Réussir bovins viande 28 avril 2006 à 17h04 | Par Propos recueillis par Bernard Griffoul

Economie du secteur bovin - « Je suis très optimiste mais attention aux négociations OMC » souligne Jean-Claude Guesdon

Le GEB (Groupe économie bovine de l´Institut de l´élevage) vient de se pencher sur l´avenir de l´élevage bovin(1). Son directeur, Jean-Claude Guesdon, confirme une vision plutôt optimiste malgré les menaces des négociations OMC.

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Les éleveurs interrogés se disent attachés à leur métier, mais, un sur deux ne souhaite pas qu´un de ses enfants lui succède. Comment analysez-vous ce paradoxe ?
Jean-Claude Guesdon - L´important est précisément qu´ils se disent attachés à leur métier. La réserve concernant la reprise par un enfant traduit une inquiétude concernant l´avenir. Si le contexte de l´offre et de la demande est favorable aux producteurs, il est néanmoins vrai que cette sérénité est contrecarrée par les perspectives européennes en matière d´évolution budgétaire et surtout d´évolution de la protection douanière. Tout le monde a conscience que celle-ci va se réduire et que les aides directes ne peuvent que suivre cette tendance. Quant à la marge liée à l´augmentation de la productivité du travail, elle ne peut venir que de la restructuration ; notre étude démontre que les marges vont se réduire. Autant d´éléments qui peuvent relativiser l´optimisme du moment. A l´avenir, les éleveurs vont plus que jamais devoir se préoccuper de leurs résultats techniques et de la maîtrise des coûts de production.
Les éleveurs disent aussi leur souhait d´améliorer leurs conditions de travail. N´a-t-on pas atteint un seuil quant à la productivité du travail ?
J.-C. G.- Ce problème de la charge de travail est à la fois une réalité, une question importante à traiter et parfois une obsession. La réduction de la charge de travail, l´atténuation de sa pénibilité, passe largement par l´équipement des éleveurs, par l´organisation du bâtiment et par l´organisation du travail dans le bâtiment. On peut voir aujourd´hui des gens qui tournent à 100 vaches par unité de travail et qui n´ont pas l´air plus contraints que leurs voisins à 50 vaches. Et le « noyau dur » des éleveurs, celui qui est porteur d´avenir, n´est jamais qu´à 50 vaches en moyenne. Le plan bâtiment d´élevage connaît un grand succès ; ce sera sans doute une belle occasion de franchir un nouveau seuil.
Votre étude montre que le cheptel allaitant devrait se maintenir.
J.-C. G.- Oui en effet. Mais son maintien ou son développement est très lié à ce qui va se passer dans le lait. Si on a une restructuration laitière relativement douce - c´est ce chemin-là qu´on a pris pour l´instant -, les éleveurs laitiers vont avoir besoin de garder leur diversification viande, de type plutôt naisseur - engraisseur. Ce contexte de restructuration douce, en lait comme en viande, permet tout à fait d´envisager le maintien et même une petite progression du troupeau allaitant en France.
Vous soulevez le problème de la gestion des droits à primes qui ne serait plus adaptée aux objectifs actuels.
J.-C. G.- En lait comme en viande, l´accroche des droits à produire aux surfaces et leur gestion départementale, est quelque chose qui se justifiait par la volonté d´éviter les délocalisations. Mise en oeuvre trop longtemps, cette politique peut aboutir à des blocages pas forcément compatibles avec l´objectif recherché. Elle peut entraîner la pénurie et geler la restructuration dans les régions les plus spécialisées. Alors que celles qui abandonnent la production, ont des marges de manoeuvre « excessives ». Si on pense que c´est un vrai problème, il faudra aller vers une plus grande mutualisation régionale ou nationale des droits à primes.
Etes-vous optimiste pour l´avenir de la filière viande bovine ?
J.-C.G.- Oui. Nous sommes plutôt dans l´optique d´un scénario tendanciel serein. Mais le vrai diagnostic sera dans le résultat de la négociation OMC. Le problème c´est vraiment l´avenir de nos droits de douanes, de notre niveau de protection. La proposition Mandelson est très dangereuse. On prend le risque d´ouvrir largement les importations en provenance du Mercosur et d´entraîner à la baisse les prix à la production en Europe. Du scénario serein de la politique actuelle, on pourrait très vite arriver au scénario de largage de l´élevage européen.


(1) L´élevage français à l´horizon 2012.

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