Réussir bovins viande 19 juin 2018 à 08h00 | Par J. Commandeur

Jacques Crozilhac, un éleveur guadeloupéen atypique

En Guadeloupe, où l'élevage est familial et sert le plus souvent de complément de revenu, Jacques Crozilhac peut faire office d'exception. Il est sélectionneur de bovin créole, mais aussi multiplicateur porcin.

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Installé au nord de Basse-Terre, à Sainte-Rose, Jacques Crozilhac est un éleveur atypique, et aussi le président de la coopérative Cooporg (850 t de porc par an) et de Sélection créole, l'organisme de sélection du bovin créole.

Il élève vaches, cochons et poulets... sur 15 ha. Les 45 vaches créoles sur conduites sur deux parcelles. Dans deux stabulations, les bovins sont affouragés en vert toute l'année et complémenté avec un concentré à base de luzerne. Les 3 000 volailles de chair de type fermier de 40-49 jours sont logées dans deux poulaillers de 400 m², et il élève aussi 49 truies, quelques caprins et ovins... Très équipé, Jacques Crozilhac est la preuve que professionnaliser l'élevage en Guadeloupe est possible.

« Lorsque je me suis installé en 2006, l'exploitation était toute en canne. Pour aller chercher de la valorisation, dès 2007, j'ai pris la décision de passer en tout élevage avec l'installation d'un poulailler et de la bergerie pour les caprins et ovins. En 2008, il y a eu la porcherie, puis en 2015, les bâtiments d'engraissement pour bovins et de stockage de matériel. Cette diversité est une nécessité pour sécuriser le revenu. »

La gestation des vaches a lieu en pâturage, puis en bâtiment pour le contrôle juste avant la mise-bas. Les veaux sont sevrés à sept-huit mois, puis engraissés pendant douze mois. Les animaux sont vendus à 24 mois, finis, à la coopérative Le Moule, « à 250-300 EUR ».

Le bovin créole de Guadeloupe tire ses origines de bovins ibériques et de métissages pendant la période de la colonisation (Afrique de l'Ouest, colonies anglaises, espagnoles d'Amérique et de la Caraïbe, de taurins européens et dans une moindre mesure de zébus indiens). La race se caractérise par sa fameuse bosse en position cervico-thoracique, une longue queue à toupet ou encore une peau épaisse et des poils ras. La coloration de la robe (du froment clair au brun foncé voir noire) n'est pas un critère déterminant.

Une race rustique officiellement reconnue en 1995

Le bovin créole est une race rustique qui présente de bonnes aptitudes pour l'élevage en zone tropicale, avec un potentiel intéressant pour la production de viande et de bonnes qualités maternelles, des résistances aux tiques et aux maladies qu'elles transmettent. Etudiée depuis trente ans par l'Inra, la race a été reconnue officiellement en 1995 et un programme d'amélioration génétique a été mis en oeuvre, mené par l'organisme agréé Sélection Créole. Selon l'Inra, le bovin créole représente 45 % du cheptel, généralement exploité dans des exploitations de type familial de petite taille.

Jacques Crozilhac est aussi multiplicateur et naisseur/engraisseur porcin. Il croise des mâles Gallia et des femelles Redone (qui ont des gènes chinois) pour donner des Naïma. Les femelles Naïma, réputées pour leurs qualités maternelles (plus douces, pas agressives) sont sélectionnées et vendues à la coopérative Cooporg. « Grace à cette activité de multiplicateur, mon chiffre d'affaires en porcin s'élève à 250 000 EUR. »

« Mon plus gros problème ? La concurrence déloyale sur le marché local, qui est mon unique débouché. Malgré ça je vis bien, j'arrive à rembourser mes prêts, à payer mes charges, les salaires de mes deux salariés et de mon apprenti... J'ai de nombreux projets : j'envisage de me lancer dans l'agrotourisme dans les deux-trois ans, peut-être faire une production de pintades ou organiser des cueillettes à la ferme. Ce n'est pas toujours évident mas je suis heureux. Je ne suis pas un exemple aisément reproductible mais je veux démontrer qu'on peut faire des choses en Guadeloupe avec l'élevage », conclut Jacques Crozilhac.

 

 

 

Trouver une alimentation "locale"

Principal poste de dépense, l'alimentation du bétail en Guadeloupe est problématique. Le foin ? Il est fait sur place mais encore faut-il trouver deux-trois jours secs dans l'année pour le faire sécher. La paille de canne pourrait être une réponse, mais c'est long à mettre en place, et à compléter avec de la mélasse et d'autres protéines. La transformation de l'alimentation animale se fait localement mais les matières premières viennent de métropole (maïs, blé...) ou sont importées pour ce qui concerne le soja.

L'île réfléchit à des solutions "locales" : programmes de recherche à l'Inra ou essais privés. « Quelques producteurs de bananes ont monté une initiative pour l'engraissement porcin mais ça ne peut pas remplacer car c'est plus cher », explique Jacques Crozilhac.

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