Réussir bovins viande 26 avril 2002 à 09h50 | Par F. A.

Gestion du pâturage - Le plein air ne pénalise pas la pousse de l´herbe

Au Gaec Martinot dans la Creuse, les vaches charolaises et les brebis Texel passent tout l´hiver au grand air. Et cela n´empêche pas l´herbe de pousser drue.

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Je suis un adepte du plein air, mais il s´agit de plein air raisonné », prévient Michel Martinot éleveur en Gaec avec sa femme et son fils à Néoux dans la Creuse. Il n´est donc pas question d´avoir des prairies totalement défoncées par le piétinement et ensuite de manquer d´herbe. Il suffit d´ailleurs d´observer les parcelles pour voir que la couverture herbacée ne semble pas pâtir outre-mesure des allées et venues hivernales des différents lots de Charolaises. « Mon père avait commencé à opter pour ce mode de conduite en 1958 et cette pratique s´est depuis généralisée à l´ensemble du troupeau. » Même les génisses de l´année passent tout l´hiver au grand air. 80 % des vêlages ont lieu entre le 10 novembre et le 25 décembre. Le choix de cette période correspond à la volonté d´avoir des veaux déjà un peu aguerris pour affronter les bourrasques de janvier et février tout en ayant des broutards bons à vendre de bonne heure. Mais c´est aussi pour ne pas cumuler simultanément vêlages et agnelages, puisque ces derniers démarrent fin février.
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Le nourrisseur des veaux se prolonge par un abri sommairement paillé
placé près de l´habituel lieu de couchage des mères et à l´abri du vent dominant.
Les vaches prêtes à vêler sont rentrées pour faciliter la surveillance et les éventuelles interventions, mais ressortent aussitôt après la mise-bas, dès que tout va bien. « Chez nous, une vache ne reste en moyenne que trois à quatre jours par an en bâtiment. » En fonction du sexe et de l´âge de leur veau et de critères génétiques liés à la mise à la reproduction, elles sont progressivement regroupées en six ou sept lots d´une quinzaine de vaches suitées.
130 des 164 hectares seront utilisés durant l´hivernage
« C´est le maximum, compte tenu de la taille moyenne de nos parcelles. » Elles gagnent alors des parcelles plus éloignées du siège de l´exploitation où elles passeront les derniers mois d´hiver qui précédent la « mise à l´herbe » à proprement parler. Les deux générations de génisses, elles-mêmes subdivisées en quatre lots sont rassemblées sur une autre ferme, située à neuf kilomètres de la maison d´habitation. Les lots sont recomposés à plusieurs reprises dans l´année. Ces opérations sont facilitées par l´existence de trois parcs de triage et contention fixes judicieusement répartis sur le parcellaire. Toutes les vaches sont écornées à 30 mois pour diminuer les risques en cas d´affrontement et atténuer les effets de dominance.
« Chaque lot d´animaux va successivement utiliser trois parcelles au cours de l´hivernage et 130 des 164 hectares de l´exploitation seront à un moment ou à un autre utilisés au cours de cette période. »
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Pour la distribution des fourrages
la règle de base appliquée est « plus de tas que de vaches dans un même lot. »
La plupart des parcelles font de trois à six hectares et sont bordées de grosses haies ou de bandes boisées. Les animaux n´ont cependant pas accès à l´intérieur de ces bosquets. La complémentation fourragère qui avait démarré courant novembre a lieu une fois par jour, le matin. Qu´il s´agisse de foin ou d´enrubannage, les fourrages sont distribués à l´aide d´une dérouleuse, en confectionnant une vingtaine de petits tas alignés sur une bonne centaine de mètres. « Il est essentiel de faire davantage de tas que le nombre de vaches pour que chacune ait sa part », argumente Michel Martinot.
L´importance de la qualité de l´eau de boisson
Avec ce système de tas il y a également beaucoup moins de gaspillage comparativement au fait de dérouler la botte sur une longue bande. Cela accroîtrait les risques de piétinement du fourrage au sol. La ration est de 10 à 12 kilos de matière sèche avant vêlage. Elle passe à 15 kilos après vêlage et est légèrement accrue en cas de fortes intempéries.
Pour limiter au maximum le piétinement localisé de la prairie et donc ne pas compromettre sa vigueur de redémarrage au printemps, le fourrage n´est jamais distribué exactement au même endroit d´un jour sur l´autre. La ligne de distribution est décalée de quelques mètres chaque jour en veillant à utiliser les parties les moins portantes de la pâture lorsque la météo a été clémente pendant quelques jours. Les zones les plus saines sont utilisées au moment des épisodes pluvieux ou neigeux. A noter que de nombreuses parcelles ont été drainées et que la plupart des mouillères restantes ont été clôturées.
Une grande importance est par ailleurs accordée à la qualité de l´eau de boisson, d´où la mise en place de plusieurs abreuvoirs. Autre adaptation de bon sens aux conditions climatiques, les jours de grand vent, la ration est principalement composée d´enrubannage, puisque plus pesant, ce fourrage aura moins tendance à s´éparpiller que le foin. Mais en veillant à adapter la dose de foin ou d´enrubannage aux besoins, les quantités de fourrage gaspillées sont jugées négligeables.
Rarement plus de quinze jours sur la même parcelle
Une fois leur ration ingérée, en dehors des périodes de rumination, les vaches passent une partie de leur journée, mufle au sol, à traquer les derniers brins d´herbe de l´automne et les premières repousses. Mais il est alors bien délicat d´estimer quelle peut être la quantité de matière sèche qu´elles arrivent à prélever.
Après avoir utilisé les trois parcelles d´hivernage, la mise à l´herbe à proprement parler a lieu dans la seconde quinzaine d´avril. Toutes les prairies destinées à la fauche qui n´ont pas été utilisées en hiver sont d´abord déprimées. Les lots d´animaux réutilisent ensuite les parcelles occupées en début d´hiver. Suivant la superficie de chaque pâture, les lots tournent alors rapidement. Ils restent rarement plus de quinze jours sur la même parcelle.
EN BREF
 164 hectares de SAU entièrement consacrés aux prairies naturelles et situées à une moyenne de 600 mètres d´altitude sur sols granitiques.
 110 vaches charolaises destinées à une production de broutards avec 20 % de renouvellement.
 170 brebis à dominante Texel pour une production d´agneaux d´herbe.
 Des stocks fourragers récoltés sur environ 60 ha et composés pour les 2/3 de foin et 1/3 d´enrubannage.
©F.A.

