Réussir bovins viande 18 octobre 2016 à 08h00 | Par Cyrielle Delisle

Des " maisons rondes " pour les bovins

Originaire d’Angleterre, la "round house" est un concept de bâtiment racheté par l’entreprise hollandaise ID Agro. Cette stabulation sans mur n’a pas d’espace perdu.

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Eh non, ce ne sont pas des champignons géants qui poussent en Hollande, mais bien des stabulations circulaires ! Le pays en compte désormais sept, dont six en élevages allaitants. Ce bâtiment de hauteur faible (8 mètres a © C. Delisle L’air vicié s’évacue au centre, par effet cheminée. Le vent est chassé vers le haut, il ne reste donc pas au niveau des animaux. © C. Delisle L’îlot central est en fait un système de contention circulaire, accessible à partir de tous les enclos, qui renvoie soit dans les cases, soit sur le quai d’embarquement. Un système de barrières rotatives permet de pousser © C. Delisle Un poteau sur deux est creux pour permettre l’écoulement des eaux de pluies collectées au niveau du toit. Cette eau est ensuite stockée dans le sol et peut être réutilisée comme eau de lavage ou, si elle est filtr& © C. Delisle La round house est conçue pour être construite au sol. Un camion achemine la structure métallique qui est montée à terre après installation du pivot maître. La bâche est ensuite fixée et tendue s © . Delisle À l’aide d’un système hydraulique, la structure est ensuite dressée sur le pivot central jusqu’à ce que les pieds soient à leur place, comme un chapiteau de cirque. © C. Delisle  © Infographie Réussir

« Bien-être animal, limitation des problèmes sanitaires, travail seul » sont les raisons pour lesquelles Giel Hermans et Paul Sonneveld, éleveurs néerlandais, ont opté pour des stabulations rondes, appelées round houses. Développées par les anglais depuis 2003, 80 stabulations de ce type sont à ce jour en service en Grande-Bretagne. Depuis le rachat de la licence et du brevet par ID Agro en 2009, sept round houses le sont aujourd'hui en Hollande. « Ce concept a vu le jour pour proposer à un éleveur, seul sur son exploitation, un bâtiment facile à gérer », note Romain Le Mouel, responsable commercial France d'ID Agro.

Giel Hermans possède les deux premières round houses construites sur le continent européen. Sorties de terre en novembre 2012, l’une, en Allemagne, accueille 100 mères hereford, l’autre, en Hollande, abrite les mâles castrés à l’engrais. Les mâles sont amenés sur le site d’engraissement à 2 ans. « Je voulais un bâtiment reconnaissable. On a commencé à en dessiner les plans avec un architecte et j’ai alors vu ce type de structure en Angleterre. Il m’a de suite convaincu par rapport au bien-être des animaux, à l’ambiance et à la manipulation. Je travaille seul sur le site hollandais. J’avais donc besoin d’un système me permettant de manipuler les animaux sans aide », explique Giel Hermans. Le bâtiment mesure 30 mètres de diamètre pour une surface couverte totale de 720 mètres carrés. Il est subdivisé en huit cases accueillant chacune entre 15 et 20 bêtes. L’une d’entre elles, plus petite, sert d’infirmerie. Les animaux sont rentrés par l’îlot central qui est en fait un système de contention circulaire situé dans le prolongement du quai d’embarquement. En Allemagne, « ce système permet de réaliser 140 prises de sang en une demi-journée. La porte qui tourne se bloque au milieu de chaque secteur. Il est assez facile de permuter les animaux ».

Une structure rapide et facile à monter

« En une semaine, les deux round houses ont été montées », remarque Giel Hermans. Ce temps comprend la pose du support central et de la charpente métallique, le déploiement de la bâche de toiture qui s’effectue à terre, le dressage sur vérins hydrauliques de cette structure le long du mât central, sans oublier la mise en place des 16 poutrelles métalliques situées en périphérie. Ce temps ne prend toutefois pas en compte le terrassement, le coulage des fondations et des dés en béton sur lesquels sont posés les piliers en acier, et l’installation des tubulaires. La durée de vie de la bâche est estimée entre 20 et 30 ans par l’entreprise. Elle est en toile synthétique résistante et la structure en métal galvanisé à chaud.

