire de chacun des chromosomes, chaque gène sera présent en deux exemplaires chez un même animal. Le gène sans cornes est dominant (noté P comme polled) tandis que le gène avec cornes est récessif (noté h comme horned), ce qui rend le facteur sans cornes plutôt facile à reproduire. On distingue alors trois génotypes différents :

(PP) true polled : sans cornes homozygote

(hh) horned : avec cornes homozygote

(Ph) polled : sans cornes hétérozygote

Lors de l'utilisation d'un taureau sans cornes hétérozygote sur une vache qui en est pourvue, les veaux issus de la première génération auront une chance sur deux de naître sans cornes. Avec un reproducteur sans cornes homozygote (PP), tous les veaux naîtront sans cornes.

Françoise et Gilles Wanlin. « Nous avons fait venir Malibu (père : Ignis, polled homozygote), génisse sans cornes hétérozygote de 1 an, du Danemark. Sa mère Fonda (hétérozygote) a été plusieurs fois grande championne de ce pays toutes races confondues. »
Françoise et Gilles Wanlin. « Nous avons fait venir Malibu (père : Ignis, polled homozygote), génisse sans cornes hétérozygote de 1 an, du Danemark. Sa mère Fonda (hétérozygote) a été plusieurs fois grande championne de ce pays toutes races confondues. » - © L'élevage du Rosier

" Des sans cornes avec tous les caractères de la race "

L'élevage du Rosier, à Floing dans les Ardennes, s'est lancé dans le sans cornes en 2015. « Une visite au Danemark a fini de nous convaincre. Quelques éleveurs danois ont en effet créé le « polled Blond ». Plus de vingt années de travail ont été nécessaires pour qu'ils obtiennent le sans cornes homozygote présentant tous les caractères conformes à la race. Ces animaux sont bien conformés, ce qui est important pour nous, du fait de la vente directe de viande d'une partie de nos bêtes. Nous avons ainsi commandé de la semence au Danemark en passant par notre centre d'insémination à Villers-Semeuse », explique Françoise Wanlin à la tête, avec son mari Gilles, d'un troupeau de 43 mères Blondes d'Aquitaine inscrites.

« Nous avons fait des embryons avec des taureaux inscrits au Danemark et avons acheté deux femelles danoises, reconnues là-bas, dont une homozygote sans cornes. » De fait, l'élevage du Rosier compte désormais dans son cheptel plusieurs femelles hétérozygotes, une femelle homozygote (Nora), un mâle de 2 ans et demi hétérozygote (Mjollnir) dont les premiers veaux sont nés cette année, trois mâles hétérozygotes entre 1 et 18 mois et un petit mâle hétérozygote de moins de 1 an.

Les éleveurs ont pour objectif de tendre vers un troupeau sans cornes. « Cela ne nous empêchera pas pour autant d'utiliser des animaux cornus », souligne Françoise Wanlin.

Une journée portes ouvertes, dédiée à la Blonde sans cornes (présentation d'animaux, conférences...), est organisée par Gènes diffusion et Ardennes Conseil élevage, le jeudi 4 octobre, sur l'exploitation de Françoise et Gilles Wanlin.

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