Réussir bovins viande 07 juin 2016 à 08h00 | Par Virginie Quartier

L'élevage allaitant à l'heure du numérique

L’élevage allaitant est en pleine révolution. L’offre de capteurs, de robots, d’applications se développe à grande vitesse. Comment s’y retrouver et rester acteur de cette révolution numérique ?

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Le numérique entraîne toutes les disciplines.
Le numérique entraîne toutes les disciplines. - © GoodLuz/123RF.com

Réseaux sociaux, smartphones, capteurs, robots, applications de gestion de troupeau, génétique… le numérique est partout. Pour les éleveurs, c’est une opportunité à saisir pour réduire la pénibilité du travail, les astreintes, améliorer les performances économiques, techniques et environnementales et créer du lien social. "En quelques années, le numérique a tout envahi, rappelle Hervé Pillaud, éleveur en Vendée et auteur du livre AgroNuméricus. Il est partout, balaie les certitudes comme un ouragan, attire et fait peur en même temps."

La révolution numérique a une particularité : entraîner toutes les autres disciplines. Les éleveurs ont toujours très rapidement su saisir et s’approprier les outils disponibles. « Le numérique n’est pas un problème mais une solution. La première nécessité est que les agriculteurs restent maîtres de leurs décisions », prévient Hervé Pillaud. Et qu'ils soient vigilants à la rentabilité des investissements, que ce soit en termes économiques ou de travail. De nombreuses entreprises convoitent ce marché. Constructeurs, fournisseurs, entreprises de conseil et bien sûr start-up investissent l’agriculture. Même Google s’y intéresse, avec l’achat de la plateforme américaine de benchmark entre agriculteurs Farmers Business Network, ou encore Monsanto, qui a racheté la plateforme The Climate Corporation.

Les animaux aussi sont connectés. Les colliers permettent de détecter les chaleurs, suivre la rumination...
Les animaux aussi sont connectés. Les colliers permettent de détecter les chaleurs, suivre la rumination... - © F. Mechekour

Un travail différent, de paramétrage et de contrôle

L'usage des nouvelles technologies change la nature du travail quotidien des éleveurs. Il faut prévoir du temps pour paramétrer les outils, contrôler leur bon fonctionnement, consulter les informations et les croiser. « Une transition est à opérer dans les esprits. Les nouvelles technologies requièrent de nouvelles compétences, établissent de nouveaux rapports entre vie professionnelle et vie privée, et posent des questions de connaissances initiales, d’apprentissage et d’appropriation… », explique Nathalie Hostiou, de l’Inra de Clermont. Les technologies du numérique permettent d’accélérer la diffusion de connaissances et modifient les modes d’apprentissage. Le numérique fait évoluer d'une culture de la valeur de propriété vers une culture de la valeur d’usage. Les plateformes de location de matériel entre agriculteurs sont un exemple de cette évolution.

Certains outils issus du numérique fonctionnent en exploitation depuis plusieurs années déjà. Ils continuent d'évoluer et de proposer de nouveaux services, c'est le cas par exemple de l'identification électronique des animaux, la pesée, le contrôle de l’alimentation, les mesures de la qualité des fourrages... Pour d’autres outils tels que les drones, les lunettes connectées, les robots... des réglages sont en cours. Le travail de transformation de la mesure réalisée par un capteur en une information utile pour l'éleveur est tout aussi important que la fabrication du capteur lui-même. C'est cette phase qui demande du temps et nécessite des essais terrain pour valider les algorithmes.

Sur la question de la gestion des risques, le numérique permet d'être plus précis et transparent, et d'anticiper beaucoup plus. Il ne s’agit pas de supprimer les risques, mais de les contrôler et de choisir une stratégie. C'est l'exemple de l'assurance prairie, lancée en 2015, qui s'appuie sur les images satellite. De même, pour le financement et la commercialisation, le numérique permet de toucher plus directement les citoyens et les consommateurs via des sites de financement participatif ou de vente en ligne.

Les big data, volume, variété, vélocité

Grâce aux informations renseignées par les éleveurs dans les logiciels de gestion de l’exploitation, mais aussi aux données transmises directement par les capteurs, robots, outils de précision de travail du sol… d'importants volumes de données sont générés par les élevages. C'est ce qu'on appelle les big data. Elles représentent une masse d'information phénoménale qu’il est impossible de traiter avec une feuille de calcul classique. Elles sont souvent définies par les trois V : volume, variété et vélocité. Pour le volume, c’est assez évident. L'aspect variété est lié à la diversité du type de données, d'un capteur à l'autre. L’objectif est de les combiner. Enfin, sur la vélocité, il faut développer des solutions pour traiter ces données alors que les capteurs transmettent en continu. Le big data a un intérêt s'il est valorisé et permet de proposer de nouveaux services et d'apporter des informations utiles dans le pilotage de l'exploitation.

Une base de donnée agricole gérée par les agriculteurs

Plusieurs voix s'élèvent en faveur de la création d’une base de donnée commune de l’agriculture, gérée par les agriculteurs. "Il faut garder la main sur ces données, tout en exploitant tout leur potentiel pour faire progresser les performances économiques, techniques et environnementales", explique Hervé PIllaud.

En France, les Instituts techniques ont montré la voie pour la mutualisation des données collectées, avec la création début 2016 de la plateforme Api-Agro. Elle expose des jeux de données et des fonctions de calcul de la majorité des instituts techniques et de partenaires de la recherche et développement. La création d'une plateforme de données agricoles a été confiée à Jean-Marc Bournigal, par ailleurs président de l'Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture). L’enjeu, souligné notamment par le rapport Agriculture Innovation 2025, est d’exploiter au maximum les multiples données du monde agricole (données publiques, des entreprises, des agriculteurs) pour développer des services innovants et des solutions techniques à destination des agriculteurs. Un plan d’actions doit être présenté en juin.

Autre exemple, aux États-Unis, où une organisation s'est créée autour du syndicat agricole majoritaire dans le but de créer une plateforme de données agricoles. Cette coalition, nommée Agriculture data coalition (ADC), regroupe plusieurs universités américaines et des entreprises du secteur agricole, dont les constructeurs Agco et CNH. Son objectif est de créer un dépôt de données où les agriculteurs peuvent superviser et stocker en toute sécurité l'information collectée par leurs tracteurs, leurs moissonneuses, leurs drones et autres outils connectés. Les USA ont également déjà expérimenté la rédaction d'une charte d'utilisation des données.

Certes, certains éleveurs resteront très performants sans le numérique. Mais c'est un outil qui apporte de vraies solutions d'améliorations des performances, au service de l'éleveur et de ses choix stratégique. Reste à créer une interface qui rassemble et croise l'ensemble des informations collectées par les outils numériques sur l'exploitation.

- © GoodLuz/123RF.com

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Bovins Viande de juin 2016. RBV n°238, p. 18 à 27.

Au sommaire :

. p. 22 - De nouveaux outils de gestion du pâturage - Herbomètre connecté, drone, satellite.

. p. 24 - " Mieux détecter les chaleurs et inséminer au bon moment ". Jonathan et Pascal Elie.

. p. 25 - " J'ai l'esprit tranquille avec le détecteur de vélage ". Thierry Roy.

. p. 26 - Des lunettes connectées pour garder les mains libres. Testées aux Etablières, en Vendée.

. p. 27 - Les thermobolus cherchent leur voie de développement. Détection de l'hyperthermie.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Bovins Viande se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L’actualité en direct
www.la-viande.fr

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui