Réussir bovins viande 30 juin 2016 à 08h00 | Par Virginie Quartier

L’Inde, leader émergent sur le marché mondial de la viande

Avec un prix défiant toute concurrence, la viande indienne s'est taillé des parts de lion sur les marchés de l’Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient. Mais cette position s’est vue fragilisée en 2015.

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Les troupeaux de zébus nomades sont élevés pour leur lait. L'abattage des ces animaux est interdit dans la plupart des États.
Les troupeaux de zébus nomades sont élevés pour leur lait. L'abattage des ces animaux est interdit dans la plupart des États. - © V. Quartier

« Depuis 2010, les exportations de viande de buffle ont explosé pour atteindre 1,9 million de tonnes équivalent carcasse en 2014. L’Inde est alors devenue le premier exportateur mondial de viande bovine devant le Brésil », rapporte l’Institut de l’élevage, dans un dossier consacré à l’Inde paru début 2016. Cette hausse a été notamment portée par les envois au Vietnam, porte d’entrée officieuse du marché chinois. Les deux tiers des volumes sont absorbés par l’Asie du Sud et de l’Est : Vietnam, Malaisie, Thaïlande, Philippines. 17 % partent vers le Moyen-Orient et 17 % vers l’Afrique. Les exportations sont composées à 90 % de découpes désossées et congelées de buffle halal. La viande doit être désossée pour des raisons sanitaires liées à la prévalence de la fièvre aphteuse en Inde. Pour ces raisons, la viande indienne ne s’exporte pas vers les marchés européens, américains, japonais ou coréens.

L’un des principaux atouts de la viande indienne est son prix, notamment sur les marchés émergents, moins exigeants sur le plan sanitaire. Le très faible coût de production des buffles et le coût faible de la main-d’œuvre indienne ont été appuyés depuis 2011 par la dépréciation de la roupie indienne par rapport au dollar. « À 2,40 euros par kilo equivalent carcasse (kgec) en moyenne en 2014 pour les découpes désossées congelées, la viande exportée par l’Inde est 30 à 50 % moins chère que ses concurrentes », explique l’Institut de l’élevage. Autre atout pour exporter vers le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie du Sud-Est, la viande indienne est certifiée 100 % halal et la plupart des opérateurs sont musulmans. Les trois premiers acteurs de l’industrie de la viande sont des entreprises familiales : Allana, HMA et HindAgro. Elles détiennent près de 60 % des parts de marché à l’international. Fin 2015, cinquante-trois complexes d’abattage/découpe, douze abattoirs et trente-neuf sites de désossage/transformation disposaient d’un agrément. L’essentiel des sites agréés à l’export sont dans l’Uttar Pradesh.

Un marché dominé par trois acteurs réalisant 60 % des exportations

En 2015, le ralentissement économique chinois s’est traduit par un recul des achats. À cela est venue s’ajouter la lutte contre les importations informelles, notamment via le Vietnam. Par ailleurs, en mai 2015, la Chine a rouvert ses portes à la viande brésilienne qui a concurrencé la viande indienne. En cumul sur les dix premiers mois de 2015, les exportations vers le Vietnam ont chuté de 23 %, et de 10 % vers la Thaïlande, par rapport à la même période sur 2014. Elles étaient en progression de 9 % vers la Malaisie. Pour le Moyen-Orient, les exportations ont baissé de 1 % en moyenne, mais cela cache de grosses disparités entre les exportations vers l’Arabie Saoudite (-4 %), les Émirats Arabes Unis (-9 %), la Jordanie (-41 %) ou au contraire l’Irak (+87 %) ou le Koweït (+51 %). L’Inde a également perdu des parts de marché en Afrique face au Brésil, notamment en Égypte et en Algérie. Pour y faire face, les industriels indiens mènent une politique offensive pour l’ouverture de nouveaux marchés. Ainsi, quatre entreprises indiennes ont été agréées fin 2014 pour exporter vers la Russie, même si les envois restent pour le moment limités à 12 400 tonnes équivalent carcasse (tec).

Les interdits religieux limitent le développement de l'activité

Ce sont les marchés exports qui tirent la production indienne. En 2015 en Inde, 38 millions de bovins auraient été abattus, pour une production de 4,2 tec. Le taux de prélèvement du cheptel bovin est passé de 5 % en 2000 à près de 13 % en 2015. Le marché domestique est dominé par le secteur informel. Il est approvisionné en frais, directement après abattage, par une multitude de petits abattoirs municipaux ou illégaux, souvent sans équipement de réfrigération. Ce marché national absorbe une part de plus en plus réduite de la viande de buffle, captée pour l’export.

