Réussir bovins viande 10 novembre 2008 à 11h59 | Par S.Bourgeois

Energie éolienne - Le "petit éolien" est taillé pour les exploitations

Une « petite » éolienne installée sur la ferme est fort sympathique. En plus d’ici deux ans, donc très bientôt, les conditions devraient être réunies pour que la filière gagne en rentabilité et en fiabilité.

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Les éoliennes entre 10 et 36 kilowatts représentent un investissement d'en moyenne 2500 à 3000 euros par kilowatt installé.
Les éoliennes entre 10 et 36 kilowatts représentent un investissement d'en moyenne 2500 à 3000 euros par kilowatt installé. - © Pôle Energie 11

A côté des grandes éoliennes qui ont une puissance allant de un à quelques mégawatts et sont perchées à quatre-vingt mètres de haut, il existe près d’une cinquantaine de modèles de petites éoliennes, dont la puissance ne dépasse pas 36 kilowatts et qui culminent entre dix et trente-cinq mètres de haut. Pour les premières, l’investissement est énorme : comptez 1,5 million d’euros par mégawatt (MW) installé, sachant que la tendance actuelle est de construire des parcs de 20 à 30 MW. C’est un projet qui reste éventuellement abordable pour un groupe d’éleveurs, mais bien souvent, le complément de revenu dégagé par la location de terres pour l’implantation des éoliennes sera préféré. Par contre, pour les secondes, qui composent le « petit éolien », l’investissement est à la taille de ce qu’une exploitation agricole a les moyens et l’habitude d’engager : il est très variable selon le modèle d’éolienne et la configuration du site, mais s’élève entre 40000 à 80000 euros en général pour le matériel choisi par les agriculteurs (entre 10 et 36 kilowatts). Le petit éolien est aussi adapté à l’échelle de l’exploitation sur le plan de l’intégration paysagère. « Les mâts haubanés ont un impact visuel nul à l’échelle du grand paysage, et moyen à faible distance », estime Xavier Phan, chargé de mission « petit éolien » du CAUE de l’Aude. Les mâts autoportés sont plus voyants.

Un contexte plus favorable à partir de 2010

Cependant les petites éoliennes sont presque toujours implantées à proximité, au maximum à quelques centaines de mètres de bâtiments de l’exploitation (pour limiter les coûts de transport de l’électricité jusqu’au transformateur) et elles s’accordent plutôt bien avec les toitures agricoles. Pour l’instant, le petit éolien n’a pourtant pas la cote. « Avant la mise en place des ZDE en juillet 2007, on pouvait viser un retour sur investissement de quinze ans », commente Hubert Guérault, chargé de mission économies et productions d’énergie à la chambre d’agriculture de Seine-Maritime. "Aujourd’hui il est en général plutôt de trente ans. » Les ZDE sont les zones de développement de l’éolien qui visent à empêcher le « mitage » du territoire par des projets éoliens. Elles sont définies à l’initiative des communes, mesurent en général quelques hectares et doivent respecter une fourchette de puissance. EDF a l’obligation de racheter l’électricité produite par les aérogénératrices situées en ZDE. Le petit éolien a la possibilité de souscrire un contrat « petite installation » au prix de rachat égal au prix de vente EDF, selon l’abonnement du client. Ce prix est donc évolutif dans le temps et valable pour 15 ans. Hors ZDE, les producteurs peuvent vendre leur électricité sur le marché libre de l’électricité, de gré à gré, mais il peut être très difficile de trouver un acheteur pour les gouttes d’eau quereprésentent la production d’une petite éolienne dans l’immensité du marché européen de l’électricité. Il existe des opérateurs spécialisés dans l’énergie verte (Poweo…), et la coopérative Enercoop. France Eoliennes, installateur d’éoliennes pour particuliers et exploitants agricoles est aussi habilité pour racheter l’électricité de ses clients et la revendre en gros au RTE (réseau de transport de l’électricité). « Nous la rachetons au prix où nous la revendons, actuellement 5 centimes d’euro par kWh », explique Gaëlle Le Guennec, responsable commerciale pour la Bretagne chez France Eoliennes. D’autres solutions restent peut-être encore à inventer. « Il est ressorti d’une formation organisée par la chambre d’agriculture que pour se placer sur le marché libre de l’électricité, un groupe de producteurs d’énergie aurait intérêt à s’associer à un groupe d’utilisateurs de cette énergie avant d’aller démarcher », raconte Hubert Guérault. Le Grenelle de l’environnement propose de sortir le petit éolien des ZDE, ce qui pourrait débrider son développement. Ceci pourrait permettre à nouveau l’obligation de rachat par EDF. « Il est écrit qu’à partir de 2010, l’Etat ne contrôlera plus les tarifs d’EDF, et le prix du kilowattheure augmentera inévitablement. L’intérêt du petit éolien en sera ainsi renforçé. D’autre part, la mise en place d’une subvention sur le kWh éolien revendu, telle celle qui est en place pour le photovoltaïque, est fort probable », selon Gaëlle Le Guennec de France Eoliennes. Elle n’atteindra certainement pas la même valeur que celle du kWh photovoltaïque mais devrait permettre la rentabilité économique des installations.

