Réussir bovins viande 29 janvier 2010 à 14h34 | Par F. d'Alteroche

Implantation de la luzerne - Pas uniquement sur les argilo-calcaires

Avant d’envisager un semis de luzerne, il convient d’abord de se pencher sur les contraintes agronomiques de ses parcelles. PH et hydromophie sont à surveiller de près.

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Pour un semis de fin d'été, l'éventuel labour et la préparation du sol doivent être réalisés dans le laps de temps le plus court possible afin d'éviter les pertes d'humidité.
Pour un semis de fin d'été, l'éventuel labour et la préparation du sol doivent être réalisés dans le laps de temps le plus court possible afin d'éviter les pertes d'humidité. - © S. Leitenberger

Pour mettre en place une luzernière, un bon argilo-calcaire profond est bien entendu l’idéal, mais la luzerne est aussi en mesure de donner de bons résultats dans des parcelles à moindre potentiel. La connaissance du pH est une première chose. A partir de 5,5 on peut envisager cette culture à la seule condition de mettre en oeuvre des mesures correctives visant à faire remonter ce chiffre à plus de 6. Mais c’est seulement à partir d’un pH de 6,2 à 6,5 que cette plante sera véritablement à l’aise. La luzerne exporte 30 kg/ha/an de CaO par tonne de matière sèche récoltée. Hors situation de chaulage de redressement pour un sol acide, il suffira de compenser les 200 à 300 kilos de CaO exportés. Si le pH est supérieur à 6,5, un chaulage d’entretien est suffisant.L’autre donnée agronomique à ne sourtout pas occulter concerne le degré d’hydromophie des sols. « Il faut des terrains qui drainent énormément. L’eau ne doit pas stagner en surface après un épisode pluvieux », souligne Hervé Feugère, responsable production fourragère à la chambre d’agriculture de la Creuse. Les bactéries qui fixent l’azote de l’air et en fournissent ensuite à la luzerne ont besoin d’oxygène. Une luzerne dans un sol au pH neutre mais avec les pieds dans l’eau souffrira davantage qu’une luzerne dans un sol très légèrement acide mais parfaitement sain. « La nature du sous-sol doit aussi permettre à la plante de s’enraciner profondément. Le fait d’avoir un sol caillouteux n’est pas trop limitant à condition que la roche-mère soit suffisamment fissurée pour permettre aux racines de descendre profondément », ajoute Jean-Paul Coutard, responsable de la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou, dans le Maine-et-Loire. Les besoins en eau de la plante sont estimés à 50 mm pour élaborer une tonne de matière sèche par hectare. Certes réputée pour son aptitude à pousser par temps sec, les racines doivent malgré tout pouvoir descendre. Elles peuvent prospecter le sol jusqu’à au moins deux mètres si elles ne rencontrent pas d’obstacles sur leur passage. Si toutes ces conditions sont remplies, il n’y a pas de contre-indications pour l’utiliser en altitude jusqu’à 900 ou 1 000 mètres. « A partir du moment où le pH convient et où le sol est très drainant, il ne faut pas avoir d’oeillères ! », souligne Hervé Feugère. Plaine ou montagne, dans les sols qui n’ont jamais reçu de luzerne ou légèrement acides, il est en revanche toujours souhaitable d’inoculer la semence.

FIN LIT DE SEMENCES

Printemps ou fin d’été, il existe ensuite comme pour les prairies, deux saisons possibles pour semer la luzerne. « L’implantation de printemps est souvent meilleure qu’en fin d’été mais n’assurera alors qu’une demi-production au cours de l’année », explique une brochure du Gnis. Le semis d’été se fera sitôt la culture précédente levée afin de bénéficier de la fraîcheur du sol. Il n’est cependant pas conseillé de semer au-delà du 15 septembre de façon à ce que les jeunes plantules aient atteint le stade de deux ou trois feuilles trifoliées pour affronter l’arrivée des premiers froids. « Dans les Pays de la Loire, l’idéal c’est fin août début septembre. Il n’est pas non plus nécessaire de semer dès la fin juillet juste après la moisson. Si on sème trop tôt, les graines vont lever, mais en août le risque de sècheresse est encore élevé et risque de faire griller les plantes avant l’arrivée des vraies pluies d’automne », estime Jean-Paul Coutard. Les semences de luzerne sont de petite taille (300 à 600 graines/gramme). Il est important de semer en surface à 1 – 2 cm de profondeur maximum sur un sol bien émietté et en évitant les sols creux et les semelles de labour. Les doses préconisées s’échelonnent entre 22 et 28 kilos, et une forte augmentation de la dose lors du semis n’assure pas pour autant la réussite de l’implantation. Mieux vaut privilégier un bon travail du sol pour un beau lit de semences puis un retassement de ce dernier après semis pour faciliter les remontées d’humidité et mettre toutes les chances de son côté. Dans le cas de semis de printemps sous couvert d’une orge, la dose évaluée pour la semence de luzerne est de 25 kg/ha et la densité pour la céréale est de 300 grains/m2. Il est ensuite conseillé de semer les deux cultures le même jour, une fois la période de grand froid terminée. Si la céréale doit être moissonnée, il est impératif de ramasser la paille très rapidement après la récolte, car elle peut étouffer les jeunes plantules de luzerne. Si elle est semée en mélange avec d’autres espèces fourragères, la dose est à affiner suivant ce qui se pratique habituellement dans la région. « Dans la Creuse, un mélange qui marche bien est 15 kilos de luzerne associés à 3 kg de trèfle violet complétés par 10 kilos de dactyle ou de fétuque », souligne Hervé Feugère.

 

Fertilisation

Gourmande en potasse

Certes, la luzerne ne nécessite pas de fertilisation particulière en azote pour pousser. Elle est en revanche exigeante en potasse. Si la luzernière est fauchée quatre fois par an, les exportations sont de l’ordre de 25 kg de K2O/tonne de matière sèche récoltée. Le niveau des apports doit donc être de l’ordre de 250 à 300 unités par an. Sur des fermes d’élevage, il faut d’abord travailler avec les fumures animales. Le fumier ou le compost ne doit pas être épandu en période végétative mais l’hiver et seulement si le sol est très portant. La luzerne déteste être matraquée en conditions trop humides. Pour bien compenser les exportations de potassium, Hervé Feugère conseille aussi un apport systématique de 80 unités de potasse par hectare juste après la première coupe pour optimiser les suivantes. « Il est souhaitable de raisonner la fertilisation potassique sous forme de chlorure de potassium presque de la même façon qu’une fertilisation azotée sur une prairie de graminées ! »

 

Avis d'expert : Jean-Paul Coutard, responsable technique de la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou, dans le Maine-et-Loire

Le semis sous couvert d'avoine

« Dans le cas du semis de printemps sous le couvert d’une céréale semée à faible densité, je préfère utiliser de l’avoine à de l’orge car avec cette dernière il faut attendre la moisson pour donner de la lumière à la luzerne. En effet, il n’est pas conseillé de faire du foin d’orge fauché en vert à cause des barbes de l’épi. Avec de l’avoine semée à 70-80 kilos par hectare si on juge que la céréale concurrence trop la luzerne en pleine période de végétation, il est possible de la faucher au stade laiteux pâteux sans attendre la maturation des grains. Cela permet d’obtenir un foin qui équivaut à peu près à celui récolté sur une prairie naturelle. De cette façon il est possible de donner de la lumière aux jeunes plantules de luzerne plus tôt que si elles avaient dû attendre que l’avoine arrive à maturité pour être moissonnée. »

 

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