Réussir bovins viande 27 juin 2006 à 17h31 | Par Bernard Griffoul

Dans le Charolais et l´Aubrac - Encore moins de taurillons maigres cette année

Confrontée à un marché du broutard euphorique, la production de taurillons maigres, qui a déjà fort diminué ces dernières années, risque encore de régresser cette année.

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Y aura-t-il cette année autant de taurillons d´herbe sur le marché que l´an dernier ou la baisse qui se poursuit depuis plusieurs années va-t-elle encore s´accentuer ? « C´est la question que tout le monde se pose », avoue Didier Ratery, négociant en Lozère. La plupart des opérateurs s´attendent plutôt à une nouvelle régression de la production. Ce n´est pas l´effet direct du découplage, car les taurillons qui sont repassés à l´herbe ont encore été primés. Mais, plutôt la conséquence du prix très élevé des broutards, ces derniers mois, qui les a « fait sortir plus tôt », selon Michel Roche (L´Européenne). « Les éleveurs, plutôt que de remettre au pré des veaux qui faisaient 400 kg, les ont vendus, confirme Pierre Richard (Deltagro). Les prix étaient tellement bons qu´ils n´ont pas été incités à les repousser. D´ailleurs, les statistiques montrent que, de janvier à avril, il s´est exporté plus d´animaux en Italie. Les gens ont anticipé les ventes. Mais, tout ce qu´on a gagné en début d´année, on va le reperdre en mai et juin ».
Les sorties de taurillons maigres ont été avancées ces dernières années. ©B. Griffoul

Moins d´achats et des ventes anticipées
Difficile néanmoins d´estimer cette baisse. Jean-Baptiste Barré (Charolais Accor) se risque à prévoir « 10 à 20 % » de taurillons maigres en moins cette année après une chute de « 30 % l´an dernier. Parmi les gens qui font du taurillon d´herbe, principalement en Saône-et-Loire, il y a des éleveurs qui pratiquent ce système en tant que naisseur, mais il y a aussi tous ceux qui achètent des broutards en fin d´automne ou dans le courant de l´hiver, les font passer à l´herbe pendant trois ou quatre mois puis les revendent. Au prix où se sont vendus les broutards, ils ont pensé qu´ils ne gagneraient pas leur vie. »
Moins d´achats, des ventes anticipées, moins de taurillons maigres donc, dans les prairies du Charolais. Qu´en est-il de l´autre région qui remet également des broutards au pré pour les pousser jusqu´à 450 kg, à savoir la zone Aubrac ?

La baisse de la production ne date pas d´aujourd´hui non plus, mais de l´effet conjugué de l´abaissement de l´âge exigé par les engraisseurs italiens (16 à 17 mois maximum) et des trois années de sécheresse qu´a connue la région. « Je ne connais plus d´élevages où on conduit les mâles systématiquement en bourrets - l´appellation locale des taurillons d´herbe -, affirme Jean Balguerie (Cemac).
Les veaux les plus précoces, soit les éleveurs les descendent assez tôt de l´estive pour les préparer à une vente d´automne, soit ils restent avec les vaches jusqu´à la fin de la saison et sont vendus dans le courant de l´hiver. Désormais, seuls les plus tardifs repassent à l´herbe au printemps. « Certains font même trois bandes de mâles, ajoute le directeur du groupement aveyronnais. Je constate que peu d´éleveurs ont retardé les vêlages. La production de bourrets est souvent pratiquée par des gens qui montent les vaches à la montagne. Ils ne veulent pas les envoyer en estive avec des veaux trop jeunes. »
Quant à trouver à acheter des broutards tardifs pour les remettre à l´herbe, l´exercice est de plus en plus difficile.

Il ne voit pourtant pas une baisse sensible des effectifs mis en vente cette année sur le coeur de la zone où les systèmes sont calés avec des prairies réservées à cette production. Mais, Didier Ratery, en Lozère, pronostique une diminution de 15 à 20 % car, comme dans le Charolais, des ventes auraient eu lieu avant la mise à l´herbe et les achats auraient été moins nombreux. « Il y aura une très bonne demande dans le haut de gamme à destination d´engraisseurs qui se réservent pour cette production qui tombe en fin d´année et est facile à conduire, pronostique encore le négociant. Mais, la marchandise plus standard sera plus difficile à vendre car elle va sur le marché des broutards où elle est moins valorisée. » Et de prévoir comme dans le Charolais un télescopage des ventes de taurillons d´herbe avec celles des broutards qui seront avancées.
La production de taurillons était la bienvenue à une période où les ventes de broutards étaient au plus bas. Qu´en sera-t-il à l´avenir ? ©B. Griffoul

Une offre insuffisante d´animaux
« Si les prix des broutards légers continuent, ça va encourager les éleveurs à les vendre de bonne heure. Comment se créera l´équilibre de prix ? C´est la question que nous nous posons tous. »
Les premières ventes réalisées vers la mi-mai dans le Charolais laissaient présager une ambiance plutôt euphorique à l´image du marché des broutards, au moins pour le début de la campagne. Jean-Baptiste Barré parlait même de prix « hallucinants qu´on a du mal à comprendre ». De 2,5 à 2,75 euros, voire 2,90 euros le kilo, pour des taurillons de 400 à 450 kilos, avançaient les uns et les autres. Et tous de mettre en garde contre le « déséquilibre de la rémunération dans la filière ».

Des prix qui s´expliquent par une concurrence effrénée face à une offre insuffisante d´animaux sur le marché. Le cheptel allaitant a diminué, la demande des engraisseurs français est soutenue et les Italiens sont contraints par contrat de remplir leurs ateliers. Les prix ne peuvent que flamber. Du coup, les éleveurs, plus tenus de les conserver pour les faire primer, vendaient dès le mois de mai les premiers broutards de 300 kilos qui, habituellement, ne partaient pas avant la fin de l´été.
N´avait-on pas prédit qu´avec la suppression de la PSBM, ce serait le marché qui régulerait les sorties d´animaux ? C´est en train de se vérifier.

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