Réussir bovins viande 16 juin 2004 à 16h25 | Par François d´Alteroche

Elevage bovin - En Haute-Loire, les Montbéliardes cèdent progressivement la place aux Limousines

En 2000, Julien Michel, 26 ans, a repris l´exploitation familiale de ses parents en Haute-Loire. Parti d´un petit quota laitier avec une vingtaine de Montbéliardes, son objectif est d´arriver d´ici deux ans à se spécialiser vers la viande bovine avec un troupeau d´une quarantaine de Limousines.

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« Au moment de mon installation, j´avais envisagé maintenir la spécialisation laitière de l´exploitation familiale » se souvient Julien Michel, actuellement éleveur avec un double troupeau à Cayres sur les plateaux volcaniques du Velay, en Haute-Loire. Mais plusieurs facteurs ont incité ce jeune éleveur à changer son fusil d´épaule et finalement opter pour la mise en place d´un troupeau Limousin. Du fait de démarrer avec un quota laitier bien modeste (82 000 litres) au moment de son installation, il y avait la difficulté à obtenir des droits à produire supplémentaires. Venait ensuite l´impérieuse nécessité d´investir dans un nouveau bâtiment plus coûteux pour des laitières, compte-tenu des équipements nécessaires pour la traite. Entièrement en bois, la nouvelle stabulation construite en 2002 a d´ailleurs été à la fois le principal mais aussi le plus gros investissement faisant suite à l´installation.
A côté de ces aspects financiers, l´astreinte liée au temps de travail, du fait de la corvée de traite biquotidienne, aura été un autre gros facteur pour renoncer au lait, d´autant qu´il s´agissait d´une installation dans le cadre d´une exploitation individuelle.

Julien décide donc de s´orienter vers l´allaitant. Pour ménager une transition en douceur, il choisit cependant de maintenir le cheptel laitier tout au long de la phase de constitution de son troupeau de Limousines. « L´objectif a été que les livraisons de lait continuent de permettre des entrées de trésoreries régulières tant que le cheptel allaitant n´est pas entré en phase de croisière. » Trois ans après l´installation, alors qu´un peu plus de la moitié du cheptel allaitant prévu est désormais en production, les Montbéliardes sont d´ailleurs toujours attachées et traites au pot trayeur dans la vieille étable entravée. « J´ai eu 23 vêlages de Limousine l´automne dernier. Pour la prochaine campagne, je table sur 28 vêlages après rachat de quelques génisses ou vaches pleines. Cependant, l´actuel renchérissement du prix de vente des reproductrices Limousines ne va pas faciliter mes achats. Malgré tout, cet automne, je vais faire ma demande de conversion du quota laitier en droits PMTVA. »

L´arrêt de la traite devrait en principe avoir lieu en fin de campagne laitière. Afin de poursuivre cette transition tout en douceur, Julien n´exclut pas de destiner, de façon là aussi transitoire, quelques-unes de ses Montbéliardes à une production de veaux gras.
©F. d´Alteroche


Génisses achetées principalement dans le Cantal
Une partie du troupeau Limousin a été constitué en pleine période de crise de l´ESB. « On m´a toujours dit que c´était lorsque tout allait mal qu´il fallait investir ! » Les premiers achats destinés à jeter les bases du troupeau datent de 2000, avec ensuite des rachats complémentaires essentiellement en génisses pleines les années suivantes. Pour cela, Julien s´est principalement fourni dans des élevages du Cantal. Dès le départ, la volonté a été d´investir dans des animaux à bon potentiel génétique et à la vue des premiers résultats obtenus, cette option semble avoir été la bonne.
En matière de conduite du troupeau, l´objectif est actuellement d´avoir une production de broutards repoussés à partir de vêlages d´automne. « L´essentiel des naissances ont lieu à l´extérieur de septembre à novembre. C´est un atout sur le plan sanitaire. D´autre part, cela permet d´avoir en pâture des vaches non suitées au moment le plus sec de l´été. Elles sont ainsi plus faciles à maintenir en état. Enfin, cela permet aussi de vendre les broutards à une période en principe favorable en matière de prix. »

Compte-tenu des 1150 mètres d´altitude, de la mi-novembre jusqu´au début mai les animaux passent ensuite l´hiver dans la stabulation récemment construite. L´alimentation des mères est alors basée sur une copieuse ration associant foin, enrubannage et deux kilos de luzerne déshydratée cet hiver compte tenu du déficit fourrager. A ces volumes s´ajoutait 1,5 kilo par tête de céréales tout au long de la période de mise à la reproduction. Jusqu´à cette année, tous les veaux, sans distinction de sexe ou d´âge, avaient accès à une case collective commune avec foin et concentré à libre disposition. Associé au bon potentiel génétique des animaux, ce régime a autorisé des niveaux de performance pondéral intéressants avec cet hiver un GMQ moyen de plus de 1100 grammes sur les 23 veaux nés cet automne. Par ailleurs, afin de suivre les performances de son troupeau « et mieux repérer les bonnes vaches », Julien Michel a choisi l´an dernier d´adhérer au contrôle de performance. « Avant de procéder à la mise à l´herbe, je sèvre tous les veaux mâles de plus de 300 kilos. »

Mais qu´ils aient ou non bénéficié d´un passage à l´herbe avec leur mère, tous les broutards sont ensuite repoussés en stabulation avec du foin et un concentré fermier avant d´être vendus autour de dix mois et 400 kilos.
©F. d´Alteroche


Des broutards vendus en juillet et en août
L´été dernier, le premier lot est parti le 1er juillet et le dernier le 20 août après que leur commercialisation ait été confiée à l´organisation de producteurs Cobevi 43. Jusqu´à présent, par souci de simplification, le troupeau était mis à l´herbe en un seul lot. Une pratique qui pouvait se justifier à cause des effectifs jusque-là réduits et de l´absence de taureau. Cette pratique évoluera cette année du fait d´un nombre d´animaux plus important, mais aussi pour une bonne gestion de la ressource en herbe, avec notamment l´objectif d´une meilleure adéquation entre l´offre en herbe sur pied et les besoins des animaux.
Sur le volet génétique, l´objectif est de conforter les acquis résultant des premiers achats de génisses à bon potentiel. La quasi totalité des animaux est donc inséminée avec des taureaux agréés viande et élevage. Il s´agit d´être autonome le plus rapidement possible tant pour assurer le renouvellement du cheptel que pour permettre son accroissement numérique.

Toutes les génisses nées sur l´exploitation sont mises à la reproduction et même si l´objectif du 100 % IA n´est pas remis en question, un jeune taureau issu de l´élevage a été conservé l´an dernier pour faciliter la détection des chaleurs et assurer quelques retours. Même s´il ne dispose encore que de bien peu de recul, Julien Michel s´estime satisfait de ce début de reconversion du lait vers la viande. Dans une zone qui n´a pas une grande tradition d´élevage allaitant, il se familiarise chaque année davantage à la conduite de son jeune troupeau et avoue avoir été surpris lors de la première campagne de vêlage par le côté très maternel de la Limousine. La naissance de quelques veaux très lourds pour la race (plus de 55 kg) est probablement due à une alimentation un peu trop copieuse et de l´utilisation de certains taureaux connus pour générer ce problème (Mas du Clo.). Cependant à l´image des 23 veaux qui gambadent cette année dans la paille (pour 23 mises bas), les premiers résultats techniques sont bons. Ils tendent logiquement à conforter ce jeune éleveur dans son choix.



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