Réussir bovins viande 16 janvier 2018 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Des phéromones apaisantes pour réduire le stress

Un essai comparatif vient d'être mené pour savoir si l'utilisation de phéromones pouvait avoir un effet apaisant sur des broutards fraîchement mis en lot.

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À l'arrivée dans la case de l'atelier d'engraissement, les broutards habitués jusque-là à vivre le plus souvent en pâture chez leurs naisseurs, doivent s'adapter à de nouvelles conditions de logement et d'alimentation mais également à de nouveaux congénères
À l'arrivée dans la case de l'atelier d'engraissement, les broutards habitués jusque-là à vivre le plus souvent en pâture chez leurs naisseurs, doivent s'adapter à de nouvelles conditions de logement et d'alimentation mais également à de nouveaux congénères - © F. d'Alteroche

« Les maladies respiratoires sont le problème numéro 1 des ateliers d'engraissement. Elles sont à l'origine de près de 80% des pathologies sur les taurillons à l'engrais », expliquait Béatrice Mounaix, chef de projet bien-être animal à l'Institut de l'élevage, à l'occasion de la conférence Grand Angle Viande dernièrement organisée par ce même Institut. Trois facteurs favorisent ces maladies. D'une part, la faible capacité pulmonaire des bovins. Et à cet égard les races à viande tendent à être les plus sensibles, surtout quand elles extériorisent un très haut niveau de conformation. Et d'autre part, le rassemblement en un même lieu d'animaux issus de nombreuses exploitations amenant avec eux un microbisme différent. Vient s'y ajouter la notion de stress. « C'est un facteur aggravant important. » Et il va crescendo quand les opérations de tri, de transport et de mélange d'animaux sont plusieurs fois répétées.

Nouvelles conditions de vie et nouveaux congénères

À l'arrivée dans la case de l'atelier d'engraissement, les broutards habitués jusque-là à vivre le plus souvent en pâture chez leurs naisseurs, doivent s'adapter à de nouvelles conditions de logement et d'alimentation mais également à de nouveaux congénères avec, à la clé, quelques affrontements pour établir une nouvelle hiérarchie. « Ce sont autant de situations génératrices de stress qui mettent les animaux en situation d'immunodépression. C'est aussi pour cela que les troubles respiratoires apparaissent essentiellement les premières semaines suivant la mise en lot. » Compte tenu de l'impact de ces pathologies un animal atteint a ensuite souvent de moindres performances tout au long de la période d'engraissement.

Pour tenter de diminuer l'impact de ces pathologies respiratoires, une étude visant à réduire le stress des broutards au moment de la mise en lot vient d'être menée. Elle reposait sur l'utilisation de phéromones apaisantes (voir encadré), en cherchant à savoir si elles étaient à même d'atténuer le stress de broutards fraîchement mis en lots.

« C'est le projet Phéroveau. Il a été mis en place par l'Institut de l'élevage en 2017 dans le cadre du plan écoantibio, en partenariat avec l'École vétérinaire de Nantes avec l'appui du groupe Terrena pour les élevages participants et du laboratoire Semiokeys pour la mise à disposition du produit que l'on a utilisé pour agir sur le stress », soulignait Béatrice Mounaix.

Essai grandeur nature chez quatre engraisseurs

Le projet Phéroveau repose sur un essai grandeur nature réalisé dans des élevages commerciaux (et non en station expérimentale). « On a analysé les effets de ce produit sur 265 broutards charolais répartis en 23 lots chez quatre engraisseurs en analysant les résultats entre les lots traités avec un placebo et ceux qui ont réellement bénéficié de cette phéromone. » Le produit a été appliqué en « pour-on » sur la tête des broutards au moment de leur passage dans le centre d'allotement en analysant ensuite quel pouvait être son impact sur le comportement puis sur les performances des taurillons.

Les résultats relatifs aux performances pondérales ne sont pas encore tous disponibles dans la mesure où les données d'abattage n'ont pas encore été toutes traitées. Côté comportement, il a été mis en évidence que les animaux traités avec les phéromones « Apaisine » se sont déplacés davantage dans leur case juste après la mise en lot. « Cette différence est significative sur le plan statistique ». Mais ces déplacements ne sont pas la résultante d'un accroissement des interactions agressives. Cela permet de penser que ces déplacements accrus sont davantage liés à des comportements de type exploratoires, sachant que le fait d'explorer fait partie des comportements naturels d'animaux placés dans un environnement nouveau. « On a pu constater que dans les lots qui avaient été traités avec les phéromones il y avait eu au bout de 30 jours trois fois moins d'animaux qui présentaient plusieurs signes cliniques. » Cette évaluation a été réalisée par un étudiant vétérinaire qui observait les broutards et rapportait ses observations sur une grille d'évaluation. En revanche, pas de différence significative pour la proportion d'animaux qui ont été considérés comme malades par les éleveurs et donc traités. Ni dans le nombre d'animaux morts. Cependant, cela laisse penser que le fait de limiter les phénomènes de stress au moment de la phase d'allotement est une piste intéressante à creuser pour limiter l'impact des troubles respiratoires.

Un analogue de la phéromone « Apaisine »

Le produit mis à disposition par le laboratoire Semiokeys dans le cadre de cet essai est un analogue de la phéromone « Apaisine ». Cette dernière est sécrétée par les mammifères au moment de la mise bas par les glandes sébacées situées à proximité de la glande mammaire et contribuent à favoriser l'attachement du jeune à sa génitrice et à limiter les phénomènes de stress. Ces produits sont captés en particulièrement quand l'animal adopte le comportement du flehmen. Cela permet à l'animal de faire passer des molécules olfactives dans le palais et de les percevoir par l'organe voméro-nasal. Plusieurs analogues de synthèse existent, dont celui utilisé pour cette expérimentation.

Les voies olfactives pures jouent également un rôle mais rien n'est simple dans ce domaine encore loin d'avoir été totalement exploré.

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