Dans de nombreux États indiens, l’abattage des zébus femelles est interdit. Pour les mâles, le statut est variable mais reste en général moins strict. La législation est plus souple pour les buffles. Ces interdits d’abattage s’accompagnent parfois de restrictions sur le transport et la consommation de viande de bovinés. Avec l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste indien (BJP : Bharatiya Janata Party) en mai 2014, les règles sur l’abattage ont été durcies. La conséquence de ces interdits est l’abandon des animaux « improductifs » soit dès la naissance pour les veaux mâles, ou en fin de carrière pour les femelles. Certains terminent leur vie dans des abris réservés, d’autres errent dans les villes et les villages et, enfin, une partie alimente un marché de fraude. Conséquence des interdits religieux, la part de végétariens est estimée à 40 %, et une grande partie de la population non végétarienne ne consomme de la viande qu’occasionnellement. La viande bovine est en marge des régimes alimentaires indiens, avec une consommation moyenne inférieure à 2 kilos par habitant en moyenne en 2014, contre 24,1 kilos par habitant en France.

La viande indienne est 30 à 50 % moins chère que ses concurrentes

Le poids carcasse moyen atteint 140 kilos pour les buffles et à peine 100 kilos pour les zébus. Les exportateurs captent les meilleures carcasses des buffles (seule viande autorisée à l'export), avec un poids moyen de 150 kilos pour les femelles et 180 kilos pour les mâles. La plupart des animaux entrant dans les circuits de commercialisation export sont des bufflonnes de réforme, souvent âgées de plus de 10 ans, et d’anciens buffles mâles de traction, de 3 ans en moyenne. Il n’y a pas de données officielles sur le prix du buffle, mais il se situerait autour de 1,13 €/kgec prix éleveur, et 1,49 €/kgec prix abattoir. Avec la demande en hausse et la compétition entre industriels, les prix grimpent de 10 % par an. Pour les industriels, l’achat des animaux représente 80 % des coûts de production. Dans les 20 % de coûts de fonctionnement, le travail ne représente que 19 %. La main-d’œuvre qualifiée était rémunérée à environ 177 euros par mois en 2013. Le coût moyen par employé est de 2,5 centimes par kilo de viande désossée, avec des abattoirs fonctionnant à 60 % de leur capacité. La problématique des industriels est plutôt le coût du transport et de l’énergie, respectivement 38 % et 19 % des coûts de fonctionnement. Le transport représente le premier poste de charge des industriels export. En effet, la grande majorité de la viande est expédiée congelée depuis le port de Mumbai, soit 1 000 à 1 800 kilomètres des lieux d’abattage. Des investissements lourds sont faits pour maintenir la chaîne du froid. De plus, les sites industriels sont souvent en zone rurale et les coupures d’électricité fréquentes, notamment lors des pics de consommation des villes. Ils ont donc dû investir dans des générateurs.

La production, l'abattage et la découpe sont concentrés dans l'État de l'Uttar Pradesh. La pression sur ce territoire est forte et les industriels doivent trouver de nouvelles sources d'approvisionnement pour éviter une pénurie d'ici cinq à dix ans. La première solution consiste à développer des structures d’abattage à proximité des lieux de production dans d’autres États. Mais les outils existants sont sous-utilisés et les législations risquent de perturber ce développement. L’autre option est de créer des centres d’engraissement pour les 14 à 18 millions de buffles mâles abandonnés à la naissance par les éleveurs laitiers, ou inciter les éleveurs à les conserver.

 

Précisions

Bovidés : Mammifères ongulés ruminants, munis généralement de cornes persistantes, tels que l'antilope, le bison et la gazelle, et dont certaines espèces sont domestiquées, comme les bovins, ovins et caprins.

Bovinés ou bovins : Sous-famille des bovidés, portant des cornes chez les deux sexes, tels que le bœuf, le buffle, le bison et le yack.

Article réalisé d'après le dossier Économie de l'élevage n°463 de l'Institut de l'élevage : " L'Inde, leader émergent sur le marché mondial de la viande bovine ".

Les animaux pâturent peu et sont nourris avec les fourrages disponibles. Avec une dizaine de bufflonnes, le propriétaire de cette exploitation est parmi les paysans les plus riches.
Les animaux pâturent peu et sont nourris avec les fourrages disponibles. Avec une dizaine de bufflonnes, le propriétaire de cette exploitation est parmi les paysans les plus riches. - © V. Quartier

Le premier cheptel de bovinés au monde

Avec 1,3 milliard d’habitants en 2015, soit 18 % de la population mondiale, l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde derrière la Chine. 68 % de la population est rurale : le secteur agricole génère 18 % du PIB et emploie la moitié de la population active. Le sous-continent indien détient le premier cheptel de bovinés au monde, avec 300 millions de têtes. 51 % sont des zébus, 36 % des buffles et 13 % issus de croisements de zébus avec des races importées. Ce cheptel est destiné avant tout à la production laitière et à la traction. L’Inde est le premier pays producteur de lait au monde. La taille moyenne des troupeaux en 2012 était de trois zébus ou buffles et 70 % des animaux seraient dans des élevages disposant de moins d'un hectare de terres cultivées. L’alimentation des animaux dépend de l’accès au ressources, qui peuvent être classées en quatre catégories : la végétation spontanée, les résidus de culture pailleux, les fourrages verts cultivés et les concentrés.

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