Réussir bovins viande 11 janvier 2008 à 15h08 | Par Sophie Bourgeois

Fertilisation organique - Les engrais de ferme font évoluer la flore des prairies

La flore des prairies évolue différemment selon le type d´effluents organiques qui y est épandu. Le groupe compost du Massif central (1) dispose de résultats récents sur ce point.

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Outre l´apport d´éléments fertilisants, les engrais de ferme enrichissent le sol en matière organique. Le groupe « compost » du Massif central a mesuré leur effet en suivant la composition floristique sur des sites expérimentaux selon qu´ils étaient fertilisés avec de l´azote minéral, du fumier, du lisier ou du compost. Au bout de trois ans et sur onze sites expérimentaux, des effets relativement importants apparaissent. « Nous avons observé que le compost permet de réduire le salissement des prairies et de maintenir un bon taux de légumineuses », rapporte Stéphane Violleau de la chambre d´agriculture du Puy-de-Dôme.

Le témoin ne recevant aucune fertilisation reste bien pourvu en légumineuses et moyennement envahi par des plantes diverses non graminées. Par contre, les parcelles ayant reçu une fertilisation uniquement minérale se retrouvent les moins bien pourvues en légumineuses, sans que leur salissement ne soit accentué. « Les parcelles recevant du fumier présentent des résultats intermédiaires avec un peu moins de légumineuses que le témoin mais un salissement maîtrisé. Le lisier par contre est l´engrais de ferme le moins propice à l´évolution de la valeur fourragère de la prairie avec une baisse assez forte de l´importance des légumineuses et une nette augmentation de la présence de plantes diverses. »
Le compost permet de réduire le salissement des prairies et de maintenir un bon taux de légumineuses. ©S. Grente

Des valeurs fertilisantes plus faibles que prévu
Le groupe compost du Massif central a d´autre part mis en évidence la forte variabilité des teneurs en azote, phosphore et potassium des effluents selon les sites expérimentaux et les années. Ces valeurs peuvent varier du simple au double. D´autre part, les valeurs fertilisantes relevées sont inférieures de 10 à 20 % aux normes généralement employées. « Cet écart peut s´expliquer par la prédominance de systèmes d´alimentation à base d´herbe et utilisant peu de concentrés dans notre réseau d´essais », estime Stéphane Violleau. Sur tous les sites et tous les ans, les rendements les plus faibles ont été obtenus sur les parcelles témoin, ne recevant aucune fertilisation et les rendements les plus élevés avec la fertilisation minérale. Fumiers, lisiers et composts ont donné des rendements intermédiaires. Le groupe compost du Massif central a vérifié que le lisier avait un effet significatif dès la première année sur le rendement, effet qui évolue peu par la suite. « Le compost et le fumier ont des effets plus faibles la première année, mais ceux-ci augmentent avec le temps pour se rapprocher de ceux du lisier. »
Le groupe a aussi observé que les rendements obtenus avec les fortes doses de matières organiques correspondant à 130 N restent toujours inférieurs à ceux obtenus avec la fertilisation uniquement sous forme minérale qui correspond à 120 K, 60 P, et 60 N d´azote pour la première coupe puis 30 N pour chaque coupe supplémentaire.
Ces essais ont aussi permis de vérifier en suivant les indices de nutrition de l´herbe que la fertilisation organique seule, sur tous les sites expérimentaux et que ce soit pour le fumier, le lisier ou le compost, couvre les besoins en P et K des prairies. Mais les engrais de ferme ne suffisent pas, même à forte dose, à couvrir les besoins en azote de la prairie. Afin d´optimiser l´utilisation des engrais de ferme, il convient donc dans un premier temps d´ajuster la dose de fumier, lisier ou compost pour qu´elle couvre les besoins en phosphore et potasse de la prairie. Puis dans un second temps, l´apport d´azote minéral est défini en fonction de l´objectif de rendement que l´on vise pour la prairie. « Il vaut mieux privilégier des apports organiques modérés mais annuels, plutôt que des apports massifs mais éloignés dans le temps », estime Stéphane Violleau.

La meilleure valorisation agronomique des engrais de ferme se fait par un épandage intervenant le plus tard possible en fin d´hiver, mais avant le démarrage de la végétation. « Pour des raisons d´organisation, de portance, de niveau de décomposition du fumier. l´épandage peut être avancé. »
Sur prairie, le fumier décomposé peut être apporté à l´automne. Le compost peut pour sa part être épandu à tout moment de l´année, car il se décompose facilement et contient beaucoup moins de graines de mauvaises herbes que le fumier. Par contre le lisier est à réserver aux apports de fin d´hiver ou début de printemps, juste avant le démarrage de printemps.
Stéphane Violleau. « Le compost et le fumier ont des effets plus faibles la première année, mais ceux-ci augmentent avec le temps pour se rapprocher de ceux du lisier. » ©F. d´Alteroche

(1) Le groupe regroupe 11 chambres d´agriculture et l´Enita de Clermont-Ferrand depuis 2004.
Avec une quinzaine de sites expérimentaux, le groupe travaille à l´acquisition de références sur l´intérêt agronomique des effluents d´élevage compostés ou non pour la fertilisation des prairies et sur la régénération des prairies.

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