Réussir bovins viande 02 septembre 2014 à 08h00 | Par François d'Alteroche

Conforter l'autonomie avec la luzerne

La luzerne est une solution pour conforter l'autonomie protéique. Ensilée ou enrubannée et associée à des céréales, elle permet de composer des rations efficaces.

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Ensilage de luzerne. Pour limiter les achats extérieurs de protéines grâce à une importance accrue donnée aux surfaces en luzernes, il faut que ces dernières soient récoltées dans de bonnes conditions.
Ensilage de luzerne. Pour limiter les achats extérieurs de protéines grâce à une importance accrue donnée aux surfaces en luzernes, il faut que ces dernières soient récoltées dans de bonnes conditions. - © F. d'Alteroche

Le prix du tourteau de soja (cotation Montoir) avoisine mi-juin 430 euros la tonne. On est loin des 200 euros, chiffre encore courant voici une dizaine d'années. Après la flambée de 2007, les tarifs avaient reflué, mais le souffle n'est jamais vraiment retombé. Même s'il y a quelques à-coups dans l'évolution du prix, la tendance reste globalement haussière depuis 7 ans.
La progression régulière des surfaces consacrées au soja au Brésil et en Argentine peine à suivre la demande mondiale, laquelle est attisée par la Chine. L'aspirateur chinois est insatiable. Il engloutit toutes les nouvelles disponibilités. « Je suis convaincu que la hausse tendancielle du prix du tourteau de soja va se poursuivre. Cela ne veut pas dire que les prix ne pourront pas momentanément se dégonfler. Mais retomber aux tarifs d'il y a une dizaine d'années, je n'y crois pas », expliquait Marc Didienne, nutritionniste indépendant du cabinet BDM à l'occasion d'une conférence sur l'autonomie alimentaire en élevage bovins viande organisée dans le cadre du dernier Salon de l'herbe. Et d'étayer son argumentaire avec des graphiques récapitulant l'évolution des surfaces en soja chez les principaux pays producteurs comparée aux prévisions de hausse de la demande. Laquelle découle de la croissance démographique dans les pays émergents, associée dans ces mêmes pays à une alimentation donnant une plus large place aux protéines animales et en particulier à la viande de monogastriques pour lesquels le soja constitue un élément clé.

Marc Didienne :  « La première des recettes pour conforter l'autosuffisance alimentaire c'est avoir des fourrages récoltés tôt afin d'avoir la meilleure valeur alimentaire possible. »
Marc Didienne : « La première des recettes pour conforter l'autosuffisance alimentaire c'est avoir des fourrages récoltés tôt afin d'avoir la meilleure valeur alimentaire possible. » - © F. d'Alteroche

Trois fois plus de protéines à l'hectare et aussi des fibres


« Pour un atelier produisant 200 JB par an avec une ration à base d'ensilage de maïs + tourteau de soja + blé, la hausse du soja s'est traduite par une dépense supplémentaire de 26 000 euros, si on prend en compte une consommation de 600 kilos de tourteau par tête sur dix mois d'engraissement et un prix du tourteau passé de 200 à 420 euros la tonne », résumait Marc Didienne, en soulignant que pour lui, développer les surfaces en luzerne est l'une des principales possibilités pour s'affranchir partiellement voire même totalement de la protéine achetée à l'extérieur. À condition bien entendu que le contexte pédo-climatique de l'exploitation permette de faire pousser cette plante dans de bonnes conditions.
Cultiver du soja pour en utiliser les graines est une autre solution. Elle n'a guère les faveurs de ce nutritionniste. La teneur en huile des graines de soja est un facteur limitant pour composer les rations. Les possibilités de semer cette plante et surtout de la récolter avec des rendements pas trop aléatoires sont surtout beaucoup plus limitées que la luzerne. « Avec une luzerne bien conduite et récoltée dans de bonnes conditions, on produit trois fois plus de protéines à l'hectare et cette plante apporte aussi des fibres. » Et de souligner que nombre des éleveurs qui font appel aux services du cabinet de nutritionniste au sein duquel il exerce, ont développé les surfaces consacrées à cette plante et surtout, ne font pas machine arrière après avoir testé cette solution. Laquelle devrait aussi voir son intérêt conforté avec les mesures mises en place pour soutenir les cultures protéagineuses dans le cadre de la nouvelle PAC.
Ces éleveurs travaillent avec des mélangeuses et sur leurs exploitations, les surfaces en luzerne sont semées en pur et conduites comme des cultures à part entière en donnant priorité aux récoltes sous forme d'ensilage de façon à faire des fauches précoces pour optimiser les teneurs en protéines et réduire les frais de récolte. « Je préconise pour la période estivale des silos suffisamment étroits (4 à 5 mètres) afin que le silo avance rapidement. »
Et de mettre en avant les résultats techniques de l'une de ces exploitations. « Le Gaec Ferrandon dans l'Allier compte 295 hectares dont 30 de céréales, 25 de luzerne, 80 de prairie permanente et le reste en prairie temporaire. L'exploitation produit des boeufs et génisses label et des vaches grasses. Les mâles non castrés sont vendus repoussés entre 400 et 450 kg. » Actuellement, la ration d'engraissement, également utilisée pour les broutards, associe pour une tonne brute 370 kg de triticale, 10 kg de lithotamne et 620 kg d'ensilage de luzerne. Avec seulement trois ingrédients, elle est rapide à confectionner et permet d'obtenir des GMQ proches de 1800 grammes sur des boeufs charolais de 3 ans en début d'engraissement qui ingurgitent en moyenne 18 kg de matière sèche (MS) par jour. « Une des difficultés de cette ration est que l'ensilage de luzerne est pauvre en énergie. Il doit impérativement être d'excellente qualité et associé à des céréales et non à de l'ensilage de maïs pour que la densité énergétique soit suffisante. » Cela fonctionne bien avec des Charolais ou toute autre race à forte capacité d'ingestion. « Pour obtenir un ensilage très riche et mettre toutes les chances de son côté pour réaliser 4 coupes par an, la première a été réalisée le 20 avril cette année. » Ces fauches précoces se traduisent par des valeurs alimentaires de bon niveau, avoisinant souvent 0,67 UFV/kg de MS et 129 g/kg de MS pour les PDIN.

Les luzernes semées en pur


« Il faut être rigoureux dans la conduite des luzernières et les suivre comme des cultures à part entière. » Tant que les facteurs agronomiques le permettent, Marc Didienne affiche sa préférence pour les luzernes semées en pur et ne conseille les mélanges qu'en situation agronomique limitantes (ph, hydromorphie). Les graminées peuvent alors permettre de compenser, mais se traduisent par un ensilage dont les teneurs en MAT sont moindres et surtout moins régulières que des ensilages 100 % luzerne. Ce qui est vite un facteur limitant si l'objectif est de ne pas incorporer de tourteaux dans la ration.

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