Paul Sonneveld, pour sa part, travaille seul sur son exploitation qui comprend 50 à 55 mères, dont 30 à 35 Hereford et une vingtaine de Wagyu, sur 80 hectares. Les mâles castrés sont engraissés. L'éleveur a ainsi opté pour deux round houses de 30 mètres de diamètre en 2013, l’une à côté de l’autre. Un parc de contention circulaire a été prévu uniquement dans le bâtiment d’engraissement. Dans celui des mères, seuls des cornadis autobloquants ont été installés. Paul Sonneveld utilise la contention du bâtiment d’engraissement si besoin. En engraissement, le bâtiment a été découpé en huit cases,  en mais en deux cases seulement côté mères. Pour réaliser les soins des animaux et les alimenter, une à deux heures par jour sont nécessaires. Les mères rentrent en octobre. " Je nettoie après Noël et en février, en une matinée. Je mets 600 kilos de paille par secteur pendant l’hiver pour garder les animaux propres, l’exploitation étant ouverte au public, d’où une consommation plus importante qu’à l’ordinaire. J’utilise une pailleuse, dont les jours de vents forts sont le seul inconvénient », explique l'éleveur.

Pour Giel Hermans, la consommation de paille s’élève à 100 tonnes par secteur et par an. « Quand il fait sombre et humide, j’ai besoin de plus de paille. Par contre, la neige n’est pas un problème, elle ne rentre que sur un seul secteur et sur deux mètres environ. Je n’utilise pas plus de paille, et du fait de la montée de la chaleur, elle fond sur le toit. Pailler les animaux requiert deux à trois heures tous les deux à trois jours. J’amène la paille avec le Manitou et je paille à la main. Je privilégie la qualité à la quantité de paille. Je ne me sers pas de pailleuse qui projette poussière et cailloux sur les animaux. »

 

- © Infographie Réussir

Une ventilation par effet cheminée

Pour circuler autour du bâtiment, Giel Hermans a bétonné sur une largeur de 5 mètres. « L’idéal serait d’avoir un entourage bétonné de 7 mètres pour faciliter la circulation. Je cure deux fois par an. J’utilise un Manitou avec lequel j’enlève les barrières pour rentrer dans les différents secteurs. Une demi-journée est nécessaire par secteur car le fumier est très dense. Les animaux sont contenus dans l’îlot central pendant le curage », remarque Giel Hermans. Il y a un abreuvoir tous les deux secteurs. Il n’y a pas de problème de gel puisqu’ils communiquent tous entre eux et sont continuellement en mouvement. Le réservoir se situe au centre du bâtiment, où il fait, en hiver, deux degrés de plus qu’à l’extérieur. L’été, il fait plus frais à l’intérieur du bâtiment. Des passages d’hommes sont disposés entre chaque secteur. « En Allemagne, les veaux les utilisent. Au début, j’avais des barres pour les cornadis. J’ai changé de système car les veaux passaient pour se mettre au soleil. »

« L’hiver, le soleil arrivant en angle permet d’avoir de la chaleur résiduelle dans le bâtiment. Quand il pleut beaucoup, le secteur côté vent dominant est plus humide, mais sèche très vite. En termes d’ambiance, tous les secteurs sont identiques car le vent ne rentre pas. L’air vient de l’extérieur et remonte par effet cheminée, d’où une ventilation homogène. Cela offre deux avantages :  les mouvements d’air ne se font pas au niveau du sol mais en hauteur, et il y a peu ou pas de mouches malgré l’humidité de la région. Je n’ai pas constaté de problèmes sanitaires depuis que les animaux sont dans le bâtiment », observe Paul Sonneveld.

Pour donner un ordre d’idée, les aménagements intérieurs variant à la demande des éleveurs, le bâtiment d’engraissement de Giel Hermans est revenu à 2000 € la place du fait du dimensionnement spécifiques des tubulaires. Pour Paul Sonneveld, l’investissement des deux bâtiments a coûté 400 000 €, réparti ainsi : 150 000 € de bâtiments, 50 000 € de tubulaires et 200 000 € de béton. Le coût du béton est important pour l’accessibilité du bâtiment au public. D’autre part, les aires de vie des animaux sont bétonnées comme l’exige la réglementation néerlandaise.

- © Infographie Réussir

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