Réussir bovins viande 02 avril 2001 à 16h40 | Par François d´Alteroche

Gasconne : la traque du gène culard

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S´ils peuvent constituer un avantage sur le plan commercial, les excès de conformation ne sont pas compatibles avec de bonnes qualités d´élevage. Pour éviter de multiplier le nombre de naissances d´animaux de type culard, la race Gasconne a entrepris de détecter quels étaient les animaux porteurs de ce gène pour dans un premier temps contenir sa diffusion au sein de la population et ensuite chercher à l´éradiquer.

L ´obtention d´animaux possédant d´excellentes qualités maternelles constitue l´une des priorités de sélection des éleveurs de Gasconne. Cet objectif doit s´accompagner d´un minimum de conformation pour ne pas avoir trop de handicaps sur le plan commercial, mais sans pour autant tomber dans des excès qui pénaliseraient les facilités de vêlage. Avec 97 % de vêlages "faciles ou faciles avec aide", la race n´est pas encore vraiment concernée par ces problèmes, mais il est bon de les anticiper.
Or depuis l´infusion très ponctuelle d´un peu de sang piémontais (race italienne à très forte conformation possédant comme la Gasconne une robe grise et des muqueuses sombres) voici une quarantaine d´années, un certain nombre d´animaux de la race ont hérité du gène culard. Cela se traduit par la naissance de veaux à forte conformation. Sans forcément avoir en tout point la morphologie extrême des veaux de type blanc bleu très formés, ils sont nettement plus musclés que la moyenne. "Ces veaux sont très rebondis. Leur peau très fine laisse apparaître des sillons qui délimitent parfaitement chaque muscle. Cette hypertrophie musculaire s´accompagne parfois d´une malformation de la langue et d´une insuffisance cardiaque. De plus un veau culard présente des os très fins", explique l´Upra Gasconne. A côté de la plus forte probabilité d´avoir des difficultés au moment du vêlage, ces veaux ont ensuite souvent des problèmes d´aplombs et l´hypertrophie de leur langue fait qu´ils peinent généralement à téter.

Des animaux de ce type ne sont donc pas vraiment compatibles avec les conditions actuelles d´utilisation de la race avec notamment des vêlages centrés sur une courte période associés à la pratique de l´estive en grands troupeaux. Le gène culard n´est donc pas une caractéristique à rechercher. Or jusqu´à présent, il n´était pas possible sur simple appréciation visuelle des animaux de savoir lesquels étaient porteurs de ce gène.
mh/mh, mh/+ ou +/+
En effet, le caractère culard résulte de la mutation d´un gène situé sur le chromosome 2 des bovins. Le gène responsable de ce caractère est le gène dit "mh". Mais pour qu´un animal extériorise le caractère culard, ce gène "mh" doit être présent sur les deux chromosomes 2 du bovin concerné. On aura alors un animal mh/mh. Si un animal n´a ce gène mh que sur l´un de ses chromosomes 2 et que sur l´autre, le gène est normal, l´animal est alors dit mh/+. Il présentera une morphologie "normale" avec un développement musculaire souvent un peu plus important sans pour autant tomber dans des excès, mais il sera surtout susceptible de transmettre son gène mh à ses descendants. Enfin si l´animal n´est pas porteur du gène mh, il est bien entendu là aussi normal et sera +/+ pour les gènes qui gouvernent ce caractère et il ne transmettra pas le gène mh à ses descendants puisqu´il ne le possède pas dans son patrimoine génétique.
Au moment de la formation des spermatozoïdes et des ovules, les gènes vont se séparer de façon aléatoire. Qu´il soit mâle ou femelle, un animal mh/mh aura 100 % de ses cellules sexuelles (ovules ou spermatozoïdes) qui seront porteur du gène mh. De même, un animal +/+ aura 100 % de ses cellules sexuelles qui ne porteront pas le gène mh. Enfin s´il s´agit d´un animal mh/+ qui n´est que porteur, la moitié de ses cellules sexuelles porteront le gène mh et l´autre moitié porteront le gène +.
A partir de là, au moment de la fécondation plusieurs cas de figure sont à envisager (voir schéma) suivant le patrimoine génétique des deux parents. Si les deux géniteurs sont de morphologie normale car +/+, la descendance sera comme les deux parents +/+. Mais même s´ils étaient d´apparence normale, deux animaux peuvent très bien engendrer des veaux culards dès l´instant qu´ils étaient tous les deux porteurs du gène mh (voir schémas).
Grâce aux progrès de la génétique moléculaire, il est désormais possible de savoir si un animal est porteur ou non du gène culard grâce à un simple prélèvement sanguin qui est ensuite envoyé au laboratoire Labogena pour analyse. Mais maintenant que l´on connaît le mode de transmission du gène mh, l´Upra Gasconne en a déduit quelques conseils pratiques à l´attention des éleveurs. A partir des caractéristiques de la descendance de tel ou tel reproducteur et du fait qu´il produit ou ne produit pas des animaux de type culard on peut parfois savoir s´il est porteur du gène mh sans même procéder aux analyses sanguines de typage moléculaire.
Si une vache a déjà donné naissance à un veau de type culard, "cela veut dire qu´elle est sans aucun doute porteuse du gène mh, tout comme le taureau qui l´a fécondée. Ce n´est alors pas la peine de réaliser un typage, elle est mh/+." Si un taureau engendre une forte proportion de veaux culards, "cela veut dire que lui aussi est porteur du gène. Mais pour faire un veau culard, il faut être deux ! Cela signifie donc que beaucoup des vaches du troupeau sont elles aussi porteuses du gène mh." Enfin si un éleveur estime qu´il a un bon taureau car il ne fait jamais de culards, attention ! "Cela ne veut pas forcément dire qu´il n´est pas porteur du gène, même si c´est fortement possible. En effet si la majorité des vaches du troupeau ne sont pas porteuses, il y a peu de chance (ou de malchance !) pour que naisse un veau culard."
Maintenant que l´on a les moyens de détecter quels sont les reproducteurs porteurs de ce gène, les objectifs ne sont pas d´éliminer systématiquement du jour au lendemain tous ces animaux. Dans un premier temps, l´idée est davantage de s´orienter vers une maîtrise raisonnée de la progression de ce gène au sein de la population gasconne pour ensuite diminuer le nombre d´animaux porteurs. Ce travail passe par un typage génétique des animaux en écartant progressivement de la reproduction ceux qui se révèlent porteurs du gène mh. ..... suite de l´article dans Réussir Bovins/Viande - Décembre 2000 - Nº 67


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