Cette herse « maison » permet de passer sur les parcelles caillouteuses
sans se préoccuper des rochers qui affleurent.
Fertilisation : engrais complet et chaulage
Les parcelles pâturées reçoivent habituellement 300 kg/ha/an d´un engrais complet de formule 14-8-20 et celles destinées à la fauche, 350 kg de ce même fertilisant. De plus, malgré l´impasse de l´an dernier, crise oblige, environ un tiers des surfaces est chaulé tous les trois ans à raison de 800 kg/ha. Ce qui permet d´avoir des pH oscillant autour de 6 malgré le sous-sol granitique.
Entretien des prairies : de fréquents hersages
Toutes les parcelles bénéficient chaque hiver d´au moins deux coups de herse, parfois trois. Celles utilisées pour l´hivernage sont hersées au moment où les animaux quittent la parcelle sur systématiquement toute leur surface. « On attend que la météo soit favorable. Pas de gel, ni de sols détrempés. » Pour effectuer cette opération, deux outils sont utilisés. D´un côté une herse étrille métallique réservée aux parcelles les plus planes et notamment les prairies de fauche. De l´autre une « herse maison » destinée aux pâtures au relief parfois très inégal et surtout où le granit affleure. Il s´agit donc d´un outil indestructible composé de trois vieux pneus arrières de tracteur solidement fixés entre eux et reliés au point d´attache du tracteur par une simple chaîne. L´ensemble est certainement moins efficace qu´une herse métallique mais permet de passer partout à bonne allure sans avoir à ce soucier d´éventuels cailloux qui pourraient accrocher.

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