Connaitre le gisement de vent

Bien sûr certaines régions ont plus de potentiel que d’autres, les plus gâtées étant la Camargue et l’Aude, ainsi qu’une large bande le long des côtes de la Manche et la Bretagne. Mais le vent est très local et il n’est pas incohérent de se poser la question de l’intérêt d’une éolienne où que l’on soit en France. « Il s’agit de choisir du matériel adapté au gisement. » Pour connaître le potentiel d’un site de grandes éoliennes, des études très coûteuses et très longues, sur plus d’une année, sont réalisées. « C’est trop onéreux par rapport à l’investissement que représente un projet de 36 kW. Par contre, nous sommes convaincus qu’il faut faire une étude du gisement avant de démarrer. Faire poser un mât de mesure par des professionnels de l’éolien, pendant trois mois et extrapoler les résultats avec une marge d’erreur connue et raisonnable nous semble le bon compromis. Nous pouvons accepter une marge d’erreur plus importante que les projets de grand éolien », explique Hubert Guérault. Où que l’on soit, plus l’éolienne est haute, plus le vent est fort et moins les turbulences sont importantes, donc plus le potentiel de production est important. Pour installer une éolienne de plus de douze mètres, il faut un permis de construire qui bien souvent n’est pas facile à obtenir (il faut aussi faire une notice d’impact). « Mais en dessous de douze mètres de hauteur, la production ne pourra pas être importante », estime Hubert Guérault, de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime. Si une éolienne est censée vivre entre vingt et trente ans, il faut savoir que l’onduleur sera à changer au bout d’une dizaine d’années. « Une inspection préventive tous les ans est conseillée. Quel que soit le type de machine, il est utile de nettoyer les pales, de vérifier rapidement que les différents éléments sont en bon état », estime Xavier Phan du CAUE de l’Aude. A ce titre, les mats haubanés basculants, qui ne nécessitent pas de grue pour faire la maintenance, sont intéressants.

La réinjection dans le réseau plutôt que la consommation

Il faut pour des raisons de coût choisir à l’installation entre la réinjection réseau ou le stockage sur batteries. « Le stockage sur batteries pour une utilisation personnelle de l’électricité produite est intéressant pour de petits besoins, correspondants à la production d’une éolienne allant jusqu’à 10 kW. Au-delà, il est plus intéressant de travailler en réinjection dans le réseau », estime Gaëlle Le Guennec de France Eoliennes. En effet, pour stocker la production d’une éolienne de 3 kW, les batteries représentent déjà le volume d’une grosse armoire, pour stocker pendant seulement deux à trois jours. Il faut donc pouvoir gérer sa consommation d’électricité. Le stockage sur batteries est par contre toujours intéressant pour les sites isolés, non raccordés au réseau EDF. « Si on est raccordé au réseau EDF, il est dans tous les cas plus intéressant de travailler en réinjection », estime Mathilde Schryve, de la chambre d’agriculture de l’Oise. « D’ici quatre à cinq ans, il existera cependant sur le marché des batteries plus performantes, plus abordables et plus propres - au sens recyclables de façon plus satisfaisante », selon Gaëlle Le Guennec. Le secteur bénéficie sur cet aspect de l’énorme effort de recherche fait pour les voitures électriques.

Un projet collectif de petites éoliennes dans l’Oise

Depuis le début de l’année un groupe d’agriculteurs de l’Oise s’est constitué autour du projet de l’installation de petites éoliennes « L’idée est de réfléchir au projet à plusieurs, ce qui permet de se rassurer, de faciliter les démarches et surtout d’améliorer sa rentabilité. En constituant un groupe d’achat, nous espérons obtenir des tarifs intéressants sur le matériel et nous envisageons de créer une société ou une coopérative pour la gestion des éoliennes », explique Mathilde Schryve de la chambre d’agriculture de l’Oise. Une étude de gisement sera faite par un professionnel, avec un mât de mesure pendant trois mois sur chaque site. Ensuite, seront entamées les démarches de demande de permis de construire. Le choix s’est porté sur des éoliennes de 20 kW, qui seraient installées entre 25 et 30 mètres de haut, dont le prix public est de 80 000 euros.

Une quinzaine d’agriculteurs sont partants, ils pourraient être plus nombreux à terme. « Les agriculteurs ne s’engageront que si le projet est rentable, ce qui n’est possible que si nous arrivons à obtenir des tarifs pour le matériel, des subventions, et de bonnes conditions de rachat de l’électricité. » L’objectif est de descendre à un retour sur investissement de moins de dix ans, en visant sept à huit ans. Le projet pourrait aboutir à la production d’environ 600000 kWh/an en tablant sur un vent moyen de 5 mètres par seconde. « Il demeure une grande incertitude sur le gisement et sur la façon dont le matériel le valorise », insiste Mathilde Schryve.

Avis d'expert

Xavier Phan chargé de mission au CAUE(1) de l’Aude : « Nous manquons de recul sur la qualité du matériel » 

« Aujourd’hui, l’équipement est fabriqué de façon artisanale étant donné l’étroitesse du marché. Le secteur commence seulement à décoller. Le savoir-faire est là, mais il faudrait passer à la phase industrielle pour gagner en performance et en fiabilité sur le matériel. Dans l’Aude, il existe déjà la plateforme d’essai du Sepen pour le matériel de moins de 10 kW et une plateforme d’essai à vocation nationale, pour du matériel entre 10 et 36MW de puissance, entrera en activité en 2009. Le travail qui y sera fait visera à aider à l’émergence de cette filière. Cette filière a aussi besoin d’une incitation règlementaire. Le tarif de rachat pour le petit éolien fait pitié ! Les opportunités de vente de l’électricité éolienne ne sont pas à la hauteur de la valeur économique réelle de cette énergie, du fait de son caractère renouvelable et local. L’émergence du petit éolien en France est, et sera due en majeure partie à l’implication du monde agricole. »

(1) Conseil architecture, urbanisme et environnement

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